Bibliothèque Jeanne Hersch - Anthololgie de textes
SAINT-SIÈGE - 2 juin 1537- Pape Paul III- Bulle Veritas Ipsa














Sommaire

__1555-1559 - Bartolomeo de Las Casas : Apologetica historica de las lndias


A. En décembre 1511, à Santo Domingo, le dominicain Antonio de Montesinos dénonce la réduction des Indiens d'Amérique à la servitude par le système de la encomienda imposé par les colons espagnols: "Ne sont-ils pas des hommes? N'ont-ils pas une raison et une âme? N'êtes-vous pas tenus de les aimer comme vous-mêmes?" Cette intervention marque le début de la lutte pour la reconnaissance des droits des autochtones d'Amérique. Les dominicains avaient obtenu du Conseil des Indes créé en 1524 l'interdiction de faire de nouveaux esclaves, mais la mesure fut rapportée en 1534 sous la pression des colons. Une controverse eut lieu entre le franciscain Zumarraga, évêque de Mexico, antiesclavagiste, et le dominicain Betanzos, qui mettait en doute l'humanité des Indiens. C'est alors que le pape Paul III intervint, par-dessus la tête et au mécontentement de Charles Quint, avec la bulle Veritas Ipsa (2 juin 1537), qui condamne l'esclavage des Indiens et affirme leur droit, en tant qu'êtres humains, à la liberté et à la propriété.

"La Vérité elle-même, qui ne peut ni tromper ni se tromper, a dit clairement lorsqu'elle destinait les prédicateurs de la foi au ministère de la parole: "Allez enseigner toutes les nations". Elle a dit toutes, sans exception, puisque tous les hommes sont capables de recevoir l'enseignement de la foi. Ce que voyant, le jaloux adversaire du genre humain, toujours hostile aux œuvres humaines afin de les détruire, a découvert une nouvelle manière d'empêcher que la parole de Dieu soit annoncée, pour leur salut, aux nations. Il a poussé certains de ses suppôts, avides de satisfaire leur cupidité, à déclarer publiquement que les habitants des Indes occidentales et méridionales, et d'autres peuples encore qui sont parvenus à notre connaissance ces temps-ci, devaient être utilisés pour notre service, comme des bêtes brutes, sous prétexte qu'ils ne connaissent pas la foi catholique. Ils les réduisent en esclavage en leur imposant des corvées telles qu'ils oseraient à peine en infliger à leurs propres animaux domestiques.

Or Nous, qui, malgré notre indignité, tenons la place du Seigneur sur terre, et qui désirons, de toutes nos forces, amener à Son bercail les brebis de Son troupeau qui nous sont confiées et qui sont encore hors de Son bercail, considérant que ces Indiens, en tant que véritables êtres humains, ne sont pas seulement aptes à la foi chrétienne, mais encore, d'après ce que Nous avons appris, accourent avec hâte vers cette foi, et désirant leur apporter tous les secoursUp nécessaires, Nous décidons et déclarons, par les présentes lettres, en vertu de Notre Autorité apostolique, que lesdits Indiens et tous les autres peuples qui parviendraient dans l'avenir à la connaissance des chrétiens, même s'ils vivent hors de la foi, peuvent librement et licitement user, posséder et jouir de la liberté et de la propriété de leurs biens, et ne doivent pas être réduits en esclavage. Toute mesure prise en contradiction avec ces principes est abrogée et invalidée.

De plus, Nous déclarons et décidons que les Indiens et les autres peuples doivent être invités à ladite foi du Christ par la prédication de la parole de Dieu et par l'exemple d'une vie vertueuse. Toutes choses passées ou futures contraires à ces dispositions sont à considérer comme nulles et non avenues.

Donné à Rome, le 2 juin de l'année 1537, de Notre Pontificat le troisième.

B. Les nouvelles lois de 1542 supprimèrent effectivement l'esclavage des Indiens, mais le débat rebondit, notamment entre le dominicain Bartolomeo de Las Casas et son adversaire J.G. de Sepulveda. Las Casas, dans son Apologetica historia de las Indias, écrite entre 1555 et 1559, défendit l'égale dignité et l'unité du genre humain:

"Il n'y a point de nations au monde, pour rudes et incultes, sauvages et barbares [...] qu'elles soient, et même parfois proches des bêtes brutes, qui ne puissent être persuadées, amenées et réduites à un ordre policé, et devenir paisibles envers les autres hommes, à condition d'user à leur égard de moyens appropriés et de suivre la voie digne de l'espèce humaine, à savoir amour, mansuétude et douceur, sans jamais s'écarter de cette fin. La raison de cette vérité est celle qu'exposa Cicéron dans le De legibus I, à savoir que toutes les nations du monde sont faites d'hommes qui tous et chacun ne répondent qu'à une seule définition: ce sont des êtres rationnels. Tous ont leur entendement, leur volonté et leur libre arbitre puisqu'ils sont formés à l'image et à la ressemblance de Dieu; [...] tous ont en germe les principes naturels qui leur permettront d'entendre, d'apprendre et de connaître les sciences et choses qu'ils ignorent, non seulement ceux qui ont une inclination naturelle, mais même ceux que leurs coutumes dépravées entraînent au mal; tous se réjouissent du bien et ressentent du plaisir à ce qui est agréable, et tous fuient et haïssent le mal et éprouvent du désagrément à ce qui est déplaisant et nuisible [...]. C'est ainsi que tout le lignage des hommes est un, et tous les hommes sont semblables par leur origine et leur nature, et aucun ne naît instruit; et ainsi nous avons tous besoin au début d'être guidés et soutenus par ceux qui sont nés avant nous."

Sources :
- Le sermon de Montesinos est cité dans l'ouvrage composé entre 1527 et 1562 par Bartolomeo de Las Casas, Historia de las Indias, éd. J. Pérez de Tudela, Madrid, 1957, livre III, c. 3.

L'original latin de la bulle Veritas Ipsa, quelquefois appelée Sublimis Deus, se trouve dans America Pontificia I, éd. J. Metzler, Libreria editrice vaticana, Vatican, 1991, p. 364-366.

- La citation de Las Casas est tirée de Bartolomeo de Las Casas, Apologetica historia sumaria destas Indias occidentales y meridionales, éd. E. Gorman, tome 1, Mexico, 1,967, p. 257-258.

Traduction :
M. Roland Minnerath.
Up