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:: 2003: UNE INITIATIVE POUR LA PAIX AU PROCHE-ORIENT 

OCTOBRE - NOVEMBRE 2003 / LA PAIX AU PROCHE-ORIENT
__L'"initiative de Genève", une alternative de paix proposée par des personnalités israéliennes et palestiniennes

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Un "pacte de paix" israélo-palestinien, préparé sous l'égide de la diplomatie suisse par une cinquantaine d'intellectuels, de pacifistes et d'hommes politiques - personnalités palestiniennes et israéliennes -, a été présenté le 12 octobre 2003 en Jordanie. Ce projet d'accord [appelé Pacte de Genève par la presse israélienne et Initiative de Genève par la Suisse], qui a été signé à Genève le 1er décembre 2003, n'a strictement rien d'un document officiel, mais son objectif est de briser le cycle de la violence.

L'Initiative, conduite par l'ancien ministre travailliste Yossi Beilin et le ministre palestinien Yasser Abed-Rabbo, prend le relais d'un projet de paix présenté, début septembre 2003, par Sari Nusseibeh, président de l'université palestinienne Al-Qods, et par Ami Ayalon, ancien chef du Shin Beth.

La délégation israélienne était conduite par l'ancien ministre de la justice Yossi Beilin (ex-parlementaire travailliste, artisan des accords d'Oslo de 1993), et par le député du Meretz (pacifiste), les députés travaillistes Haïm Oron, Avraham Burg, Amram Mitzna, l'ancienne députée du Likoud, Néhama Ronen, l'ancien chef d'état-major Amnon Lipkin-Shahak et l'écrivain Amos Oz. La délégation palestinienne comprenait le ministre Yasser Abed-Rabbo (un fidèle de Yasser Arafat) et les anciens ministres Nabil Kassis et Hisham Abdel, les députés Mohammed Ourani et Qaddura Farès, deux jeunes cadres du Fatah, l'organisation de Yasser Arafat.

L'abandon dans les faits du droit au retour en Israël

Le projet repose notamment sur l'échange entre un partage de Jérusalem accompagné d'une souveraineté palestinienne sur l'esplanade des Mosquées [le mont du Temple pour les juifs] et sur les trois quarts de la vieille ville, contre l'abandon dans les faits du droit au retour en Israël des réfugiés palestiniens. Ce compromis serait complété par un tracé de frontières effectué sur la base de la Ligne verte de 1967. Il entraînerait une évacuation par Israël de la plupart des colonies de Cisjordanie, y compris celle d'Ariel, et de la totalité de celles de Gaza. Enfin, une force internationale serait chargée de veiller à l'application de l'accord.#

L'Initiative de Genève a suscité de vives critiques de la droite israélienne, qui en conteste l'utilité. Le premier ministre Ariel Sharon juge cet accord "plus dangereux" que les Accords d'Oslo sur l'autonomie palestinienne. Pour Limor Livnat, ministre de l'éducation, "les Israéliens qui ont signé ce pacte ne représentent rien", tandis que le chef de la diplomatie, Sylvan Shalom, a déclaré : "Je n'attendais pas autre chose de la part de ces gens qui nous ont apporté les accords d'Oslo (1993), dont nous payons encore le prix aujourd'hui".

Les encouragements de l'Union européenne et des Etats-Unis

Ce "pacte de paix" sème également la zizanie au sein des rangs travaillistes. Shimon Peres, qui dirige le parti, a refusé de se prononcer sur le contenu du document, se bornant à affirmer qu'il approuvait toute occasion "de dialogue israélo-palestinien". Ehud Barak, premier ministre défait par Sharon en 2001 et négociateur avec Arafat du plan Clinton, a traité ce document d'"illusoire" et l'accuse de "mettre en danger l'Etat d'Israël".

L'accord a reçu les encouragements de l'Union européenne (UE) et des Etats-Unis. "L'administration américaine estime que les efforts des deux parties [les Israéliens et les Palestiniens] sont indispensables pour élaborer un plan de paix détaillé, et […] personne ne peut le faire à leur place", a estimé le secrétaire d'Etat américain Colin Powell.

Le texte de l'Initiative distribué en Israël

Yossi Beilin et deux députés travaillistes - Avraham Burg et Amram Mitzna - se sont rendus, le 16 novembre 2003, à la résidence du premier ministre israélien Ariel Sharon pour y déposer une copie de l'Initiative. Ce geste symbolique, exécuté devant la presse à Jérusalem, précédait de peu la distribution par la poste d'une brochure identique dans presque toutes les boîtes aux lettres. Quelque 1,9 million de brochures de 44 pages en hébreu, 200'000 en arabe, 100'000 en russe pour les nouveaux immigrants, ont en effet été imprimés puis distribués par la poste israélienne. Ce document comprend une carte qui délimite le projet de nouvelles frontières entre Israël et la Palestine.#

Presse DANS LA PRESSE  

LibérationPrincipaux points [de l'"accord de paix"] : les Palestiniens renoncent au "droit au retour" des réfugiés, compensé par leur indemnisation, encore que ce point fasse, d'ores et déjà, l'objet de commentaires contradictoires. Et les Palestiniens reconnaissent Israël comme Etat du peuple juif. Par ailleurs, ils s'engagent à combattre le terrorisme, l'incitation à la haine, et désarmeront les milices. Ils acceptent ainsi que leur futur Etat soit démilitarisé. Israël, pour sa part, se retire sur les frontières de 1967, évacue les colonies, y compris Ariel, Efrat et Har Homa.

Des transferts de territoires dans le Néguev, autour de Gaza, sont accordés aux Palestiniens en échange des quelques portions prises par Israël en Cisjordanie. Jérusalem sera divisé, les quartiers arabes placés sous tutelle palestinienne ainsi que le mont du Temple. Une force internationale assurera le maintien de l'ordre autour des Lieux saints. Israël conserve le quartier juif de la vieille ville, le mur Occidental et les banlieues annexées, à l'est de Jérusalem, de Guivat Zéev, Maalé Adoumim, et la région du Gouch Etsion [Libération, Paris, 14 octobre 2003].

Le MondeContrairement à la "feuille de route", le plan de paix international prévoyant la création d'un Etat palestinien en 2005, qui renvoyait à la fin (comme dans le processus de paix d'Oslo) l'examen des questions les plus délicates, ce "pacte" passe en revue tous les contentieux et permet concrètement de tracer les cartes assez précises de deux Etats, Israël (reconnue comme l'Etat du peuple juif) et la Palestine.

Le compromis le plus important réside dans l'échange du renoncement du droit au retour des réfugiés palestiniens (ou plus exactement un droit au retour limité globalement au futur Etat palestinien) à l'abandon par Israël de la souveraineté de l'esplanade des Mosquées, le mont du Temple pour les juifs (tout en conservant le contrôle du mur des Lamentations et du quartier juif de la vieille ville).

Les frontières permanentes entre les deux Etats seraient tracées sur la base de la Ligne verte, qui séparait jusqu'en 1967 Israël de la Jordanie, avec des modifications marginales. Une partie du bloc de colonies historiques du Goush Etzion serait annexée à Israël, de même que la colonie de Maale Adumim (la plus grande de toutes), à l'est de Jérusalem. En revanche, l'évacuation d'autres colonies situées à l'intérieur du territoire palestinien (Efrat, Ariel, et certains quartiers de colonisation de Jérusalem) permettrait d'assurer une Palestine plus compacte, et de ce fait plus viable. La mise en pratique de ce plan s'effectuerait sous la supervision d'une force internationale, et les Palestiniens mettraient au pas leurs groupes radicaux [Le Monde, Paris, 15 octobre 2003].

Sources : presse internationale, octobre-novembre 2003.
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