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>Edit de Nantes / 13 avril 1598
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Les protestants et l'édit de Nantes
Quelle est la situation des protestants français à la veille de l'édit de Nantes ?
- Ils étaient peut-être deux millions en 1560. La Saint-Barthélemy, en 1572, leur a porté un grand coup, même si le massacre lui-même n'a fait que quelques milliers de victimes. En 1598, lors de la proclamation de l'édit de Nantes, ils ne sont plus qu'un million, sur les vingt millions de personnes qui vivent alors dans les limites de l'Hexagone. Ils forment géographiquement une sorte de croissant de lune. Si l'on veut dessiner une carte du protestantisme français en 1598, cela démarre du côté de Genève (qui n'est pas en France, bien sûr), il y en a un peu en Dauphiné, dans la Drôme, très peu en Provence (sauf les Vaudois du Lubéron).
Puis les Cévennes, Nîmes, Montpellier, cela s'arrête vers Béziers; il y en a un petit peu dans le sud de l'Aveyron, mais pas beaucoup, le Massif Central, la vallée de la Garonne, Montauban surtout. Toulouse a basculé du côté de la Ligue, c'est-à-dire du côté catholique dès 1560. A Bordeaux, il y a des protestants qui cohabitent avec des catholiques modérés. Et puis on remonte: Il y a La Rochelle et, sur le val de Loire, il y a Saumur, et l'on en retrouve enfin du côté des Ardennes. On peut dire que la France, la "vraie France", c'est-à-dire la France de langue d'oïl, a alors rebasculé vers le catholicisme et la Ligue. C'est le cas à Paris, pour une raison bien simple, c'est-à-dire que le Parlement de Paris, la Sorbonne et l'armée royale ont fait leur travail... [
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En avril 1598, le roi Henri IV proclame donc à Nantes l'édit "solennel et public" qui est censé rétablir la paix religieuse en France
- Dans les régions du royaume contrôlées par Henri IV, la liberté du culte existait, plus ou moins garantie par divers édits, en particulier l'édit de Poitiers de 1577, et de nombreux autres édits, mal appliqués, de pacification. On retrouve dans chacun d'eux des articles comparables à ceux de l'édit de Nantes, mais la grande force de ce dernier, c'est évidemment le fait qu'il marche...
Comment cela se passe-t-il ?
- Henri IV est roi depuis 1589. Il a déjà donné divers édits concernant la question religieuse qui accordaient au fond aux protestants de larges libertés; ils étaient appliqués tant bien que mal dans les territoires contrôlés par le roi. En revanche, dans ceux qui étaient sous la domination de la Ligue et du parti catholique ultra, ce n'était pas le cas. Par ailleurs, la Saint-Barthélemy a créé un sentiment d'horreur chez les protestants, mais aussi chez les catholiques modérés.
Que dit l'édit de Nantes ?
- Il accorde aux protestants l'accès à tous les offices, à toutes les fonctions, et la liberté de conscience intérieure. Mais il ne donne la liberté du culte que dans un certain nombre de villes. A Paris, par exemple, une cité alors dominée par la Ligue, le culte protestant est interdit par souci de l'ordre public. C'est donc un système en peau de léopard, assez contraire au centralisme français à venir..
Est-ce que les Français ont alors le sentiment que cette paix religieuse est durable, voire définitive ?
- Il y a des fanatiques, chez les protestants aussi. Il y en a chez les catholiques, mais il y a tout un monde centriste que Henri IV, finalement, représente assez bien. Ce n'est pas un cynique, c'est un chrétien, par ailleurs fornicateur, à la limite du grotesque. Il y a chez lui un approfondissement du christianisme.
Source : Extraits d'un entretien avec Emmanuel Le Roy Ladurie, membre de l'Institut, journal "Le Monde", Paris,1er juillet 1997. |