| ANNEXE IV |
__Les droits de l'homme dans quelques textes latins anciens1. Cicéron: Tusculanes Disputations, livre I, chap. XXVI, 64 Quant à la philosophie, la mère de toutes les sciences, que peut-on en dire, sinon qu'elle est, d'après Platon, un présent, d'après moi, une création des dieux? C'est elle qui nous a initiés d'abord à leur culte, ensuite à la justice (jus hominum - le droit des hommes), qui repose sur la solidarité de l'espèce, puis à la sagesse et à la magnanimité; c'est encore elle qui dissipa les ténèbres qui aveuglaient pour ainsi dire les yeux de notre âme, nous permettant ainsi de tout voir, le haut et le bas, le commencement, le milieu et la fin de toutes choses. 2. Cicéron: De Republica, livre III, 22 (Il existe un droit universel et fondamental, ne dépendant pas de la volonté arbitraire de l'homme) Il existe une loi vraie, c'est la droite raison, conforme à la nature, répandue dans tous les êtres, toujours d'accord avec elle-même, non sujette à périr, qui nous appelle impérieusement à remplir notre fonction, nous interdit la fraude et nous en détourne... A cette loi, nul amendement n'est permis, il n'est licite de l'abroger ni en totalité ni en partie. Ni le Sénat, ni le peuple ne peuvent nous dispenser de lui obéir et point n'est besoin de chercher un Sextius Aelius pour l'expliquer ou l'interpréter. Cette loi n'est pas autre à Athènes, autre à Rome, autre aujourd'hui, autre demain, c'est une seule et même loi, éternelle, immuable qui régit toutes les nations en tout temps, il y a pour l'enseigner et la prescrire un dieu unique: conception, délibération, mise en vigueur de cette loi lui appartiennent également. Qui n'obéit pas à cette loi s'ignore lui-même et, parce qu'il aura méconnu la nature humaine, il subira par cela même le plus grand des châtiments, même s'il échappe aux autres supplices. 3. Sénèque: Des bienfaits, livre III, chap. XVIII, 1-3 (Jus humanum et dignité de l'homme) Pourtant certains philosophes, Hécaton par exemple, se demandent s'il est possible qu'un esclave soit le bienfaiteur de son maître. En effet, certaine école distingue entre le fait d'obliger [le fait d'être obligeant], d'accomplir un devoir ou une besogne imposée. On oblige, dit-on, lorsqu'on est étranger à la personne; on est un étranger lorsqu'on eût pu, sans encourir de blâme, s'abstenir, le devoir concerne un fils, une épouse, cette catégorie de personnes de qui la parenté avec nous suscite l'intervention et commande les secours; la besogne imposée est celle de l'esclave, et sa condition le met hors d'état, quelque service qu'il rende en effet à son supérieur, de s'en faire, qui plus est, un mérite auprès de lui. Affirmer qu'un esclave n'est en aucune circonstance le bienfaiteur de son maître, c'est ignorer les droits de l'homme (juris humani). Ce qui importe, en effet, ce sont les sentiments du bienfaiteur, non sa position sociale. Or la vertu ne ferme sa porte à personne; elle est accessible à tous; elle laisse entrer tout le monde, invite tout le monde, hommes libres, affranchis, esclaves, rois, exilés; elle ne recherche pas spécialement les grandes familles et la fortune: l'être humain tout nu lui suffit... Un esclave peut être juste, peut être courageux, peut être magnanime; donc il peut aussi se montrer bienfaisant; car c'est là aussi un trait de la vertu. Il est si vrai que les esclaves peuvent faire du bien à leurs maîtres que leurs maîtres sont souvent leurs créatures. |