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__Pierre Bayle : Les bienfaits de la tolérance
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Pierre Bayle (Le Carla, Ariège, France, 1647 - Rotterdam,
Pays-Bas, 1706), auteur des Pensées diverses sur la comète
(1683) et du Dictionnaire historique et critique (1699), écrivit
De la tolérance - Commentaire philosophique sur les paroles
de Jésus-Christ: "Contrains-les d'entrer" (Evangile
de Luc, XIV-23) - en 1686, un an après que Louis XIV eut
révoqué l'édit de Nantes qui, en 1598, avait
donné aux protestants la liberté de religion. Face
à cette révocation, face aux souffrances de son
frère, le pasteur Jacob Bayle, mort en prison quelques
mois plus tôt, ce calviniste converti au catholicisme puis
revenu au protestantisme entreprit, de Rotterdam où il
était exilé, une réflexion théorique
fondamentale sur cette idée neuve, la tolérance.
Dans un monde où l'on trouvait normal que la religion des
sujets fût celle du prince - et dans ce contexte, la révocation
de 1685 étonnait peu -, Pierre Bayle conçoit la
tolérance comme une valeur positive et critique la thèse
contraire de la contrainte légitime en matière de
religion.
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Pour montrer évidemment l'absurdité de ceux qui
accusent la tolérance de causer des dissensions dans les
Etats, il ne faut qu'en appeler à l'expérience.
[Le paganisme est une preuve que la tolérance ne nuit point
aux sociétés]. Le paganisme était divisé
en une infinité de sectes, et rendait à ses dieux
des cultes fort différents les uns des autres, et les dieux
même principaux d'un pays n'étaient pas ceux d'un
autre pays; cependant je ne me souviens point d'avoir lu qu'il
y ait jadis eu de guerre de religion parmi les païens, si
ce n'est contre des gens qui pillaient le temple de Delphes, par
exemple. Mais de guerre faite à dessein de contraindre
un peuple à quitter sa religion pour en prendre une autre,
je n'en vois point de mention chez les auteurs. Il n'y a que Juvénal
qui parle de deux villes d'Egypte qui se haïssaient mortellement,
à cause que chacune soutenait qu'il n'y avait que ses dieux
qui fussent des dieux. Partout ailleurs grand calme, et grande
tranquillité; et pourquoi? Parce que les uns toléraient
les rites des autres. Il est donc vrai, comme je le montre dans
mon Commentaire, que c'est la nontolérance qui cause tous
les désordres qu'on impute, faussement à la tolérance.
Les sectes de philosophie n'ont point troublé le repos
public des Athéniens; chacun soutenait son sentiment et
réfutait celui des autres; et leur dissension n'était
pas sur peu de chose; quelquefois c'était sur la Providence,
sur le souverain bien. Cependant, comme les magistrats leur permettaient
à toutes d'enseigner leurs sentiments, et qu'ils ne contraignaient
point les unes à s'incorporer malgré elles aux autres,
la République ne souffrait aucune altération de
cette diversité de sentiments; mais si elle avait usé
de cette contrainte, elle eût tout mis en combustion. C'est
donc la tolérance qui est la source de la paix, et l'intolérance
qui est la source de la confusion et du grabuge.
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Source :
Pierre Bayle, De la tolérance. Commentaire philosophique,
1ere partie, chapitre I, Paris, Presses-Pocket, "Les classiques",
1992, p. 90-91.

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