Bibliothèque Jeanne Hersch - Anthololgie de textes

BULGARIE - 1869-1871















Sommaire

__Lubène Karavelov et Vassil Levsky : La liberté pour l'homme et pour le peuple


Le Comité central révolutionnaire bulgare (CCRB) a été créé à Bucarest à l'automne de 1869. Cette organisation politique avait pour but de préparer et de mettre en œuvre la libération de la Bulgarie de la tutelle ottomane. Le premier programme du CCRB fut élaboré par Lubène Karavelov et publié à Genève le 1er -août 1870.

Lubène Karavelov (1834-1879), journaliste et écrivain, fut un des dirigeants du mouvement bulgare de libération au cours des années 1860-1870. Il a écrit, outre ce programme, des articles et des brochures qui ont eu une grande influence sur la conscience nationale moderne du peuple bulgare.

En 1871, Vassil Levsky (1837-1873) prépara un projet de statuts du comité: "L'ordonnance de ceux qui travaillent pour la libération du peuple bulgare". Vassil Levsky fut la personnalité la plus marquante et la plus prestigieuse dans le mouvement du peuple bulgare, dénoncé, il fut arrêté en décembre 1872 et pendu le 18février 1873.

1. La nécessaire liberté de l'homme (Karavelov)

De même que les animaux de la terre ont besoin de l'air et les poissons de l'eau, de même l'homme a besoin avant tout de la liberté. Sans liberté l'homme ne peut pas se dire homme à part entière, il n'est qu'une moitié d'homme; sans liberté l'homme ne peut être tel que la nature l'a créé, et ne saurait être heureux. […] Seul peut se dire homme celui qui parle et pense suivant sa propre volonté; seul peut dire qu'il vit dans ce monde celui qui ne souffre au-dessus de lui aucun despotisme, aucune cravache. Presque tout dépend de la liberté: sans liberté, il n'est ni vie, ni bonheur - cela est aussi vrai que deux et deux font quatre. Or, le bonheur humain dépend de l'instruction et celle-ci dépend de la richesse -matérielle. Et la richesse matérielle? - De la liberté. Dites-moi, comment l'homme serait-il heureux quand ses biens sont entre les mains d'autrui, quand sa femme et ses filles peuvent être à tout moment outragées, déshonorées; quand au-dessus de son esprit, au-dessus de son visage sont suspendus des boulets et des haches qui l'empêchent de parler, d'écrire et de penser comme il l'entend et le soumettent à la volonté de ses maîtres ? On ne quitte pas facilement sa patrie, son foyer, ses parents et ses amis, les tombeaux de ses ancêtres; or, nous voyons comment des milliers d'hommes émigrent chaque année en Amérique. Et pourquoi ? - Parce qu'ils cherchent une liberté individuelle et nationale.Up

Tout ce que l'homme dans le privé tient pour sacré, cher et nécessaire est aussi utile et nécessaire pour tout un peuple. Seul peut vivre et faire du progrès un peuple qui possède sa vie historique, sa liberté extérieure et intérieure, autrement dit un peuple doté d'un Etat indépendant et d'une indépendance d'esprit. […]

Chacun sait que le bien-être du peuple dépend de l'instruction du peuple et que plus un peuple est instruit, plus il est heureux.

2. Le programme du Comité central révolutionnaire bulgare (Karavelov)

Aujourd'hui, il est de notre devoir sacré de purifier notre terre de l'impureté des fonctionnaires du gouvernement et d'assurer notre liberté populaire, politique et publique. […]

Nous voulons vivre ensemble avec tous nos voisins, notamment avec les Serbes et les Roumains qui en partie reconnaissent nos aspirations, et nous voulons fonder avec eux une "Fédération des Slaves du Sud" ou bien une "Fédération danubienne des territoires libres".

Nous voulons que cette terre, peuplée de Bulgares, soit gouvernée à la bulgare, c'est-à-dire conformément au caractère des peuples roumain, serbe et grec. Que chaque nationalité, tout autant que chaque individu, garde sa liberté et se gouverne suivant sa volonté. Mais dans le même temps nous voulons former entre nous-mêmes et les peuples qui nous sont apparentés un tout, comme l'Union helvétique.

Nous ne voulons pas ce qui n'est pas à nous, mais nous ne céderons pas à autrui ce qui nous appartient.

Nous n'avons pas de prétentions quant à un droit historique, canonique, religieux, ni quant à la couronne, c'est pourquoi nous laissons au peuple le soin de décider de son destin et de dire à quelle partie de l'union il souhaite se joindre - avec les Serbes ou avec les Grecs - et, par conséquent, nous ne posons pas de questions relatives aux frontières.

Nous voulons pour nous-mêmes une liberté populaire, une liberté individuelle et une liberté religieuse, autrement dit une liberté humaine, et c'est pourquoi nous souhaitons également la liberté pour nos amis et nos voisins. Nous ne voulons pas dominer les autres, voilà pourquoi nous ne permettons pas que les autres nous dominent !

3. L'ordonnance de ceux qui travaillent pour la libération du peuple bulgare (Levsky)

Objectif : une révolution générale effectuera une transformation radicale du système actuel au sein de l'Etat despotique et tyrannique qu'elle remplacera par une république démocratique (gouvernement du peuple), au même endroit sera élevé un temple de la Liberté vraie et juste et la domination turque cédera la place à la concorde, la fraternité et la parfaite égalité entre toutes les nationalités. Les Bulgares, les Turcs, les Juifs etc. seront à égalité de tout point de vue, quant à la foi, à la nationalité, à la citoyenneté et à tout le reste; tous obéiront à une même loi commune, à adopter à l'unanimité par toutes les nationalités […]

Source : Lubène Karavelov, œuvres choisies, tome III, Ed. Balgarski pissatel, S., 1956, p. 429-430, Editorial de Karavelov, in journal Svoboda no 1, 7 novembre 1869.

Vassil Levsky, Héritage documentaire, S., Ed. Naouka i izkoustvo, 1973, p. 110-116.

Traduction : I. Yordanowa (ministère de l'Education, de la Science et des Technologies de Bulgarie, département des Relations internationales).
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