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NATIONS UNIES, JANVIER 2004 / LA PROTECTION DES ENFANTS EXPOSES AUX CONFLITS ARMES
__Olara Otunnu : "Ces enfants recherchent la protection du Conseil de sécurité"
LE RAPPORT [ 190 ko]
Le Représentant spécial des Nations unies pour les enfants et les conflits armés, Olara A. Otunnu, a appelé le Conseil de sécurité des Nations unies, réuni le 20 janvier 2004, à New York, à prendre des mesures concrètes de protection concernant les enfants exposés aux conflits armés. Il a formulé l'espoir que le Conseil "assumerait ses responsabilités, en engageant des actions contre les parties" concernées, notamment en adoptant des sanctions à leur égard.
Rappelant que les enfants pris dans les conflits armés sont tués, mutilés, violés, kidnappés, qu'ils sont inaccessibles à l'aide humanitaire, privés de leurs droits sur les ressources naturelles de leur pays et qu'ils sont enrôlés comme enfants soldats, le Représentant spécial a déclaré que "ces enfants recherchaient la protection du Conseil de sécurité".
Pour Olara Otunnu, malgré les progrès réalisés dans ce domaine notamment en termes de prise de conscience et de prise en compte de la question des enfants placés dans des situations de conflits, la situation de ces enfants restent en général "grave et inacceptable" et les parties engagées dans des conflits "continuent de violer les droits des enfants en toute impunité".
Le dernier rapport du secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, mentionne une liste actualisée des individus et des organisations qui ont porté atteinte aux droits des enfants lors de conflits. Il fournit également la liste des partis qui recrutent et maltraitent les enfants même lorsqu'il s'agit de conflits qui ne figurent pas forcément à l'ordre du jour du Conseil.
Le rapport donne les noms des parties recrutant des enfants en Tchétchénie, en Colombie, au Myanmar, au Népal, en Irlande du Nord, aux Philippines, au Sri Lanka, au Soudan et en Ouganda.
CAROL BELLAMY, UNICEF : "Quand la vie et les droits des enfants sont en jeu, nous n'avons pas le droit de rester silencieux"
"Le problème est immense", a souligné, devant le Conseil de sécurité, la directrice exécutive de l'Unicef, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance, Carol Bellamy. "Par exemple au Libéria, on estime à 15 000 le nombre des enfants soldats. Une enquête récente en Sierra Leone a montré que dans 17% des foyers déplacés, on faisait état d'abus sexuels incluant le viol, la torture, l'esclavage sexuel".
"Du Congo au Libéria, du Sri Lanka en Colombie, des fillettes et des garçons continuent d'endurer la brutalité de la guerre. Quand la vie et les droits des enfants sont en jeu, nous n'avons pas le droit de rester silencieux", a-t-elle déclaré.
Carol Bellamy a évoqué les rangées et les rangées de lits occupés dans les hôpitaux de la République démocratique du Congo (RDC) par des fillettes et des femmes qui sont soignées pour des blessures graves qui sont les conséquences de viols. Elle a aussi énuméré les actions menées par l'UNICEF pour aider les enfants en Afghanistan, au Libéria, en République démocratique du Congo et a indiqué que l'Unicef et la "Coalition to Stop the Use of Child Soldiers" publiaient un Guide qui fournit toutes les informations nécessaires aux défenseurs des droits des enfants pour agir au niveau local, national et international.
LE DEBAT AU CONSEIL DE SECURITE
Outre le débat annuel organisé par le Conseil de sécurité des Nations unies sur cette question et les quatre résolutions adoptées depuis 1998, Olara Otunnu a indiqué que le suivi de la mise en uvre de ces résolutions avait été renforcé sur le terrain, notamment par l'établissement d'une liste rendue publique des parties aux conflits coupables de violer les droits de l'enfant. En outre, la protection des enfants a été intégrée dans les mandats des missions de maintien de la paix des Nations unies, les membres des missions de maintien de la paix bénéficient d'une formation spéciale dans ce domaine et des conseillers chargés de la protection des enfants ont été déployés sur certaines opérations, a précisé le Représentant spécial.
Evoquant plus particulièrement la teneur du rapport soumis au Conseil de sécurité par Kofi Annan, Olara Otunnu a estimé que, au regard des recommandations contenues dans ce rapport, le Conseil aurait la possibilité de prendre des mesures immédiates contre les parties qui violent les droits des enfants en situation de conflits armés, ou de leur fixer un délai au cours duquel elles devraient se mettre en conformité avec les principes contenus dans les résolutions 1379 (2001) et 1460 (2003). 
Parmi les mesures proposées, le Représentant spécial a évoqué notamment l'interdiction de voyager imposée aux responsables de mouvements en contravention avec la protection des droits de l'enfant, l'exclusion de ces dirigeants de tout mécanisme de gouvernance, l'impossibilité pour eux de se prévaloir de toute mesure d'amnistie, l'embargo sur les exportations et les livraisons d'armes légères ou encore les restrictions imposées aux ressources financières des parties concernées.
La mise à jour, chaque année, de la liste des parties coupables de recruter ou d'utiliser des enfants dans les conflits armés constitue également une priorité, a poursuivi Olara Otunnu, avant d'observer que pour 2003, 31 parties étaient recensées dans six situations de conflits à l'ordre du jour du Conseil de sécurité, comme en témoigne l'Annexe 1 du rapport du Secrétaire général. Il a ensuite observé que le 4e rapport de Kofi Annan nommait des parties additionnelles qui recrutent ou utilisent des enfants.21 parties sont ainsi recensées dans 9 situations de conflits armés, notamment en Tchétchénie, en Colombie, au Myanmar, au Népal, en Irlande du Nord, en Ouganda, aux Philippines, au Sri Lanka et au Soudan.
Human Rights Watch évalue leur nombre actuel à 300'000 dans une vingtaine de pays. Dans les conflits armés, les mineurs sont victimes de violences de plus en plus effrayantes, note Corine Lesnes, la correspondante du quotidien français Le Monde aux Nations unies
"Comment sévir ? Comment faire respecter les résolutions de l'ONU ? Le Conseil de sécurité s'est retrouvé une nouvelle fois face à ses insuffisances, mardi 20 janvier, à l'occasion de son débat annuel sur les "enfants dans les conflits armés". Un thème qui recouvre à la fois les enfants-soldats et les violences dont sont victimes les enfants, notamment les abus sexuels, de plus en plus effrayants.
"Le Conseil s'est saisi du sujet, il y a cinq ans. Depuis, il a gravi lentement l'échelle des sanctions possibles : rapport, résolution demandant aux parties de respecter le droit international, liste nominative des organisations qui recrutent des enfants, publication de ces noms en novembre 2002 (le "naming and shaming", une première dans l'univers de discret compromis qu'est l'ONU). En 2003, le Conseil s'est déclaré prêt à "considérer" des mesures. Dans chaque mission de maintien de la paix, l'ONU a installé un conseiller chargé de la protection des enfants. Le Conseil n'est quand même pas allé jusqu'à interdire l'assistance militaire aux contrevenants ou à imposer un embargo sur les armes.
"Au bout de cinq ans, il n'a pu que constater que rien n'a changé". / Le Monde, 22 janvier 2004.

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