Bibliothèque Jeanne Hersch - Anthololgie de textes
SUISSE - 1777














Sommaire

__Joseph-Ignaz Zimmermann : Guillaume Tell et le refus de la tyrannie


Guillaume Tell et son histoire comptent parmi les mythes fondateurs de la nation suisse. En mettant en jeu la vie de son fils par refus d'obéissance à un ordre tyrannique - le bailli Gessler exige qu'on salue son chapeau et Guillaume Tell qui a refusé doit percer d'une flèche une pomme posée sur la tête de son fils -, celui-ci devient le héros et le chef de file des mouvements d'indépendance. Commencée au XIIe siècle, la tradition populaire littéraire et iconographique en fit le héros national qu'il est encore aujourd'hui. A l'époque des Lumières, le thème de Tell résistant à la tyrannie monarchique inspira plusieurs auteurs, dont Friedrich Schiller, qui écrivit en 1804 un Wilhelm Tell.

Joseph-Ignaz Zimmermann n'était pas un inconnu. Né le 15 octobre 1733 à Scheukon (Suisse), il entra chez les Jésuites en 1755. A partir de 1766, il exerça la fonction de professeur de rhétorique dans les collèges jésuites de plusieurs villes suisses et allemandes. Il fut un professeur vénéré de ses élèves. Zimmermann est l'auteur de plusieurs pièces de théâtre, écrites pour et jouées par les collégiens, dont son Wilhelm Tell. Ein Trauerspiel in 5 Aufzügen (Guillaume Tell. Tragédie en 5 actes), imprimé à Bâle en 1777 (réimpression en 1779), joué au collège de Lucerne les 2, 3 et 5 septembre 1777. Beaucoup de ses pièces tendent à inspirer à la jeunesse un sentiment patriotique.

Extraits de Guillaume Tell, de JJ. Zimmermann

Werner - Le nombre de conjurés croît de jour en jour. Et aussi la colère, la fidélité et la confiance enfantine en celui qui est notre libérateur.

Arnold - Quoi, le chapeau, cet ancien signe d'une belle liberté serait maintenant transformé en monument d'une basse servitude?

[…]

Tell (au bailli) - Celui que tous craignent craint chacun. L'orgueil s'anéantit lui-même et c'est contre lui que tous les traits sont tournés. Jamais je ne préférerai la servitude à mes jours. Une vie sans liberté m'est à charge […]. Tell a pris la défense des droits des hommes en se dressant sans crainte contre les brigands effrénés; que cela soit mon honneur, mon salaire.

Gessler - La populace ne doit pas savoir qu'elle a une volonté, que la nature lui a donné des droits, une dignité humaine; que l'Etat lui a donné la propriété. Ces connaissances dangereuses doivent être totalement extirpées.

[…]

Gessler (à Hedewig) - La nature te pare de dons remarquables: ne les enfouis pas. Place-toi devant les autres et distingue-toi d'eux.

Hedewig (répondant au bailli). - Notre pays ne connaît pas de distinctions, si ce n'est celle qu'accorde la vertu à une femme.

Werner (au bailli) - Tu ne plieras pas notre courage avec des menaces. Il augmentera par la résistance aussi longtemps que notre bonne conscience nous protège. Je parle en homme libre […] Même si j'avais le roi en face de moi […] et toutes ces âmes nées libres doivent te paraître odieuses.

[…]

Tell - Ce bonheur [d'avoir chassé le bailli], chers concitoyens, n'est que le premier pas. Rappelez-vous que la liberté doit être consolidée.

(Personnages cités dans l'extrait: Tell; Hedewig, sa femme; Werner et Arnold, les amis de Tell; Gessler, le bailli tyrannique, nommé par les Habsbourg, seigneurs du pays.)Up

Source :
Extrait, en français, du Guillaume Tell de Joseph-Ignaz Zimmermann, 1777, dans Jeanne Hersch (dir.), Le droit d'être un homme. Anthologie mondiale de la liberté, Unesco, 2ème réimpression, 1990, p. 135-136.