| ESPAGNE - 12 avril 1869 |
__Emillo Castelar : Discours sur la liberté de religion et la séparation de 1'Eglise et de l'Etat
[ ] J'ai dit que l'Eglise catholique, organisée comme vous l'organisez, organisée comme un pouvoir de l'Etat, ne peut nous apporter que des troubles et des conflits importants, parce que l'Eglise catholique avec son idéal d'autorité, avec son idéal d'infaillibilité, avec l'ambition qu'elle a d'étendre ces idées à tous les peuples, ne peut être dans l'organisation des Etats libres que cause de troubles continus dans toutes les consciences, cause d'une menace constante de tous les droits. [ ] Au fur et à mesure que la liberté grandit, les liens matériels faiblissent; au fur et à mesure que les liens matériels faiblissent, les liens moraux se resserrent. Il est donc nécessaire, pour qu'une société puisse vivre, il est indispensable qu'elle maintienne de grands liens sur le plan des idées, qu'elle reconnaisse des devoirs, des devoirs imposés, non pas par l'autorité civile, non pas par l'armée, mais par sa propre raison, par sa propre conscience. [ ] Et cependant, dans la conscience humaine, le dogme de la protection des Eglises par l'Etat est fini pour toujours. L'Etat n'a pas de religion, il ne peut en avoir, il ne doit pas en avoir. L'Etat ne se confesse pas, l'Etat ne communie pas, l'Etat ne meurt pas. Je voudrais que M. Manterola ait la bonté de me dire à quel endroit de la vallée de Josaphat va se trouver l'âme de l'Etat qui s'appelle l'Espagne le jour du Jugement. [ ] Grande est la religion du pouvoir, mais la religion de l'amour est plus grande; grande est la religion de la justice implacable, mais plus grande est la religion du pardon miséricordieux; et moi, au nom de l'Evangile, je viens ici vous demander que vous écriviez dans votre code fondamental la liberté de religion, c'est-à-dire liberté, fraternité, égalité entre tous les hommes.
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