LE RAPPORT de Kofi Annan [ |
NATIONS UNIES, FEVRIER 2005 / LA PROTECTION DES ENFANTS EXPOSES AUX CONFLITS ARMES __Olara Otunnu espère une "nouvelle ère" de protection effective
Passer de l'élaboration de normes pour la protection des enfants dans les conflits armés à leur application, tel est maintenant le défi que doit relever la communauté internationale, a déclaré, le 9 février 2005, à New York, Olara Otunnu, avant la publication prochaine du rapport de Kofi Annan, qui recommande au Conseil de sécurité des mesures ciblées contre les groupes qui commettent de tels crimes. "C'est un grand moment pour les enfants exposés aux conflits armés", a souligné Olara Otunnu, Représentant spécial de Kofi Annan pour les enfants et les conflits armés, qui a présenté le dernier rapport du secrétaire général des Nations unies sur la question. Ce rapport marque, selon lui, un "tournant dans une ère d'application effective", avec notamment le lancement d'un régime de mise en oeuvre des normes adoptées, afin de protéger les millions d'enfants brutalisés dans les situations de conflit armé. Les efforts des années précédentes ont permis des avancées, notamment l'élaboration de normes au niveau international, l'inscription de la question à l'ordre du jour du Conseil de sécurité, ainsi que son inclusion dans le mandat des missions de maintien de la paix et dans les négociations et accords de paix, a-t-il indiqué. "Mais en dépit de ces progrès, la situation des enfants reste grave et inacceptable sur le terrain", relève Olara Otunnu, ajoutant que "la communauté internationale est maintenant confrontée à une grave dichotomie avec, d'un côté, des normes de protection des enfants dans les conflits armés claires et vigoureuses et, de l'autre, la poursuite des atrocités et l'impunité pour leurs auteurs". Aussi le rapport de Kofi Annan propose-t-il le renforcement du régime international de mise en oeuvre avec notamment une "liste des parties qui commettent de graves violations des droits des enfants", la "liste de toutes les parties qui commettent ces crimes, qu'elles soient des armées gouvernementales ou des groupes rebelles armés", ainsi que la liste de toutes les situations préoccupantes, qu'elles figurent ou non à l'ordre du jour du Conseil de sécurité. Le rapport établit aussi une classification des "abus graves" commis contre les enfants, notamment : le meurtre ou la mutilation d'enfants, le recrutement ou le recours aux enfants soldats, les attaques contre les écoles ou les hôpitaux, le viol ou d'autres graves formes de violence sexuelle à l'encontre des enfants, l'enlèvement d'enfant ou le déni de l'accès humanitaire à destination des enfants. Kofi Annan indique dans son rapport qu'il souhaite que le Conseil de sécurité prenne "des mesures ciblées et concrètes lorsque des progrès suffisants n'ont pas été enregistrés par les parties mentionnées dans le rapport". "Ces mesures devraient comprendre des restrictions aux déplacements des leaders de ces groupes, leur exclusion de toute structure de gouvernement et d'amnistie, l'imposition d'embargos sur les armes, l'interdiction de toute assistance militaire et des restrictions aux flux financiers à destination de ces parties". Olara Otunnu a par ailleurs rappelé que la rédaction
de ce rapport adoptait une "démarche pragmatique"
et qu'en l'absence d'une définition universelle des "conflits
armés", les situations préoccupantes signalées
ne correspondaient pas forcément aux situations qui donnent
lieu à application des Conventions de Genève et
des Protocoles additionnels. La situation dans les zones de conflitParmi les nombreuses situations mentionnées dans le rapport, Kofi Annan signale notamment, dans le cadre des conflits à l'ordre du jour du Conseil de sécurité, la réduction du nombre d'enfants soldats recrutés en Afghanistan. Au Burundi, malgré des efforts pour parvenir à leur désarmement et démobilisation, ils continuent d'être recrutés par les Forces pour la Défense de la Démocratie (CNDD-FDD) de Pierre Nkurunziza et par le Parti de libération du Peuple Hutu-Forces Nationales de Libération (PALIPEHUTU-FNL) d'Agaton Rwasa. En Côte d'Ivoire, des enfants continuent d'être présents dans les rangs du Mouvement pour la Justice et la Paix (MPJ), le Mouvement Populaire Ivoirien pour le Grand Ouest (MPIGO) et le Mouvement Patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI), de même que chez les LIMA "force supplétive", opérant aux côtés des FANCI (Forces Armées Nationales de Côte d'Ivoire). Le rapport souligne qu'en République démocratique du Congo (RDC), en dépit des efforts pour intégrer plusieurs groupes et factions au sein de l'armée nationale congolaise, les FARDC, plusieurs unités militaires ne l'avaient été que sur le papier, et qu'elles continuaient de comporter des enfants soldats, notamment parmi les ex-Maï Maï. Au Libéria, où plus de 10'000 enfants avaient été démobilisés à la date d'octobre 2004, il apparaît que près de 75% des filles-soldats avaient subi des viols ou d'autres formes de violence sexuelle, qui persiste dans les camps de personnes déplacées. Signalant une évolution négative, Olara Otunnu a notamment rappelé qu'en 2004 les exactions contre les enfants des milices Janjaouites du Soudan ne figuraient pas dans le rapport, qui met aussi l'accent sur le recrutement d'enfants parmi les milices rebelles du Sud, l'Armée/Mouvement de libération du Soudan (SPLM/A) - qui ont néanmoins démobilisé 800 enfants au début de l'année 2004 -, le Mouvement unitaire pour le Sud-Soudan (SSUM), et du Darfour, notamment le Mouvement pour la Justice et l'égalité (JEM). Enfin, le rapport cite la situation précaire des enfants pris dans le conflit irakien, objets de bombardements par les Forces de la coalition et d'attaques et d'enlèvements par les groupes insurgés, ainsi que celle des enfants palestiniens et israéliens, victimes d'attaques terroristes et d'opérations militaires. Par ailleurs, au nombre des "conflits armés" qui ne figurent pas à l'ordre du jour du Conseil de sécurité, le rapport attire l'attention sur le recrutement d'enfants par les groupes armés illégaux en Colombie, au Myanmar [Birmanie], et au Sri Lanka, notant toutefois des progrès aux Philippines. Le rapport du secrétaire général cite aussi l'enlèvement et l'endoctrinement d'enfants par le parti maoïste au Népal, la prise pour cible d'enfants lors des opérations terroristes des mouvements indépendantistes tchétchènes en Fédération de Russie et le recrutement intensif d'enfants au Nord de l'Ouganda par l'Armée de la résistance du Seigneur (LRA). |