| NORVÈGE - 1848 |
__Marcus Thrane : Le journal de 1"Union des travailleurs, 5 mai 1848
Travailleurs! Dieu soit avec vous. Dieu soit avec nous tous! Une bataille
va être livrée; une bataille doit être livrée.
Puisse Dieu veiller à ce qu'elle reste une bataille de
l'esprit et ne dégénère pas en conflit physique;
qu'elle reste verbale, que les baïonnettes et les canons
restent de côté et que les Etats en présence,
guidés par Dieu, ne brandissent pour seules armes que les
mots de la vérité, de sorte que nos descendants,
faisant notre éloge, puissent affirmer: "C'est dans
le plus pur esprit chrétien que se livra la bataille entre
les travailleurs et les nombreux autres Etats qui éclata
en l'an 1849, car toute cette lutte n'avait d'autre but que d'instaurer
une paix sincère et permanente! Il n'y eut ni sang versé
ni scènes de meurtres et chacune des parties en lice respectait
les droits de l'homme de l'autre" C'est une lourde responsabilité dont je me charge, devant Dieu et les hommes, en m'efforçant comme je le fais ici par la parole et par l'écrit, de dresser un Etat contre l'autre, en informant les ordres inférieurs des intentions malhonnêtes des autorités, des lois injustes à leur égard, etc.; mais la conviction qui m'habite m'assure qu'il est de mon devoir de m'en charger et qu'il en sortira dans l'avenir quelque chose de bon. Qu'il en soit ainsi! Je fais mienne la cause des travailleurs; je lutterai pour les droits des travailleurs. Alors, travailleurs! levez-vous, unissez-vous et entendez-vous pour uvrer en faveur de votre propre avenir, car vous devez savoir, maintenant, que vous n'avez rien à gagner à attendre que d'autres prennent en charge vos intérêt tandis que vous vous tenez tranquilles. Souvenez-vous toujours que "l'union fait la force". En conséquence, formez des syndicats de travailleurs; c'est là le seul moyen de faire plier les autres! La raison pour laquelle la situation d'une majorité de gens du peuple se dégrade année après année est que la Constitution que nous avons acquise en 1814, quand notre pays était uni à la Suède, n'est plus adaptée à la nouvelle situation, laquelle a considérablement changé. Il faut modifier la Constitution en un sens qui donne à l'homme du peuple et à l'homme dans le besoin plus de droits qu'il n'en a eus jusqu'à ce jour, et le premier de ces droits à acquérir est le droit de vote ou le droit de choisir qui l'on veut voir comme député au parlement, ou comme délégué ou représentant au conseil municipal. Mais comment obtenir ce droit de vote? Les classes supérieures ne vont-elles pas s'opposer à une telle modification de la Constitution? Nullement. Je sais déjà pour m'être assez
renseigné sur le sujet qu'une bonne partie de la classe
supérieure (c'est-à-dire les plus avancés
et éclairés parmi elle) considère comme parfaitement
juste et raisonnable de donner au pauvre et au plébéien
le même pouvoir et la même influence qu'aux membres
des classes supérieures en matière législative. Récemment, on a pu lire beaucoup de choses en faveur
des droits de la plèbe dans le Rigstidenden et le Christiania-Posten,
tandis que rien de la sorte n'a paru dans le Morgenbladet. Ainsi,
les deux premiers journaux ont fait beaucoup de propositions visant
à accorder à l'homme de la plèbe bien plus
de pouvoirs et d'avantages qu'il n'en a à l'heure actuelle.
Ces journaux se sont prononcés en faveur du droit de vote
pour les pauvres et de la réduction de la taxe sur le blé
et autres denrées de première nécessité,
de manière que les pauvres payent leur blé un peu
moins cher. [Mais] sachez, travailleurs! que ces deux partis se sont toujours
chamaillés, et que quand les partisans du Embedspartiet(1)
sont ainsi enclins à nous accorder le droit de vote et
autres avantages, c'est sans doute tout autant pour nous inciter
à les aider à rompre les reins de leur ennemi [le
Bondepartietl(2)] que par réel désir de nous accorder
ces grands avantages. Sur ces mots, travailleurs, attendons avant
de nous prononcer pour l'un ou l'autre parti, et commençons
par fonder le nôtre. Mais si nous voulons fonder notre propre
parti, nous devons d'abord nous entendre, et il n'est pas de meilleur
moyen de s'entendre que de former des syndicats.
|