Bibliothèque Jeanne Hersch - Anthololgie de textes
NORVÈGE - 1915














Sommaire

__Les lois Castberg en faveur des enfants


Egalité des droits pour les enfants nés hors des liens du mariage. Le code unifié de Magnus "le Législateur" de 1274 stipule (article 5, chapitre 7) qu'un enfant "illégitime" est admis à hériter de son père pourvu que celui-ci l'ait reconnu publiquement. Ce vieux droit fut aboli lors de la traduction du code en danois en 1604, date à partir de laquelle les enfants naturels firent l'objet d'une discrimination sévère, et ceux du péché d'une intolérance plus grande encore. Critiqué tout au long du XIXe siècle, ce triste état de choses allait connaître sa première évolution grâce aux efforts continus du premier ministre norvégien des Affaires sociales, le socio-libéral Johan Castberg (1862-1926), poussé et assisté en cela par sa talentueuse belle-sur Katti Anker Moller (1868-1945). Il réussit en 1915 à faire voter par le Storting six nouvelles lois relatives au statut et aux droits des enfants "illégitimes" (les lois Castberg sur les enfants), qui améliorèrent considérablement leur situation. Aucun autre pays à l'époque ne disposait d'une législation mettant les enfants naturels et les enfants légitimes sur un pied d'égalité. Une législation similaire ne fut adoptée en Suède, pays voisin, qu'en 1969. Mais cette égalité n'était pas encore absolue et un certain nombre d'inégalités demeuraient entre enfants légitimes et naturels, la plus significative étant la négation des droits allodiaux de ces derniers - à moins que leur père n'ait changé leur statut en les reconnaissant publiquement ("lyse i kull og kjønn"). Parmi les articles novateurs des lois Castberg de 1915, citons les deux premiers de la loi "sur les enfants dont les parents ne sont pas unis par les liens du mariage":

Article 1er

Les enfants dont les parents ne sont pas unis par les liens du mariage ont le même statut juridique vis-à-vis de chacun de leurs deux parents, sauf exceptions déjà prévues par la loi.

Article 2

L'enfant a le droit d'être élevé (entretenu, éduqué et instruit) par chacun de ses deux parents. Il sera élevé et instruit dans la condition de son père, sauf si celle de sa mère est plus élevée, auquel cas il sera élevé dans la condition de celle-ci. En outre, la situation matérielle du parent le plus aisé prévaudra dans le choix de son éducation.

Il est intéressant de faire remarquer ici que lorsque la Troisième commission de l'Assemblée générale débattit l'alinéa 2 de l'article 25 de la Déclaration universelle des droits de l'homme à l'automne 1948, les représentants norvégien et yougoslave proposèrent de concert que les enfants nés hors mariage disposent des mêmes droits que les autres, et bénéficient de la même protection sociale. Certains Etats n'étant alors pas prêts à reconnaître les mêmes droits aux enfants de parents mariés et non mariés, la première partie de la proposition fut rejetée à une étroite majorité. Le principe de l'égalité en matière de protection sociale, par contre, fut accepté par une vaste majorité, d'où la dernière phrase de l'alinéa 2:

Tous les enfants, qu'ils soient nés dans le mariage ou hors mariage, jouissent de la même protection sociale.
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