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__Liber paradisus : La cité de Bologne libère et rachète les serfs et les serves
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Dans les quelque deux ou trois cents communes qui, aux XIIe
et XIIIe siècles, peuvent en Italie porter le nom d'Etat-cité,
la libération de certaines catégories sociales passe
par les affrontements entre les différents pouvoirs locaux.
Ici, à Bologne en 1257, c'est le problème des paysans
et de l'interdépendance ville campagne qui conduit la commune
à affranchir les serfs de la tutelle seigneuriale. Elle
se sert pour cela d'une argumentation biblique, plus révolutionnaire
sans doute que ne le pensaient les rédacteurs du texte,
mais singulièrement libératrice.
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Au commencement, le Seigneur Dieu Tout-Puissant planta un jardin
[paradis] de délices. Il y plaça l'homme qu'il avait
formé et il orna le corps de celui-ci du vêtement
de la blancheur en lui donnant une liberté parfaite et
perpétuelle. Mais ce misérable, oublieux de sa propre
dignité et du don divin, mangea, malgré le précepte
du Seigneur, la pomme défendue. Ce faisant, il entraîna
misérablement lui-même et toute sa postérité
dans cette vallée et il empoisonna considérablement
le genre humain en l'attachant misérablement par les liens
de la servitude diabolique: d'incorruptible, il devint corruptible,
et d'immortel il devint mortel, soumis au changement et à
une très grande servitude. Voyant que le monde entier dépérissait,
Dieu eut pitié du genre humain et envoya son Fils unique,
né de la Vierge-Mère par l'opération du Saint-Esprit,
pour que, ayant rompu les liens de servitude qui nous retenaient
captifs, la gloire de sa dignité nous rende à notre
liberté première. C'est pourquoi il s'agit très
concrètement de savoir si des hommes qu'à l'origine
la nature a produits et créés libres et que le droit
des peuples a soumis au lien de servitude seront rendus, par le
bénéfice de l'affranchissement, à cette liberté
dans laquelle ils étaient nés.
En considération de quoi, la noble cité de Bologne,
qui a toujours combattu pour la liberté, se souvenant du
passé et prévoyant l'avenir, en l'honneur de notre
Rédempteur le Seigneur Jésus-Christ, a racheté
à prix d'argent tous ceux qu'elle a trouvés, dans
la cité et le diocèse de Bologne, astreints à
condition servile; après une enquête diligente, elle
les a déclarés libres, décrétant qu'à
l'avenir, il ne pourrait demeurer, dans la cité et le diocèse
de Bologne, aucun homme astreint à la servitude, afin qu'à
l'avenir, la masse de la liberté - tant naturelle que rachetée
par l'argent - ne puisse être corrompue par aucun ferment
de servitude, puisqu'une faible quantité de ferment corrompt
la masse entière et que la participation d'un seul méchant
déshonore un très grand nombre de bons. Au temps
de la vigilance du noble seigneur Bonacursus de Sorixina, podestat
de Bologne, dont la renommée de toutes les louanges diffusée
de tous côtés irradie comme un astre, et après
l'examen de son juge et assesseur, le seigneur Jacobus Gratacelli
que sa science du droit, sa sagesse, sa constance et sa tempérance
recommandent à tous, a été fait le présent
mémoire qui doit à juste titre s'appeler de son
propre nom, le Paradis: il contient les noms des serfs et aussi
des serves des seigneurs afin que l'on sache quels serfs et quelles
serves ont acquis la liberté et à quel prix, à
savoir dix livres de Bologne pour les serfs et les serves de plus
de 14 ans et huit livres pour ceux de moins de 14 ans, prix versé
à chaque seigneur pour chacun de ceux qui étaient
astreints au lien de servitude. Ce mémoire a été
écrit par moi, Conradinus Sclariti, notaire chargé
[préposé à l'office] des serfs et des serves,
l'an du Seigneur 1257, 15ème indiction: qu'il soit maintenant
et à l'avenir la mémoire de tous les susdits.
[suit la liste des seigneurs et des serfs et serves concernés]
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Source :
Archives de Bologne.
Traduction française :
Elisabeth Carpentier.
Traduction anglaise :
Conseil de l'Europe.

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