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2005-L'actualité des droits de l'homme dans le monde

:: Un Tribunal pour les violations droits de l’homme au Timor-Oriental  


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L'actualité des
droits de l'homme



2005. Pour un Tribunal pénal international
[Le Rapport des experts
[pdf 800 ko]
2003-4. Un tribunal indonésien
[Jugements
2003 et 2004]

TIMOR-LESTE, 2006 / UN RAPPORT SUR LES VIOLATIONS DES DROITS DE L'HOMME PENDANT L'OCCUPATION INDONESIENNE
__L'Indonésie accusée de crimes contre l'humanité dans l'ex-Timor-Oriental


Le président du Timor-Leste (ex-Timor-Oriental), Xanana Gusmão, a remis le 20 janvier 2006 au secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, le rapport de la Commission accueil, vérité et réconciliation (CAVR), établie pour faire la lumière sur les violations des droits de l'homme, commises dans le pays pendant l'occupation indonésienne, entre avril 1974 et octobre 1999.

Le rapport (de 2500 pages) de la CARV, fruit de trois ans d'enquêtes minutieuses par des organisations de défense des droits de l'homme, les exactions commises par l'armée indonésienne dans l'ancienne colonie portugaise, indépendante depuis 2002, constituent des "crimes de guerre" et des "crimes contre l'humanité". La CARV a entendu plus de 7'000 victimes.

Privation de nourriture, tortures, violences sexuelles : la politique indonésienne a entraîné la mort de 84'000 à 183'000 personnes entre 1975 et 1999, soit un tiers de la population de l'époque. La grande majorité des victimes sont mortes de maladies et de famines orchestrées par l'armée indonésienne, qui, dès l'invasion de 1975, a "brûlé et empoisonné les récoltes et tué le bétail", usant de la faim comme d'une "arme de guerre, faisant partie d'une stratégie de destruction de la résistance".

En remettant le document aux Nations unies, le président du Timor-Leste a écarté toute idée de "justice punitive". Le gouvernement timorais n'est pas intervenu dans le travail de la Commission : "la preuve en est que les violations des droits de l'homme commises par la partie timoraise y sont également consignées".

L'important est selon lui d'"établir la vérité" pour "en tirer les leçons". "Le principal objectif du rapport est de dire ce qui s'est passé pendant vingt-quatre années de guerre. Les chiffres contenus dans ce rapport peuvent être contestés, mais l'important est non seulement de rappeler à notre génération future de ne pas répéter les erreurs du passé, mais aussi de rappeler à la communauté internationale que cela ne peut plus se reproduire ailleurs", a-t-il ajouté. "Le rapport de la Commission doit aider à panser les blessures".

Xanana Gusmão a aussi estimé que le concept de justice ne pouvait pas se limiter à traduire en justice les auteurs d'atrocités. "Il faut aussi prêter attention aux anciens combattants, aux veuves et aux orphelins sans quoi notre lutte aura été vaine", a-t-il dit.

"Pousser pour un tribunal international détruirait notre relation avec l'Indonésie et fragiliserait nos démocraties naissantes", a expliqué, de son côtè, José Ramos-Horta, le ministre des affaires étrangères timorais. "Et à court terme, aucun leader indonésien ne sera assez fort pour faire juger de hauts responsables militaires", a-t-il estimé.

Le MondeLe rapport […] détaille les techniques de torture "couramment utilisées" pour terroriser et soumettre le peuple timorais : "Brûlures sur les organes génitaux", "couper les oreilles", "traîner une victime derrière une voiture parfois jusqu'à la mort", "arracher des ongles", "forcer à boire l'urine d'un soldat"...

Les soldats indonésiens ont "systématiquement violé des milliers de femmes timoraises", indique le texte. "Les viols en groupe étaient courants". Des mères, certaines abusées devant leurs enfants, se rendaient quotidiennement dans des casernes pour y être violées, sous peine de représailles contre leur village. D'autres servaient d'esclaves sexuelles et de domestiques. Les viols "augmentaient de manière exponentielle durant les opérations militaires", précise le rapport.

L'armée aurait par ailleurs massacré des milliers de civils. Les punitions collectives étaient "une composante centrale et systématique" de la stratégie pour briser la résistance et Djakarta aurait eu recours à des armes chimiques et au napalm. Ces crimes ont pris fin en 1999, lorsque l'Indonésie a dû se retirer après une dernière flambée de violence orchestrée, selon le document, aux plus hauts niveaux du gouvernement (le général Wiranto, ministre de la défense de l'époque, est nommé) avec l'aide de milices.[…]

Le rapport se penche aussi sur les crimes - de bien moindre ampleur - commis par les forces indépendantistes timoraises, surtout dans les années 1970. Il met par ailleurs en cause les grandes puissances et recommande que "les Etats-Unis, mais aussi la Grande-Bretagne et la France, qui ont apporté un soutien militaire au gouvernement indonésien entre 1974 et 1999 […] aident au dédommagement des victimes", pour avoir "placé leurs intérêts économiques et stratégiques au-dessus des principes des Nations unies". Philippe Bolopion, Le Monde, 22 janvier 2006.
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