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FRANCE, 2005 / LE TRAITE ETABLISSANT UNE CONSTITUTION POUR LEUROPE
__Jacques Chirac : "il est de mon devoir de vous dire les conséquences d'un non pour l'Europe et pour la France"
Dans une allocution solennelle, prononcée le
26 mai 2005, le président Jacques Chirac
a donné à entendre un plaidoyer pour le oui, avant,
selon "[s]on devoir", de dire les conséquences
d'un non français : affaiblissement de la France et
du couple franco-allemand, victoire de la conception libérale,
"réduisant l'Union à une zone de libre-échange".
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Déclaration aux Français de Jacques CHIRAC, Président de la République.
Photo Elysée.
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Saluant "un débat démocratique exemplaire",
il a justifié son choix d'un référendum,
qui montre "l'honneur et la vitalité de la démocratie".
"Le 29 mai, chacune et chacun de nous devra faire un choix
en responsabilité et en conscience. Avant tout, nous ne
devons pas nous tromper de question. La décision qui est
devant nous dépasse de très loin les clivages politiques
traditionnels. Elle n'est ni de droite ni de gauche. Il ne s'agit
pas de dire oui ou non au gouvernement. Il s'agit de votre avenir
et de celui de vos enfants, de l'avenir de la France et de l'Europe",
a-t-il souligné.
Pour le président de la République, le projet
de Constitution est "la réponse de l'Europe aux
changements du monde" et à la mondialisation.
Il favorisera l'Europe dans la compétition économique,
pour la solidarité - "sans rien abandonner de notre
modèle social" - et les valeurs de paix et de justice.
Jacques Chirac a précisé qu'une victoire du non
au référendum du 29 mai sur la Constitution européenne
"ouvrirait une période de divisions, de doutes, d'incertitudes"
en Europe, qui alors "serait en panne". Selon lui, "C'est
une illusion de penser que l'Europe repartirait de plus belle
avec un autre projet", car "il n'y a pas d'autre projet".
"Le rejet du traité serait vécu par les Européens
comme un non à l'Europe", a-t-il prévenu.
"Quelle responsabilité si la France, si
la patrie des droits de l'homme refusait la Charte des droits
fondamentaux, si la France, pays fondateur de l'Europe, prenait
le risque de briser l'union de notre continent !", a lancé
le président, évoquant une "responsabilité
face à l'histoire".
"Dimanche, c'est de l'Europe et de l'avenir de l'Europe
qu'il s'agit, a conclu le président. Faisons le choix de
la confiance en nous-mêmes et d'une France forte. Dimanche,
chacun aura entre ses mains une partie du destin de la France."
LA DECLARATION AUX FRANÇAIS DE JACQUES CHIRAC
Mes chers compatriotes de Métropole, d'Outre-mer et
de l'étranger,
Nous arrivons au terme d'un débat démocratique
exemplaire. Ensemble, depuis des semaines, nous parlons de la
France et de l'Europe.
J'ai voulu ce référendum. C'est l'honneur
et la vitalité de notre démocratie. Vous vous êtes
informés, vous avez écouté, dialogué,
pesé les arguments pour comprendre et apprécier
les enjeux du Traité. Le 29 mai, chacune et chacun de nous
devra faire un choix en responsabilité et en conscience.
AVANT TOUT, nous ne devons pas nous tromper de question.
La décision qui est devant nous dépasse de très
loin les clivages politiques traditionnels. Elle n'est ni de droite
ni de gauche. Il ne s'agit pas de dire oui ou non au Gouvernement.
Il s'agit de votre avenir et de celui de vos enfants, de l'avenir
de la France et de l'Europe.
Face à ce Traité, quelles sont les questions
qui se posent, que vous vous posez ?
Le Traité rend-il la France plus forte en Europe
? Oui, notre pays sera plus influent. Le nombre de voix dont
nous disposerons dans les Conseils européens va augmenter
de 50 %. C'est un grand atout pour permettre à la France
de défendre ses intérêts et de rester l'un
des moteurs de l'Europe.
Le Traité conforte-t-il notre modèle social
? Oui, parce qu'il met le progrès social et le plein
emploi au coeur de toutes les politiques de l'Europe. C'est une
avancée déterminante, qui va tirer tous les pays
vers le haut. Avec le développement économique et
social des nouveaux membres, c'est une réponse forte aux
risques de délocalisation. C'est la raison pour laquelle
la confédération européenne des syndicats,
qui représente 60 millions de travailleurs européens,
s'est engagée pour ce texte.
Oui, notre modèle social est conforté parce que
nous avons obtenu que nos services publics soient enfin reconnus
par l'Europe. Le traité dit, noir sur blanc, que
chaque Etat est libre de consacrer à ses services publics
les financements nécessaires pour accomplir toutes leurs
missions d'intérêt général.
Le Traité rend-il l'Europe plus démocratique,
plus respectueuse des Nations, plus proche des citoyens ?
Oui, parce qu'il dit clairement que l'Europe doit intervenir là
, et seulement là , où elle est la plus efficace.
Oui, parce qu'il donne plus de pouvoirs au Parlement européen,
aux Parlements nationaux et aux citoyens, c'est-à -dire
à chacune et à chacun d'entre vous.
Et j'ai voulu aussi que vous revienne la décision souveraine
sur la question des frontières de l'Europe. La Constitution
française a été modifiée pour cela.
A l'avenir, aucune nouvelle adhésion, et je pense en particulier
à la Turquie, ne pourra se faire sans que vous l'ayez
acceptée par référendum.
Le Traité va-t-il apporter de nouvelles protections
aux Européens ? Oui, nous franchissons des étapes
essentielles : la défense commune, la lutte contre le terrorisme
et le crime organisé, l'environnement, la protection contre
les épidémies, le contrôle des frontières
et la lutte contre l'immigration irrégulière.
MAIS ALORS, me direz-vous, puisque ce Traité
présente tant d'avancées, pourquoi ces craintes,
pourquoi ces hésitations ?
Vous voulez savoir où nous allons avec ce Traité.
Ce Traité, c'est la réponse de l'Europe aux
changements du monde, à la mondialisation qui s'accélère,
chacun le voit dans son travail et dans sa vie quotidienne. Ce
sont vingt-cinq Nations souveraines, amies, unies, qui s'organisent
pour relever trois défis essentiels :
celui de la compétition économique avec
les autres grandes puissances, les Etats-Unis, le Japon, la Chine,
demain l'Inde et d'autres;
celui de la solidarité, pour faire face à
cette compétition sans rien abandonner de notre modèle
social;
celui des valeurs de paix et de justice auxquelles nous
croyons, que nous devons défendre et affirmer dans le monde
entier.
Pour cela, il nous faut dépasser la situation actuelle.
Il nous faut une Europe politique capable de faire émerger
une véritable puissance européenne.
Une puissance européenne forte de 450 millions d'habitants
pour, ensemble, mieux protéger nos intérêts
et pour peser dans les négociations commerciales internationales.
Une puissance européenne pour aller à la conquête
de nouveaux emplois. Airbus, Ariane. Nous sommes les premiers
lorsque nous sommes unis. L'urgence, c'est maintenant de lancer
une grande politique industrielle européenne. C'est de
lancer une grande politique de recherche et d'innovation. Nous
ne le ferons qu'ensemble.
Une puissance européenne pour humaniser la mondialisation.
Pour défendre la paix, la démocratie, le droit international.
Pour défendre le progrès social. Pour défendre
le dialogue des cultures, la solidarité avec les pays pauvres,
la protection de l'environnement, l'application du protocole de
Kyoto.
Mes chers compatriotes,
Le oui du peuple français donnera à la France
plus de force pour peser sur les choix de l'Europe.
A l'heure de la décision, il est aussi de mon devoir
de vous dire les conséquences d'un non pour l'Europe
et pour la France.
Le rejet du traité serait vécu par les Européens
comme un non à l'Europe. Il ouvrirait une période
de divisions, de doutes, d'incertitudes. C'est une illusion de
croire que l'Europe repartirait de plus belle avec un autre projet.
Car il n'y a pas d'autre projet. L'Europe serait en panne, à
la recherche d'un impossible consensus. Le monde, lui, continuerait
d'avancer d'une manière accélérée.
La France serait moins forte pour défendre ses intérêts.
Bien sûr, nous continuerions à nous battre. Mais
croyez-vous vraiment que nous pourrions défendre avec la
même force nos intérêts économiques,
sociaux, régionaux, ou de sécurité ? Croyez-vous
que nous pourrions défendre avec la même influence
la politique agricole commune, dont les paysans français
sont les premiers bénéficiaires ? Croyez-vous que
nous pourrions défendre avec le même poids notre
modèle social ou notre exception culturelle ?
Si la France est affaiblie, si le couple franco-allemand est
affaibli, si l'Europe se divise, ceux qui ont une conception
ultralibérale de l'Europe prendront la main. Ils le
feront pour nous amener vers une Europe sans ambition politique,
sans esprit d'indépendance, une Europe réduite à
une simple zone de libre échange. Et, ne nous y trompons
pas, ce sont les plus vulnérables qui en souffriront le
plus.
Et quelle responsabilité face à l'histoire,
si la patrie des droits de l'Homme empêchait l'entrée
en vigueur de la Charte des droits fondamentaux ! Quelle responsabilité
si la France, pays fondateur de l'Europe, prenait le risque de
briser l'union de notre continent !
Mes chers compatriotes,
Durant ce débat, il n'a pas seulement été
question de l'Europe. Des inquiétudes et des attentes se
sont exprimées. J'en ai pleinement conscience. J'y répondrai
en donnant une nouvelle impulsion à notre action. Pour
plus de solidarité. Pour plus de dynamisme. Pour mieux
faire vivre notre pacte républicain.
Mais dimanche, c'est de l'Europe et de l'avenir de la France
en Europe qu'il s'agit.
C'est une responsabilité historique qui engage chacun
de nous. Faisons le choix de la confiance en nous-mêmes.
Faisons le choix d'une France forte. Dimanche, chacun aura
entre ses mains une partie du destin de la France.
Vive la République,
Vive l'Europe,
Vive la France.
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