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__Des pionnières célèbres
A Genève, il est des femmes qui n'ont point attendu les périodes de bouleversements de la société pour défendre les principes d'égalité politique, promouvoir le suffrage féminin, créer des institutions d'utilité publique, se lancer dans le monde des affaires ou encore entreprendre des recherches dans le domaine académique. Ces pionnières ont laissé des traces qui suscitent encore des mouvements d'admiration auprès de bon nombre d'habitants de la Cité de Calvin.
Force de conviction
A la fin du XlXe siècle, soit a une époque où les femmes n'embrassaient guère les carrières scientifiques, Marguerite Champendal suivit des études de médecine à Paris. De retour à Genève elle fut rapidement attirée par l'aspect social de son métier qu'elle exerça avec talent dans des quartiers défavorisés.
Afin de subvenir aux besoins d'enfants insuffisamment alimentés, elle prit l'initiative de créer l'institution de la "Goutte de Lait". Quelques années plus tard, ce fut la fondation de l'Ecole d'infirmière "Le Bon Secours", puis de la "Pouponnière" qui soignait les enfants malades recueillis à la "Goutte de Lait".
Marguerite Champendal s'est non seulement illustrée par ses soins apportés aux personnes souffrantes et aux petits enfants mais aussi par son enseignement qui n'était - et de loin - pas que théorique. A la fois scientifique et pédagogue, la doctoresse genevoise a su, par sa force de conviction et sa persévérance, entreprendre une uvre qui à l'époque avait suscité surtout du scepticisme, voire des sentiments de méfiance, notamment auprès de collègues masculins.
"Le Bon Secours" a survécu il sa fondatrice après avoir dû faire face à toutes sortes de vents contraires. L'institution, qui fut reprise par l'Etat de Genève en 1966, est installée aujourd'hui à l'avenue de Champel.
Oratrice et polémiste de talent
Animée également par une foi ardente, Émilie Gourd uni tout son cur pour mettre fin à plusieurs injustices sociales existant dans la société genevoise et suisse du début du XXe siècle. Elle combattit toute sa vie en vue de faire triompher son idéal.
Fille du philosophe et théologien Jean-Jacques Gourd, Emilie se lança résolument dans la lutte pour le suffrage féminin tant dans son canton que sur le plan fédéral et défendit avec vigueur les principes d'égalité politique entre hommes et femmes. Elle fut aussi une véritable pionnière de l'idée "A travail égal, salaire égal".
Femme d'action, elle étendit son combat à l'assurance-maladie, à l'assurance-maternité et entreprit d'améliorer le régime matrimonial. Elle fit également campagne pour un relèvement des bas salaires du personnel féminin. Non seulement remarquable oratrice, mais également polémiste de talent, Emilie Gourd créa aussi le journal "Le Mouvement Féministe" dans lequel elle défendit avec ardeur, tout au long de son existence, la cause des femmes.
L'Ouvroir de l'Union des femmes, tout comme le Cartel d'hygiène sociale et morale figurent parmi les uvres marquantes d'Emilie Gourd. Secrétaire de l'Alliance internationale des femmes et aminée d'une foi inébranlable dans les organisations internationales, elle fut membre de la Commission de la Société des Nations pour la protection des mineurs. Son action a été assurément génératrice de progrès social.
Réussir en politique, c'est possible
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Jeanne Hersch et Lise Girardin
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Autre militante combative pour la cause des femmes, Lise Girardin a effectué aussi un parcours difficile avant de pouvoir s'asseoir sur le fauteuil de maire de la Ville de Genève et de devenir députée, puis d'être accueillie au Conseil des États. Élue au Grand Conseil genevois en 1961, Lise Girardin commence sa carrière politique à une époque où les femmes se heurtaient à la rivalité de leurs collègues masculins tout en essuyant parfois leurs sarcasmes.
Cependant, le vent avait quand même déjà tourné : Genève s'était prononcée en 1960 en faveur du suffrage féminin, une année après les Vaudois. Profitant de l'accueil du parti radical, cette pionnières infatigable a pu démarrer une carrière finalement assez fulgurante.
Son parcours constituera pour l'électorat féminin un exemple de réussite remarquable. En devenant la première élue de Suisse à un exécutif important, elle prouva, en effet de manière assez spectaculaire, à l'électorat féminin, qu'une réussite en politique était possible. Et ce sans déclencher une guerre des sexes.
Pressentie comme "palpable" pour le Conseil d'État genevois, voire même pour le Conseil fédéral, Lise Girardin a heurté bien malgré elle un quarteron de politiciens peu désireux d'être concurrencés par une femme. Dès lors, victime d'un certain antiféminisme, son étoile devait pâlir. En 1975, elle n'était pas réélue au Conseil des États.
Un esprit créatif
Pour réussir dans le domaine des affaires, un monde essentiellement masculin, il faut de l'endurance, de la persévérance et de la créativité. Marin Murnenthaler a prouvé qu'elle possédait toutes ces qualités. Entrée dès la fin de ses études d'interprète à Genève, soit vers le milieu des années 50 chez Diner's Club, elle a gravi rapidement les échelons. De plus, elle montra, déjà à cette époque, qu'elle avait une idée d'avance. Ainsi, elle entreprit de promouvoir, il y a un peu plus de quarante ans, la carte de crédit, un instrument devenu très courant de nos jours, mais qui en ce temps-là ne suscitait que méfiance et ricanements. Quelques années plus tard, Maria Murnenthaler, toujours animée par son esprit créatif, se laissa séduire par l'idée du travail temporaire que la firme américaine Manpower cherchait à lancer en Suisse au prix de grandes difficultés.
Qu'à cela ne tienne, cette femme d'action s'est lancée à l'eau. Elle a quitté Diner's Club et acquis la licence Manpower pour la Suisse romande. Pour réaliser soit projet elle a engagé toutes ses économies et même son avance d'héritage. Sous soit impulsion, sa nouvelle entreprise a pris soit envol et s'est développée progressivement. Passionnée et têtue, cette pionnière a révélé l'étendue de ses capacités à évoluer à contre-courant. En effet, au plus fort de la crise, elle acheta en 1975 là licence Manpower pour toute la Suisse alémanique. Depuis, le travail temporaire a remporté de nombreux succès. Il est reconnu partout du fait qu'il facilite notamment la réinsertion professionnelle.
Depuis deux ans, Maria Murnenthaler a changé d'orientation. A peine entrée en retraite, elle a été nommée en 1998 par le Conseil d'État genevois à la présidence du conseil académique de l'Université.
Vivante et percutante
Rigueur et clarté sont les qualités maîtresses qui ont marqué la carrière exceptionnelle de Jeanne Hersch, professeur de philosophie à l'Université de Genève durant une trentaine d'années. Née polonaise à Genève dans une famille d'intellectuels qui avaient pris la route de l'exil, cette battante a été assurément l'une des personnalités qui a le plus compté dans la Cité de Calvin et même au-delà.
Jeanne Hersch n'a pas seulement captivé de nombreuses volées d'étudiants par son enseignement vivant et percutant, mais l'influence de sa pensée s'est répandue un peu partout, notamment dans les régions de langue allemande. Elle a également enseigné dans des universités américaines. Adepte du philosophe allemand Karl Jaspers, Jeanne Hersch est l'auteur de plusieurs livres philosophiques. Notamment "L'Illusion philosophique" (1936), "Idéololgie et Réalités" (1956). Son uvre a été honorée de plusieurs distinctions. Notamment le Prix Amiel et le Prix Adolphe Neuman d'esthétique et de morale.
Elle devait également recevoir en 1979 le Prix Montaigne des mains du recteur de l'Université de Tübingen. Cette distinction récompense des personnalités dont l'uvre de portée européenne a servi la cause de la liberté et celle de la communication entre les différentes cultures du Vieux-Continent.
Membre du conseil de Pro Helvetia, la philosophe genevoise a également représenté la Suisse au Conseil exécutif de l'Unesco. D'autre part, outre son uvre d'essayiste et ses travaux de recherche philosophiques, Jeanne Hersch a fait uvre également de romancière avec "Temps alternés" (1943) une sorte de roman autobiographique.
L'écrivain qui n'aimait pas écrire
La longue vie aventureuse d'Ella Maillart, l'intrépide Genevoise aux multiples itinéraires peut être considérée comme un roman. Après une enfance heureuse partagée entre le Léman et les Alpes, elle donnera libre court à ses deux passions que furent la navigation et la montagne. D'ailleurs, amoureuse du paysage anniviard, elle conservera jusqu'à la fin de sa vie son chalet haut perché de Chandolin. Son bon entraînement nautique sur le lac l'encouragea à se lancer, en compagnie de son amie Miette de Saussure, dans un périple en Méditerranée sur un navire quelque peu fatigué, une aventure qui fera l'objet d'un article dans la presse locale. Par la suite, Ella Maillart voulut entreprendre un voyage nautique plus ambitieux qui aurait dû la mener jusqu'aux abords du Pacifique. Mais ce projet tourna court.
Après un épisode cinématographique qui la mena en 1929 dans les studios berlinois où Marlène Dietrich tournait "L'Ange bleu", puis à Moscou où elle rencontra des cinéastes soviétiques, Ella Maillart devint la "vagabonde" qui erra en Asie centrale et en Extrême-Orient. Bien qu'ayant produit de nombreux livres, l'impavide exploratrice n'aimait pas écrire. Ses ouvrages ne constituaient pour elle qu'un moyen pour entreprendre de nouveaux périples. Cependant, malgré ses réticences face à l'écriture, Ella Maillart laissa des témoignages et une collection de photos d'une rare valeur.
En avance sur son temps
Femme la plus célèbre de la fin du XVIIIe siècle, Germaine de Staël, née Necker, fille de l'illustre ministre du même nom qui réussit avec un certain succès à faire face à la situation catastrophique des finances de la France de Louis XVI, fut à ses débuts une enthousiaste de la Révolution. Cependant, ne tardant pas à déchanter, elle se mit à recevoir dans son salon de Coppet tous les déçus et mécontents du Directoire. En outre, elle n'hésitera pas à soustraire, par d'habiles stratégies, des victimes du régime de la terreur des prisons françaises.
Exilée sur les bords du Léman dès 1803, elle se mit à voyager à travers l'Europe et se rendit fréquemment outre-Rhin. Son ouvrage intitulé "De l'Allemangne", publié en 1810, dont le retentissement fut considérable, fit connaître en France la pensée et la littérature Allemandes.
Auteur également de romans comme "Delphine" (1801) et "Corinne ou l'Italie" (1807), Madame de Staël, témoin des périodes très mouvementées de l'Histoire, fut un écrivain dont l'action politique fut considérable.
En avance sur son temps, elle fut connue aussi par ses mariages et sa vie amoureuse bien remplie. Elle ne s'en cacha pas, ce qui en ce début de XlXe siècle était pour le moins hardi.
Sources : "Tendances", magazine de la Banque cantonale de Genève, no 14, juin 2000. |