![]() |
|
2003 / LA "RECONSTRUCTION" DE LIRAK SOUS OCCUPATION ANGLO-AMERICAINE
Saddam Hussein est arrivé en 1979 au pouvoir et a dirigé l'Irak d'une main de fer pendant plus de trente ans.Il a livré une guerre meurtrière à l'Iran (1980-1988) et envahi le Koweit pendant sept mois (1990-1991). "Maintenant, l'ancien dictateur va faire face à la justice qu'il a refusé de donner à des millions" de gens, affirme le président américain George W. Bush, lors d'une brève déclaration à la Maison Blanche."La capture de cet homme était essentielle pour l'émergence d'un Irak libre", a-t-il dit, estimant que "cela marque la fin de la route pour lui et pour tous ceux qui ont brutalisé et tué en son nom". Le président actuel du Conseil de gouvernement, Abdel
Aziz al-Hakim, affirme que Saddam Hussein sera jugé
par le tribunal irakien pour crimes de guerre dont la formation
a été annoncée le 10 décembre. "C'est
un grand coup porté aux terroristes en Irak". Le secrétaire
général des Nations unies, Kofi Annan, déclare
de son côté que la capture de Saddam Hussein offrait
l'opportunité d'un "nouvel élan" pour
"la recherche de la paix et de la stabilité en Irak". _10 DECEMBRE. Le Conseil de gouvernement approuve la création d'un tribunal pénal irakien pour juger les crimes contre l'humanité commis par les anciens membres du régime de Saddam Hussein. "Ces crimes incluent ceux perpétrés contre la République islamique d'Iran, contre l'Etat du Koweït et contre les fils du peuple irakien, qu'ils soient arabes, kurdes, turcomans, assyriens, chiites ou sunnites, entre le 17 juillet 1968 et le 1er mai" 2003, indique l'un des membres du Conseil, Mouaffak al-Roubaï. "Le tribunal rendra ses jugements en fonction de la loi irakienne, mais aussi du droit international. Les juges seront irakiens et le tribunal pourra faire appel à des experts étrangers". Saddam Hussein et son régime sont accusés de graves violations des droits de l'homme, d'avoir utilisé des armes chimiques contre la population kurde dans les années 1980, d'avoir réprimé dans le sang les révoltes des Kurdes et les chiites qui ont suivi la guerre du golfe (1991), et d'avoir utilisé des gaz pendant la guerre contre l'Iran (1980-1988). Selon les organisations de défense des droits de l'homme, plusieurs dizaines de milliers d'Irakiens ont disparu sous le régime de Saddam Hussein.
_27 NOVEMBRE. Georges Bush se rend à Bagdad dans le plus grand secret pour soutenir les troupes sur le terrain à l'occasion de la fête de Thanksgiving. "Je cherchais un repas chaud. Merci de m'inviter à dîner", plaisante-t-il devant 600 soldats de la 1ère division blindée réunis à l'aéroport. "Je vous apporte un message de la part des Etats-Unis: merci pour vos services. L'Amérique est derrière vous", déclare le président américain. "Vous défendez le peuple américain contre le danger et nous en sommes reconnaissants. [ ] Vous êtes en train de vaincre les terroristes de Saddam". Cette visite éclair vise à démontrer que l'Amérique reste maîtresse du terrain irakien. _26 NOVEMBRE. Les principaux dignitaires chiites critiquent l'accord passé le 15 novembre, qui prévoit un transfert du pouvoir aux Irakiens en juin 2004 et la mise en place d'un gouvernement provisoire. Ils demandent l'organisation d'élections pour l'Assemblée nationale "transitoire" et une claire référence à l'Islam dans la future Constitution. _15 NOVEMBRE. L'actuel président du Conseil de
gouvernement irakien Jalal Talabani annonce l'organisation
d'élections en Irak "pour un nouveau gouvernement
en vertu des clauses d'une nouvelle Constitution d'ici à
la fin de l'année 2005", en vertu d'un accord en cinq
points conclu avec l'administrateur en chef américain Paul
Bremer. Selon une loi, qui sera élaborée par le conseil de gouvernement, une assemblée transitoire sera élue avant la fin mai 2004 par des conseils de notables dans chacune des 18 provinces de l'Irak. Cette assemblée choisira un gouvernement provisoire avant fin juin 2004. La loi prévoit aussi une assemblée constituante, élue directement par le peuple irakien qui élaborera une Constitution, et l'élection d'un nouveau gouvernement conformément à cette Constitution, avant la fin 2005. Cette loi fondamentale sera basée sur les principes suivants: le respect des droits de l'homme et les libertés de base dont la liberté de culte et l'égalité entre tous les citoyens; la séparation totale entre les trois pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire); l'introduction d'un certain degré de décentralisation dans les provinces, en prenant en compte la situation au Kurdistan; la prééminence de l'autorité du pouvoir civil sur l'armée et les forces de sécurité; la mise en place d'un système démocratique libéral pluraliste qui respecte l'identité musulmane de la majorité du peuple irakien, tout en garantissant les droits des autres religions. _13 NOVEMBRE. "Nous voulons que les Irakiens soient plus impliqués dans l'administration de leur pays", déclare Georges Bush à des journalistes, au lendemain d'un entretien à la Maison Blanche avec Paul Bremer, l'administrateur civil américain de l'Irak. En décidant d'aller plus vite vers la constitution d'un gouvernement irakien autonome, les Etats-Unis semblent rejoindre la position exprimée depuis plusieurs mois par plusieurs pays européens, notamment la France. "C'est la souveraineté des Irakiens qui doit constituer le point de départ", réaffirme, à Paris, le ministre français des Affaires étrangères Dominique de Villepin. Condoleezza Rice, conseillère pour la sécurité nationale, précise, de son côté, que les Irakiens semblaient "prêts" pour une telle évolution. "Il est important que nous trouvions les moyens d'accélérer le transfert de l'autorité aux Irakiens. Ils le réclament et ils sont, selon nous, prêts pour cela". _12 NOVEMBRE. 18 Italiens et 9 Irakiens trouvent la mort dans un attentat au camion piégé perpétré contre une base des carabiniers italiens, dans la ville chiite de Nassiriyah, à 300km au sud-est de Bagdad, jusque-là épargnée par les violences. Cette attaque est la plus meurtrière qui ait été perpétrée contre les forces de la coalition en Irak. Pour le seul mois d'octobre, 30 attaques par jour ont été recensées contre des Américains, des étrangers ou des "collaborateurs". Les Etats-Unis veulent "accélérer le
rythme de la réforme" politique en Irak, assure
le chef de la diplomatie américaine Colin Powell.
"Nous examinons toutes sortes d'idées. Nous voulons
accélérer notre travail pour que le gouvernement
irakien repose sur une base légale". _9 NOVEMBRE. L'armée américaine a vécu sa semaine la plus sanglante en Irak depuis la fin officielle des combats le 1er mai 2003, ponctuée, le 8 novembre, par la décision du Comité International de la Croix-Rouge de fermer ses deux représentations, moins de deux jours après l'évacuation du personnel expatrié des Nations unies. _2 NOVEMBRE. 16 soldats tués et 21 blessés dans la chute d'un hélicoptère CH-47 Chinook abattu par des missiles anti-aériens à quelques kilomètres de Falloujah, bastion sunnite conservateur théâtre d'attaques anti-américaines répétées. Aux Etats-Unis, cette attaque relance le débat sur la stratégie du président Bush - qui réaffirme la détermination de son pays à rester en Irak. "Les ennemis en Irak pensent que l'Amérique va s'enfuir et c'est pour cela qu'ils tuent [...]. Mais l'Amérique ne s'enfuira jamais". Il rappelle qu'"un Irak libre et pacifique est essentiel à la sécurité des Etats-Unis". _1er NOVEMBRE. Paul Bremer promet un transfert "accéléré" du pouvoir aux Irakiens, reprenant à son compte, sans toutefois indiquer de date précise, une solution préconisée par la diplomatie française. "La coalition va remettre la souveraineté au peuple irakien aussi vite que possible", déclare l'administrateur américain en Irak. "Je pense qu'il est important de donner au peuple irakien une perspective sur le retour de la souveraineté à un gouvernement irakien élu et, à ce moment, la coalition cessera d'exister".
_31 OCTOBRE. Les attentats qui se multiplient en Irak amènent les Nations unies à retirer leur personnel expatrié de Bagdad et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à réduire sa présence dans le pays. Le ministre français des Affaires étrangères Dominique de Villepin estime que ce retrait montre qu'un changement d'approche est nécessaire en Irak. "Plus que jamais, nous estimons que c'est par un changement d'approche que nous rendrons compatibles à la fois le nécessaire engagement de la communauté internationale et la pleine implication des Irakiens à travers un gouvernement provisoire qui aurait en charge le destin de l'Irak".
"Le monde est plus sûr après la chute de Saddam et des talibans", a-t-il rappelé lors d'une conférence. Une phrase répétée à l'identique au début et à la fin de la conférence de presse à la Maison Blanche. La pacification et la reconstruction de l'Irak "sont une opportunité historique et je vais l'expliquer au peuple américain... Tout cela revient à créer un monde plus pacifique". "Je ne changerai pas de conviction et continuerai à faire ce qui est bon pour le pays, a-t-il ajouté. Ils veulent tuer et créer le chaos et mettre les gens en fuite... Il s'agit sans doute à la fois de baasistes et des terroristes étrangers. Ils ne veulent pas d'un Irak libre et indépendant. Ils veulent que nous partions et nous ne partirons pas. Nous ne sommes pas intimidés et les courageux Irakiens ne le sont pas non plus. Ils espèrent que la volonté des Etats-Unis sera ébranlée en lançant des bombes contre des organisations humanitaires comme la Croix Rouge et en tuant des innocents. C'est la même mentalité qui nous a attaqués le 11 septembre 2001. Juste détruire des vies innocentes et regarder les grands Etats-Unis et leurs amis et alliés s'effondrer devant l'épreuve. Leur stratégie est de faire régner la terreur et de saper notre volonté. Nous la connaissons et nous ne céderons pas. Nous ne devons jamais oublier la leçon du 11 septembre. Les terroristes vont encore frapper et tuer des innocents, pas seulement devant le quartier général de la Croix-Rouge, ils vont frapper et tuer en Amérique aussi. Nous sommes en guerre. Une guerre différente de ce que nous avons connu auparavant. Nous allons gagner cette bataille contre la terreur... Le front contre le terrorisme est en Irak." _28 OCTOBRE. Selon une étude réalisée pour l'association indépendante "Project on Defense Alternatives", "environ 11'000 à 15'000 Irakiens, combattants et non-combattants , ont été tués au cours des opérations majeures", qui se sont achevées le 1er mai 2003". "Sur le nombre total de morts irakiens (entre le 19 mars
et fin avril), environ 30% (soit entre 3.200 et 4.300 personnes)
étaient des civils non-combattants, c'est-à-dire
des civils qui n'ont pas pris les armes", ajoute le rapport
publié à partir des données américaines
de combat, des rapport de presse sur les champs de bataille et
des enquêtes d'hôpitaux irakiens. _27 OCTOBRE. Bagdad secouée par une vague d'attentats meurtriers: des attentats à la voiture piégée contre le siège du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et quatre postes de police font 43 morts et plus de 200 blessés. Ces attaque à répétition, auxquelles les Etats-Unis ne s'attendaient pas, interviennent au début du ramadan, le jeûne musulman. Les forces américaines ont perdu 110 soldats depuis le 1er mai 2003, date officielle de la fin des "combats majeurs". De plus en plus d'Américain, note le quotidien Le Monde, pensent que les Etats-Unis s'enfoncent en Irak dans une "sale guerre". Plusieurs membres du Congrès, comme le sénateur républicain John McCain, ancien prisonnier de guerre à Hanoï, n'hésitent pas à faire certains parallèles avec le Vietnam. Des responsables militaires américains mettent en cause, dans ces attentats, des combattants originaires des pays voisins et proche du réseau terroriste Al-Qaïda. Le président Bush se dit décidé "à ne pas se laisser intimider par ces tueurs". Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, qualifie l'attentat contre le siège de la Croix Rouge de "crime contre l'humanité". _26 OCTOBRE. Près de trente roquettes frappent l'hôtel à Bagdad, où logeait le numéro deux du Pentagone Paul Wolfowitz - en visite en Irak -, qui sort indemne de cette attaque qui coûte la vie à un soldat américain et fait 15 blessés. "Nous continuerons notre travail en dépit des actes désespérés d'un régime moribond", déclare Paul Wolfowitz , peu après l'attaque, estimant que les Américains actuellement en Irak, civils ou militaires, étaient des "héros. Le secrétaire d'Etat américain Colin Powell reconnaît que les Etats-Unis ne s'attendaient pas à subir des attaques d'une telle ampleur en Irak après la fin des combats annoncée le 1er mai 2003 par le président George Bush. "Nous ne nous attendions pas à ce que ce soit si intense et si long", souligne-t-il. _6 OCTOBRE. Le président Bush met en place
un "Groupe de stabilisation de l'Irak", placé
sous la direction de Condoleezza Rice, conseillère
à la sécurité nationale. Le nouvel organisme
devra coordonner la lutte antiterroriste, le développement
économique et la création d'institutions politiques
en Irak. Il sera aussi chargé d'améliorer la stratégie
de communication des forces d'occupation américaines, la
Maison Blanche estimant que les médias ne rendent compte
que des difficultés alors que "la situation s'améliore
quotidiennement", et que "les écoles ouvrent". Selon la presse américaine, la création de ce groupe, qui dépendra du Conseil de sécurité nationale, permettra de réduire les prérogatives du Pentagone, assailli de critiques pour son absence de stratégie post-conflit et son refus de partager les décisions.
_17 SEPTEMBRE. George Bush déclare qu'aucun lien n'a été formellement établi entre l'ancien président irakien Saddam Hussein et les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. "Nous n'avons aucune preuve d'une implication de Saddam Hussein dans [ces attentats]. Parmi les raisons avancées pour expliquer le déclenchement de la guerre en Irak en mars 2003, le président américain avait affirmé, avant le conflit et depuis, que le régime de Saddam Hussein était lié au réseau Al-Qaida, tenu responsable des attentats du 11 septembre. _14 SEPTEMBRE. Le secrétaire d'Etat américain Colin Powell, en visite à Bagdad, affirme la nécessité d'un retour progressif à la souveraineté en Irak, rejetant une proposition française d'une transition rapide. "La pire chose qui puisse arriver serait que nous précipitions ce processus" de restitution de la souveraineté "avant que la capacité de gouverner et la base de légitimité soient là, et le voir échouer". Les Etats-Unis tentent de présenter un nouveau projet de résolution au Conseil de sécurité des Nations unies pour créer une force multinationale sous mandat des Nations unies et sous commandement américain, et pour partager le fardeau financier de la reconstruction de l'Irak. _1er SEPTEMBRE. Le Conseil de gouvernement irakien nomme les 25 ministres du premier gouvernement irakien de l'après-guerre. La représentation confessionnelle et ethnique au sein du gouvernement est identique à celle qui prévaut dans le Conseil : treize ministres sont des Arabes chiites, cinq des Arabes sunnites, cinq des Kurdes, un est chrétien et un turcoman, a annoncé l'un des membres du Conseil, Yonnadam Youssef Kanna. Parmi les principaux ministères, les affaires étrangères ont été confiées au Kurde Hoshyar Zebari, les finances au sunnite Kamal Al-Gailani, le pétrole au chiite Ibrahim Mohammed Bahr Al-Ouloum et l'intérieur au chiite Nouri Badrane. Il n'existe plus de ministère de la défense ni de l'industrialisation militaire ni de l'information. Le gouvernement comporte plusieurs ministères qui n'existaient pas sous l'ancien régime, dont lun est consacré aux droits de l'homme.
_29 AOUT. Le chef de l'Assemblée suprême de la révolution islamique en Irak (Asrii), l'ayatollah Mohammad Baqr Hakim, 64 ans, tué dans l'explosion d'une voiture piégée devant le mausolée d'Ali dans la ville sainte chiite de Najaf (175 km au sud de Bagdad), juste à la fin de la prière. Lattentat fait 82 morts et 229 blessés. L'ayatollah était ouvertement opposé aux attaques menées contre les troupes américaines et accusait leurs auteurs d'être des partisans de lex-président irakien Saddam Hussein. Il prônait la fin de l'occupation par des moyens pacifiques et appelait les fidèles à la patience.
Pour le ministre français des affaires étrangères, il faut transformer "d'abord le Conseil - intérimaire - de gouvernement irakien - CIG - en un véritable gouvernement provisoire, capable d'agir et de prendre des décisions de façon indépendante pour poursuivre l'effort de remise en ordre de l'Irak. Avec une priorité notamment : le rétablissement des services publics essentiels. "Le gouvernement provisoire devrait être chargé de préparer les élections, si possible d'ici à la fin de l'année [2003], afin d'élire une Assemblée constituante. Un représentant spécial du secrétaire général des Nations unies devrait être nommé aux côtés de ce gouvernement pour superviser le processus de transition politique. "Il est important que la responsabilité soit
exercée par les Irakiens eux-mêmes. C'est avec
les Irakiens et par les Irakiens que nous pourrons sortir de l'impasse.
Il ne faut pas seulement tendre vers cet objectif ; il faut accélérer
le calendrier de cette transition politique, car nous sommes dans
une situation de gravité et d'urgence. Encore une fois,
l'essentiel est de passer d'une logique de sécurité
à une logique de souveraineté. Pour conforter la
légitimité de ce gouvernement provisoire, il
faut l'appui des Nations unies et de l'ensemble des pays de
la région comme des organisations telles que la Ligue arabe
et l'Organisation de la conférence islamique - OCI.
_19 AOUT. Un attentat au camion piégé détruit partiellement le quartier général des Nations unies, faisant 24 morts et une centaine de blessés. Au nombre des victimes figure l'envoyé spécial des Nations unies, le Brésilien Sergio Vieira de Mello, qui fut, écrit Le Monde, "l'homme de confiance de Kofi Annan et "l'urgentiste" des missions des Nations unies". Le gouvernement provisoire laisse entendre que l'attentat a été commis par "les affidés de Saddam Hussein ou [par] des terroristes étrangers". Dans l'une de ses reportages sur "l'après-Saddam Hussein", Le Monde note que "la reconstruction de l'Irak s'engage entre chaos et frustrations". Aux attaques non revendiquées contre les infrastructures (sabotages d'oléoducs et de conduites d'eau notamment), "s'ajoute un climat général délétère : nombre d'Irakiens éprouvent de la rancoeur envers des forces américaines jugées brutales, alors que certains d'entre eux avaient accueilli avec soulagement l'élimination du régime de Saddam Hussein". _17 AOUT. La plus haute autorité religieuse chiite en Irak, la Hawza de Najaf, exprime son impatience après les émeutes chiites contre les forces d'occupation à Bagdad et dans le sud du pays, mais persiste encore à prôner l'apaisement. "L'Amérique ne veut pas reconnaître qu'elle est incapable de contrôler la situation et ne peut pas reconstruire l'Irak", déclare à l'AFP un représentant d'un des quatre Marjaa [référence et source d'imitation pour les chiites] de la ville sainte, à 160 km au sud de Bagdad, l'ayatollah Ali al-Sistani.
_30 JUILLET. Le chiite Ibrahim Al-Jaafari désigné premier président du Conseil de gouvernement provisoire. Le Conseil a opté pour l'instauration à sa tête d'une présidente tournante entre neuf de ses membres. _23 JUILLET. Présentant le Conseil de gouvernement intérimaire irakien comme un partenaire fiable pour "construire l'avenir de l'Irak", le président Bush, entouré de son secrétaire à la défense Donald Rumsfeld, de l'administrateur civil américain en Irak, Paul Bremer, ainsi que du chef d'état-major interarmées, le général Richard Myers, assure que des "progrès réguliers pour rétablir l'espoir d'une nation épuisée par des décennies de tyrannie "ont été faits. "L'autorité provisoire de la coalition, dirigée par l'ambassadeur Bremer, a une stratégie d'ensemble pour conduire l'Irak vers un avenir stable et prospère. Nous suivons cette stratégie pour le bien de l'Irak, pour la paix dans la région et pour la sécurité des Etats-Unis et de nos amis". _20 JUILLET. Les Etats-Unis esquissent, pour la
première fois, un calendrier pour la transition politique
en Irak. Selon Paul Bremer, "si les Irakiens peuvent
rédiger une Constitution en six ou huit mois, et
que cela peut être suivi rapidement d'élections,
il est possible que nous ayons effectivement un gouvernement souverain
dans un an". L'avenir dépendra surtout des Irakiens
eux-mêmes, ajoute-t-il. "Nous espérons qu'une
conférence constitutionnelle sera convoquée en septembre
[2003]. Combien de temps faudra-t-il aux Irakiens pour rédiger
une Constitution ? Je ne sais pas". L'administrateur civil américain en Irak souligne que son administration civile prendra fin aussitôt qu'un gouvernement irakien souverain assumera le pouvoir. "Il est toutefois possible qu'il y ait toujours besoin de forces de sécurité" américaines. _18 JUILLET. A Bagdad, cheikh Hari Al-Dhari, l'imam sunnite de la mosquée d'Oum Al-Koura, engage les quelque 1'500 fidèles assistant à la prière, à "coopére[r] avec vos frères pour mettre fin à l'occupation" de l'Irak et s'en prend au Conseil de gouvernement transitoire irakien mis en place par les Etats-Unis. "C'est un monstre inacceptable car il divise l'Irak et sème les grains de la discorde entre Irakiens. Nous ne le soutenons pas". L'iman chhite de Koufa, Seyyed Moktada al-Sadr, qui est l'une des personnalités religieuses influentes dans la communauté chiite en Irak, critique les Etats-Unis, et "le Conseil illicite créé par les Etats-Unis et leurs valets". "Ils [les membres du Conseil] ont remis ce pays musulman et paisible à des forces étrangères". _13 JUILLET. Un Conseil de gouvernement intérimaire de 25 membres qui se sont "autodésignés", en soumettant leur nomination à l'approbation de l'administrateur civil américain, Paul Bremer, se réuni pour la première fois. Le Conseil dispose de pouvoirs que le "proconsul" de Washington n'avait nulle envie de lui donner à l'origine, relève Le Monde : ses membres vont pouvoir désigner les ministres d'un futur cabinet, nommeront l'équivalent d'ambassadeurs irakiens à l'étranger, approuveront le budget et devront mettre sur pied un comité chargé de rédiger un projet de Constitution. "Le fait que le diplomate Bremer, un proche des néo-conservateurs américains, garde un droit de veto sur les décisions du Conseil limite cependant les pouvoirs de ce dernier et jette une ombre sur sa crédibilité : pour beaucoup d'Irakiens, le nouveau "gouvernement" n'est qu'une marionnette entre les mains de la coalition", commente le quotidien français. Reflètant la composition de la population irakienne,
le Conseil est majoritairement composé de chiites,
qui représentent environ 60% des 24 millions d'Irakiens.
Treize chiites, cinq Kurdes, cinq sunnites, un Chrétien
et une Turkmène y participeront. Trois femmes y figurent
également. On retrouve au sein du conseil Ahmed Chalabi,
le chef du Congrès national irakien (CNI), Abdel-Aziz
al-Hakim, le chef du Conseil suprême de la révolution
islamique en Irak (CSRII), Jalal Talabani, leader de l'Union
patriotique du Kurdistan (UPK), Massoud Barzani, responsable
du Parti démocratique du Kurdistan (PDK) et l'ancien ministre
des Affaires étrangères Adnan Pachachi. Le
Conseil est cependant dominé par des personnalités
irakiennes moins connues, ayant vécu en Irak durant le
régime de Saddam Hussein. Sergio Vieira de Mello, le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour l'Irak, a été le seul occidental à s'exprimer lors de la réunion. Il a qualifié cette journée d'"historique". "La liberté, la dignité et la sécurité doivent désormais être considérés comme acquis par tous les Irakiens", a-t-il ajouté.
_28 JUIN. Les trois principaux dignitaires religieux chiites en Irak haussent le ton contre les Etats-Unis, écrit Le Monde. "Ali Al-Sistani, le guide spirituel des chiites, révèle qu'il s'apprête à publier une fatwa stipulant que la Constitution irakienne, préparé par le "gouverneur" américain, Paul Bremer, avec les partis politiques, sera "illégitime" si elle n'est pas adoptée par "un gouvernement irakien élu par le peuple". Mohammed Baqer Al-Hakim, le président du Conseil suprême de la révolution islamique en Irak, estime qu'une administration irakienne nommée par M. Bremer serait "illégale". Et le jeune Mouktada Al-Sadr, dont la famille jouit d'un immense prestige en Irak, dénonce même "le terrorisme" américain!" [Le Monde, 1er juillet 2003]. _2 JUIN. Le représentant spécial des Nations unies pour l'Irak, le Brésilien Sergio Vieira de Mello, déclare à son arrivée à Bagdad que les Irakiens doivent se gouverner eux-mêmes le plus tôt possible. "Le plus tôt le peuple irakien se gouvernera lui-même, le mieux cela sera". "La tâche la plus importante serait peut-être de travailler sur la mise en place d'un gouvernement de transition le plus tôt possible, comme une première étape en vue d'un gouvernement légitime et représentatif en Irak", ajoute-t-il, précisant "que le respect total des lois et des droits de l'homme est la seule base durable et solide pour une nation démocratique, stable et prospère". _1er JUIN. La coalition américano-britannique en Irak annonce la mise en place, avant fin juillet, d'une administration intérimaire irakienne, dirigée par un Conseil politique qui agira comme un gouvernement embryonnaire, alors que l'insécurité et les tensions persistent dans le pays. "Le Conseil sera le représentant du peuple irakien dans ses rapports avec l'autorité intérimaire de la coalition". Le Conseil politique, de 25 à 30 membres, aura pour principale tâche de conseiller l'administration occupante dans les domaines économique et politique. Il nommera des conseillers dans les différents ministères, qui auront ensuite un statut de ministres intérimaires. Il devra aussi préparer un référendum sur une nouvelle Constitution.
_23 MAI. Nouveau décret de Paul Bremer démantelant officiellement l'armée et les services de sécurité qui formaient l'ossature du régime de Saddam Hussein. Il dissout l'armée, les gardes républicaines, les divers services secrets et, en bloc, les ministères de la défense et de l'information. Un autre décret, promulgué le 22 mai, ordonne à tous les cadres du parti Baas - 200'000 personnes, selon certaines estimations - de se présenter aux services de l'administration américaine. Ces mesures préludent "à la création d'une force nationale de défense pour l'Irak libre" et font partie d'une "campagne vigoureuse pour montrer au peuple irakien que le régime de Saddam est parti et ne reviendra jamais", souligne un porte-parole de la coalition anglo-américaine.
"Quant aux islamistes, les seuls qui s'occupent à mobiliser la population, ils ont profité du sermon du vendredi 23 mai dans les mosquées pour se démarquer un peu plus des "occupants". "Les impérialistes américains seront les seuls à profiter de la levée des sanctions en exportant le pétrole et important leurs marchandises et leurs murs dissolues", a ainsi déclaré le cheikh Kazem Al-Abboudi, devant des dizaines de milliers d'habitants de Saddam City, rebaptisée "Madinat-Al-Sadr". [Le Monde, Paris, 25-26 mai 2003] _16 MAI. Le nouvel administrateur américain publie un décret qui interdit à tous les anciens dirigeants du parti Baas l'accès à des "postes de décision ou de responsabilité".
"Le pari [de Paul Bremer] est osé, écrit Le Monde, car la purge annoncée devrait toucher entre 15000 et 30000 hiérarques ayant servi Saddam Hussein. Régime de parti unique, la dictature irakienne incitait fortement ses dirigeants d'administrations ou d'entreprises d'Etat à adhérer au parti Baas.
"Jusqu'alors, la puissance occupante avait composé avec les anciens hiérarques en les laissant accéder à des postes à responsabilités dans les ministères, les universités ou les hôpitaux. Pour trier les "bons" et les "mauvais" baasistes, elle sélectionnait les personnalités sur des critères - soupçons de crimes ou de violations des droits de l'homme, implication dans le dossier des armes de destruction massive - d'application assez souple. Mais les anciens partis d'opposition, désormais alliés à Washington, ne veulent pas partager le pouvoir avec les dirigeants du régime déchu." [Le Monde, Paris, 18-19 mai 2003] _10 MAI. L'ayatollah Mohammad Baqer Hakim, chef de l'Assemblée suprême de la révolution islamique en Irak (Asrii), la principale force chiite du pays, de retour en Irak après 23 ans d'exil en Iran, se prononce pour un Irak "moderne", fondé sur "les principes de l'Islam": "Nous voulons un régime qui respecte les spécificités des composantes du peuple irakien, les chiites, les sunnites, les Kurdes, les chrétiens, qui reflète l'unité de l'Irak".
_8 MAI. Réunion à Londres des responsables militaires de quinze pays [outre les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Pologne, le Danemark et l'Espagne], pour mettre sur pied une "force de stabilisation" militaire et civile, placée sous l'égide des Etats-Unis, chargée de sécuriser l'Irak et de favoriser sa reconstruction. L'OTAN et les Nations unies sont écartées par les Etats-Unis. Absents de cette réunion : la France, l'Allemagne et la Russie, pays qui s'étaient opposés à la guerre. _6 MAI. Georges Bush nomme l'ancien diplomate Paul Bremer - il fut un spécialiste du contre-terrorisme sous le président Ronald Reagan - "envoyé présidentiel pour l'Irak". Placé sous l'autorité directe du secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld, il "coiffe" le général Jay Garner, qui reste chargé de la "reconstruction physique" de l'Irak. Paul Bremer "supervisera" la politique des forces d'occupation et la mise en place de nouvelles institutions irakiennes. _5 MAI. Le général Jay Garner annonce qu'un "noyau de gouvernement", composé d'au moins cinq personnalités de l'ancienne opposition au régime de Saddam Hussein, sera mis en place d'ici le début du mois de juin. Ce "noyau" de "sept à neuf dirigeants", tous opposants irakiens, devrait comprendre les dirigeants kurdes Massoud Barzani et Jalal Talabani, le chiite Ahmad Chalabi, chef du Congrès national irakien (CNI), soutenu par le Pentagone, Iyad Allaoui de l'Entente nationale irakienne et Abdel Aziz Al-Hakim, frère du chef de l'Assemblée suprême de la Révolution islamique en Irak, (chiite, basée en Iran). Le groupe pourrait être élargi pour inclure un Chrétien et une autre personnalité sunnite. _3 MAI. Selon un haut responsable américain, une force de stabilisation multinationale partagera l'Irak en trois secteurs administrés séparément par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Pologne, ce qui exclue une force mandatée par les Nations unies. La "stabilisation" de l'Irak associera une dizaine de pays à l'intérieur de trois ou quatre zones, dont la responsabilité sera confiée notamment aux Etats-Unis (Bagdad et le centre du pays), à la Grande-Bretagne (le Sud) et à la Pologne (le Nord). Seize pays auraient accepté de participer à la "coalition de volontaires" réunie par les Américains. Dans chacune de ces zones, dont le tracé ne suivra pas les divisions ethniques ou religieuses du pays, les troupes affectées au maintien de la sécurité et les équipes civiles seront de plusieurs nationalités, afin d'éviter tout particularisme régional. Des soldats roumains, slovaques et ukrainiens pourraient, par exemple, opérer sous commandement polonais. Ce dispositif permettrait de réduire à 100'000, d'ici à l'automne, les effectifs des Etats-Unis en Irak, actuellement de 135'000 personnes.
_29 AVRIL. Quelque 250 responsables de l'opposition irakienne réunis à Bagdad conviennent de tenir un "congrès national" d'ici quatre semaines sur la création d'un gouvernement transitoire en Irak. Dans une résolution, les participants ont stipulé que les forces de la coalition étaient responsables du "maintien de la sécurité", qui reste un énorme problème à Bagdad et dans de nombreuses villes irakiennes, près de trois semaines après la chute du régime de Saddam Hussein. A Washington, le président Bush affirme que les Etats-Unis n'ont "pas l'intention d'imposer leur type de gouvernement ou culture", mais veilleront à ce que le nouveau régime irakien "protège les droits de tous".
_24 AVRIL. Les Etats-Unis assurent que l'instauration
en Irak d'un régime pluraliste ne se fera pas au détriment
de l'identité religieuse du pays. "Nous comprenons
et respectons l'islam. Nous allons tenter d'aider les Irakiens
à créer un système démocratique qui
ne soit en aucune manière contraire à leurs croyances
et à leur foi, et leur donne la possibilité de vivre
en paix entre eux et avec leurs voisins", déclare
le secrétaire d'Etat Colin Powell. _21 AVRIL. Désigné par les Etats-Unis comme "administrateur civil provisoire de l'Irak", le général Jay Garner arrive à Bagdad pour prendre en main la reconstruction du pays et rétablir les services de base. "Tout ce qui nous importe, c'est d'établir un processus démocratique qui permettra l'installation d'un gouvernement exprimant la volonté des Irakiens. [..] Nous leur remettrons les rênes de secteurs du gouvernement, non selon un calendrier, mais quand ils seront prêts à l'accepter". Quelque 500 civils et militaires de l'Office américain de la reconstruction et de l'assistance humanitaire en Irak (ORHA) vont s'efforcer de remettre en route le pays malgré la poursuite d'incidents armés, de manifestations d'hostilité à la présence américaine et de l'arrêt quasi total des services publics. _20 AVRIL. Les Etats-Unis souhaitent donner à l'Irak un gouvernement démocratique, mais ils n'en dicteront ni la forme ni la composition, assure dans une interview au Washington Post le général Jay Garner, l'administrateur civil provisoire de l'Irak. "Tout ce qui nous importe c'est d'établir un processus démocratique qui permettra l'installation d'un gouvernement exprimant la volonté du peuple [...] Quel type de gouvernement, quel type de processus, ce sera à eux de choisir. Nous ferons ce qu'ils nous demandent de faire". _15 AVRIL. Première séance de pourparlers sur l'avenir de l'Irak de l'après-Saddam Hussein, près de Nassiryia, dans le sud de l'Irak, entre des représentants américano-britanniques et diverses factions politico-religieuses. Pressenti pour diriger l'administration militaire dans un premier temps, le général américain à la retraite Jay Garner ouvre la séance en proclamant : "L'Irak libre et démocratique commence aujourd'hui." _11 AVRIL. Pour faciliter le redressement du pays, les Etats-Unis envisagent une transition en trois étapes, la dernière étant l'établissement d'un gouvernement irakien, déclare le secrétaire américain adjoint à la défense, Paul Wolfowitz. Selon lui, l'Irak sera gouverné dans une première étape par un Office américain de la reconstruction et de l'assistance humanitaire en Irak, dont la mission consistera à restaurer les services de première nécessité comme la distribution d'eau, d'électricité et les soins médicaux. Une fois ces services rétablis, l'administration de l'Irak sera confiée à une autorité irakienne intérimaire qui sera formée de représentants de tous les groupes religieux et ethniques, y compris des Irakiens exilés. Dans la troisième étape, le gouvernement irakien assumera pleinement le contrôle du pays et sa légitimité sera fondée "sur les élections conduites conformément à la nouvelle constitution". |