Les droits de l'enfant

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Astérix, ambassadeur
des droits de l'enfant

 L’ALBUM  
Astérix et les droits de l’enfant
[ 2.6 Mo]

 DEI-France 

Le point de vue de Jean-Pierre Rozenczveig
Le communiqué DEI

 DOCUMENT 

La Convention en 89 questions
[DEI et Défenseure des enfants]

[ 590 ko]

FRANCE, MAI 2007 | L’ALBUM DES DROITS DE L’ENFANT D’UDERZO
__DEI : Les droits de l'enfant ne risquent-ils pas de se dissoudre dans la potion magique d'Asterix ?

DEI-France, section française de l’ONG Défense des Enfants International, qui oeuvre pour le respect de la Convention internationale des droits de l’enfant, est vivement préoccupée par l’annonce par la Défenseure des enfants le 25 avril [2007] faisant d’Astérix, dans le cadre d’un partenariat avec Uderzo, l’ambassadeur exceptionnel des droits de l’enfant.

DEI aurait voulu saluer cette initiative qui, en affirmant en période de campagnes électorales la continuité de la fonction de Défenseur des enfants, autorité indépendante au service du respect des droits de l’enfant et de la jeunesse, vise, et c’est là l’une des missions de cette institution, à la diffusion et la promotion de la Convention internationale des droits de l’enfant encore trop méconnue des adultes et des enfants.

Malheureusement, dans la forme comme sur le fond, cet "Album des Droits de l’Enfant" proposé par la Défenseure suscite de nombreuses et graves interrogations. Ainsi, la promotion des droits de l’enfant qui y est faite :

en donne une vision "gauloise" qui ignore la réalité interculturelle de la société française et le caractère universel de ces droits,
ignore la valeur juridique du traité international qu’est la Convention et transforme les obligations de l’Etat découlant de ce traité en de simples "possibilités",
considère  l’enfant uniquement comme un adulte en devenir comme s’il fallait attendre 18 ans pour que la "vraie vie" commence enfin,
réduit les droits reconnus aux enfants à 12 droits principaux seulement en privilégiant quasi exclusivement les droits à protection sur les droits à liberté (d’être informés, de s’exprimer, de s’associer, de participer) nécessaires à une réelle émancipation de l’enfant,
s’adresse de façon ciblée aux jeunes enfants comme si la Convention ne concernait pas tous les jeunes jusqu’à 18 ans,
ignore tous les aspects sociaux et collectifs de la vie des enfants à l’exception de la scolarisation dans une école dont le maître mot semble être "en rang et en silence je vous prie".

DEI-France appelle donc la Défenseure des enfants à revoir au plus vite sa copie qui, partant d’une intention louable de promotion de la Convention internationale par le biais d’un support attractif et d’un personnage de bande dessinée très populaire, risque fort d’être contreproductive en dénaturant la Convention internationale, dans sa lettre (traité international qui engage juridiquement la France)  et son esprit (l’idéal qu’elle prône pour le bien-être des enfants).

DEI-France appelle à l’élaboration, si possible dans un cadre européen, d’un nouvel album plus conforme à la Convention, en partenariat avec les associations de défense des droits de l’enfant, l’ensemble des institutions auprès de l’enfance y compris les collectivités territoriales.

QUELQUES REMARQUES DE FOND COMME DE FORME SUR L’ALBUM DES DROITS DE L’ENFANT

1. Le choix du modèle du "bras séculier gaulois" ne semble pas le mieux à même de défendre des Droits de l’enfant internationalement consacrés et applicable à tous dans une France pour le moins interculturelle.

2. Les droits présentés dans l’album correspondent plus à l’état des droits de l’enfant reconnus par les pratiques sociales actuelles et le droit interne français qu’à une réelle expression de la Convention Internationale de 1989, texte révolutionnaire qui est encore loin d’être pleinement respecté en France.

3. L’application de la Convention internationale y est d’ailleurs présentée (introduction) comme dépendant de la modification des lois françaises alors que l’article 55 de la constitution affirme au contraire que les traités internationaux ratifiés par le pays ont force supérieure aux lois nationales.

4. De ce fait, certaines obligations de l’Etat au titre de la Convention (aide aux familles pour un niveau de vie suffisant) deviennent de simples possibilités semble-t-il liées au bon vouloir du gouvernement (droit n° 2)

5. Les droits développés par la Convention en 41 articles (54 articles avec ceux qui régissent la vie de ce traité international) sont réduits à 12 droits principaux qui affaiblissent notablement le message initial délivré par la Convention.

6. Les 12 "droits principaux" de cet album, essentiellement des droits protecteurs, mettent en scène l’Enfant qui semble ne jamais dépasser le CM2, alors que l’enfant "mineur" reste sous l’autorité parentale jusqu’à 18 ans.

7. L’enfant y est présenté exclusivement comme un être en devenir qui n’aurait d’existence que par son futur état d’adulte et non comme un être humain titulaire des mêmes droits que les adultes (même s’il ne peut pour des raisons de protection les exercer tous librement) et digne de participer aux décisions le concernant dès son plus jeune âge.

8. Ainsi le droit d’être entendu est amputé de son corollaire "les opinions de l’enfant sont dûment prises en considération eu égard à son âge et à son degré de maturité" alors que c’est là un élément primordial de la décision des adultes.

9. De même la prise en compte comme considération primordiale de l’intérêt supérieur de l’enfant y est quasiment oubliée alors que c’est un des principes fondamentaux de la Convention (l’un des rares à être reconnus d’applicabilité directe devant les tribunaux français).

10. La Convention  Internationale des Droits de l’Enfant  invite à  la reconnaissance de la  diversité des expressions culturelles et à des solidarités (inter) territoriales. Or l’Album des droits de l’enfant proposé par la Défenseure des enfants ignore les Droits collectifs, à l’organisation, à l’information et à l’expression et fait l’éloge tribal d’une société.

11. La défiance à l’égard de l’Union  européenne y affleure même : aucun lien avec le métissage à minima au sein de l’Union à 27 Etats. L’expérience diversifiée des Collectivités locales n’a pas inspiré le scénario proposé et en cela est une régression centralisatrice et un appauvrissement du capital d’expériences locales connues.

12. Dans le scénario proposé, l’intervention de l’aïeul(droit n°11), comme d’Obélisque et d’Astérix (droit n°7), interdit "la bagarre" et ramène les enfants en leurs foyers respectifs. Il n’y a pas d’espace social et public pour l’enfant. Pas de bande d’enfants trublions et questionneurs, pas de place pour une émancipation responsable. La formation à l’exercice de la citoyenneté n’y est pas esquissée.

13. Le droit à une éducation émancipatrice dans l’esprit des Nations unies est oublié (respect des droits de l’homme, respect du milieu naturel, esprit de tolérance …) et l’Ecole est illustrée par cette bulle "en rang et en silence je vous prie" ! (droit n°5)

14. Aborder le problème de l’obésité est certes important, mais il ne faut pas en oublier le droit de ne pas vivre dans un logement insalubre (ou sans logement fixe) ou le droit des jeunes à une prise en charge de leurs problèmes de santé, notamment psychologiques (droit n°4)

15. Les droits de ne pas être séparé de ses parents sauf lorsque l’intérêt de l’enfant l’exige, l’obligation de l’Etat d’examiner les demandes de réunification familiale dans un esprit positif avec humanité et diligence, sont passés sous silence (droit n°2)

16. Il n’est pas dit clairement que les parents sont les premiers garants des droits de leur enfant (donc qu’ils pourraient demander des comptes à l’Etat), mais par contre il ressort de cet album l’idée que l’enfant est renvoyé à la seule responsabilité de ses parents lorsque ses droits ne sont pas respectés (alors que leur réalisation dépend autant de l’Etat qui a pris des engagements en ratifiant la Convention).

17. Enfin, l’absence de partenariat avec les Collectivités Territoriales et le monde associatif  (CNVA et CNAJEP par exemple) dans cette initiative pose question, alors que l’intérêt d’une publication réputée pédagogique réside dans son accompagnement par des prescripteurs et par les animateurs "des Droits de l’Enfant".

Source : DEI-France, Paris, mai 2007.
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