Textes fondateurs-Sources américaines



>Textes fondateurs



__Discours des quatre libertés
Etats-Unis, 6 janvier 1941


Le mouvement en faveur de la reconnaissance universelle des droits de l'homme a pris son élan bien avant la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Le 6 janvier 1941, le président Franklin D. Roosevelt prononce devant le Congrès des Etats-Unis son fameux Discours sur les Quatre Libertés (liberté d'expression et de culte, et liberté de vivre à l'abri du besoin et de la peur).
Sept mois plus tard, le 14 août 1941, la Charte de l'Atlantique, signée par le président Roosevelt et le premier ministre anglais Wiston Churchill, énoncera le droit à la liberté et à la démocratie et soulignera qu'une victoire alliée entraînerait le "couronnement des droits de l'homme".

[…] Nous devons tous nous préparer à faire les sacrifices qu'exigent les circonstances critiques, presque aussi graves que la guerre même. Tout ce qui peut faire obstacle à la rapidité et à
l'efficacité des préparatifs de défense doit s'effacer devant l'urgence des besoins de la Nation.

De même que l'homme ne vit pas seulement de pain, il ne combat pas seulement avec les armes. Ceux qui tiennent nos défenses et, derrière eux, ceux qui édifient nos défenses doivent avoir la résolution et le courage qui viennent d'une foi inébranlable dans le mode de vie que nous défendons. La puissante action que nous réclamons ne peut pas être fondée sur une méconnaissance de toutes les choses qui valent qu'on combatte pour elles.

La Nation se félicite et sort renforcée de tout ce qui a été fait pour rendre ses citoyens conscients de ce qui est en jeu pour chacun d'entre eux dans le maintien d'une vie démocratique en Amérique. Tout ceci a durci la trempe de notre peuple, a renouvelé sa foi et a consolidé son dévouement aux institutions que nous nous apprêtons à défendre. Ce n'est certes pas le moment pour aucun d'entre nous de cesser de penser aux problèmes sociaux et économiques qui sont la cause première de la révolution sociale qui est dans le monde d'aujourd'hui un facteur déterminant.

[...] Il n'y a rien de mystérieux dans les fondements d'une démocratie saine et vigoureuse. Les choses essentielles qu'attend notre peuple de nos systèmes politique et économique sont simples. Ce sont : l'égalité des chances pour les jeunes et pour les autres; des emplois pour ceux qui peuvent travailler ; la sécurité pour ceux qui en ont besoin; la fin des privilèges réservés à quelques-uns; la sauvegarde des libertés individuelles pour tous; la jouissance des fruits du progrès scientifique grâce à l'élévation constante d'un niveau de vie plus largement partagé.

Ce sont là les choses simples et fondamentales qu'il ne faut jamais perdre de vue dans la tourmente et l'incroyable complexité de notre monde moderne. La force interne et permanente de nos systèmes économique et politique dépend de la mesure dans laquelle ils répondent à ces attentes. [...[ Dans les jours futurs, que nous cherchons à rendre sûrs, nous entrevoyons un monde fondé sur quatre libertés essentielles [...].

1. La première est la liberté de parole et d'expression - partout dans le monde.

2. La deuxième est la liberté de chacun d'honorer Dieu comme il l'entend - partout dans le monde.

3. La troisième consiste à être libéré du besoin - ce qui, sur le plan mondial, suppose des accords économiques susceptibles d'assurer à chaque nation une vie saine en temps de paix pour ses habitants - partout dans le monde.

4. La quatrième consiste à être libéré de la peur - ce qui, sur le plan mondial, signifie une réduction des armements si poussée et si vaste, à l'échelle planétaire, qu'aucune nation ne se trouve en mesure de commettre un acte d'agression physique contre un voisin [...]. Il ne s'agit pas là de vues concernant un millénaire éloigné. C'est la base précise du genre de monde à la portée de notre temps et de notre génération. Ce monde est l'antithèse même du prétendu nouvel ordre tyrannique que les dictateurs cherchent à instaurer en faisant exploser une bombe.

A cet ordre nouveau, nous opposons une conception plus haute - celle d'un ordre moral.
Une société de qualité est capable d'affronter sans crainte les projets de domination mondiale et les révolutions à l'étranger. Depuis le début de notre histoire américaine, nous sommes voués au changement - à une perpétuelle révolution pacifique - une révolution qui progresse régulièrement, qui s'adapte tranquillement aux conditions changeantes - sans camp de concentration ni chaux vive au fond de la fosse. L'ordre mondial que nous recherchons est la coopération de pays libres, travaillant ensemble dans une société amicale et civilisée.
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