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MARS 2004, GENEVE / UN RAPPORT DU BIT SUR LES TENDANCES MONDIALES DE LEMPLOI POUR LES FEMMES
__Les femmes sont davantage que les hommes victimes du chômage, de la précarité, de la pauvreté et des inégalités salariales, selon le Bureau international du travail
Les femmes n'ont jamais autant travaillé, mais elles sont davantage que les hommes victimes du chômage, de la précarité, de la pauvreté et des inégalités salariales, déplore le Bureau international du travail (BIT) dans un rapport publié le 5 mars 2003, à Genève, à l'occasion de la Journée internationale des femmes [8 mars].
Avec 1,208 milliard de travailleuses (contre 1,006 milliard en 1993), les femmes représentent désormais plus de 40 % de la main-d'uvre mondiale, souligne le BIT dans son rapport intitulé Tendances mondiales de l'emploi pour les femmes.
"Jamais auparavant tant de femmes n'ont été
économiquement actives. [...] Pourtant, l'écart
entre les sexes n'est pas près de se résorber dans
aucune région du monde, analyse l'organisation. Une véritable
égalité dans le monde du travail reste hors d'atteinte".
Les femmes sont plus touchées par le chômage (6,4
%, contre 6,1 % pour les hommes), sauf en Extrême-Orient
et en Afrique subsaharienne. Le chômage touche plus particulièrement
les jeunes. Quelque 35,8 millions de femmes âgées
de 15 à 24 ans sont à la recherche d'un emploi dans
le monde, soit près de la moitié du total des femmes
au chômage (77,8 millions).
"Etre une femme et être jeune peut entraîner
une double discrimination, résume le rapport.
Les jeunes femmes ont plus de mal à entrer sur le marché
du travail et à conserver leur emploi en période
de ralentissement économique."
"Partout dans le monde, les femmes sont moins
payées que les hommes"
Les emplois occupés par les femmes sont également
plus précaires. "Alors que les hommes ont plus
de chances d'être employés à des activités
régulières et mieux payées, les femmes sont
de plus en plus embauchées pour des travaux périphériques,
peu sûrs et moins valorisés, comme des emplois à
la maison ou des emplois temporaires. Ces emplois se caractérisent
par des salaires très bas, des revenus irréguliers,
pas ou peu de sécurité de l'emploi ou du revenu
et un manque de protection sociale", relève
le BIT.
Résultat, les femmes sont plus nombreuses à faire
partie des "travailleurs pauvres", qui touchent moins
de 1 dollar par jour : elles représentent 60 % de cette
population, soit 330 millions de personnes.
Autre conséquence, "partout dans le monde, les
femmes sont moins payées que les hommes", avec
au mieux 90 % du salaire de leurs collègues masculins.
Même dans les professions où les femmes sont majoritaires,
l'écart reste de taille : à Singapour, un instituteur
gagne 6 % de plus qu'une institutrice et un infirmier 21 % de
plus qu'une infirmière. Et la situation ne s'améliore
pas, selon le rapport.
LE RAPPORT DU BIT
D'après un rapport publié le 5 mars 2004
par le Bureau international du Travail (BIT) à l'occasion
de la Journée internationale de la femme, si le
nombre de femmes occupant un emploi salarié atteint des
chiffres records dans le monde entier, il n'en demeure pas moins
vrai que les femmes qui travaillent sont plus exposées
que les hommes au risque du chômage et perçoivent
des salaires inférieurs; c'est parmi elles en outre que
l'on dénombre 60 pour cent des 550 millions de travailleurs
pauvres dans le monde.
Parallèlement, une analyse actualisée du résultat
des efforts faits par les femmes pour briser la barrière
invisible et symbolique que constitue le plafond de verre auquel
elles se heurtent pour accéder aux postes élevés
révèle que leur progression demeure "lente,
inégale et parfois décourageante".
Pour le Directeur général du BIT, Juan Somavia,
"ces deux rapports donnent une image peu encourageante de
la situation actuelle des femmes dans le monde du travail".
Selon lui, "les femmes doivent pouvoir, à chances
égales, gravir les échelons menant aux postes les
plus élevés. Si des progrès ne sont pas réalisés
pour arracher les femmes à la pauvreté grâce
à la création d'emplois productifs et décents,
les Objectifs de développement pour le Millénaire,
au titre desquels la pauvreté doit être diminuée
de moitié d'ici 2015, seront impossibles à atteindre
dans la plupart des régions du monde".
Le rapport intitulé Global Employment Trends for
Women 2004 [1], qui présente une analyse de
l'emploi féminin salarié, fait apparaître
que le nombre de femmes travaillant dans le monde est aujourd'hui
plus élevé que jamais. En 2003, 1,1 milliard des
2,8 milliards de travailleurs dans le monde entier, soit 40 pour
cent, était des femmes, ce qui représente une augmentation
globale de près de 200 millions du nombre de celles ayant
accédé à un poste rémunéré
au cours de la dernière décennie [2]. Pourtant,
d'après ce rapport, leur entrée massive dans l'emploi
salarié ne s'est pas accompagnée pour elles d'un
véritable affranchissement socio-économique et n'a
pas non plus conduit à une égalisation des salaires
pour un travail de valeur égale, ni à l'octroi de
prestations équilibrées pouvant les mettre sur un
pied d'égalité avec les hommes dans la presque totalité
des emplois, d'où cette conclusion: "en résumé,
l'égalité véritable dans le monde du travail
n'est toujours pas atteinte".
Cette étude révèle que si l'écart
entre le nombre d'hommes et de femmes dans la main-d'uvre active
(chômeurs et travailleurs inclus) a diminué dans
toutes les régions du monde depuis 1993, on dénote
de grandes variations suivant les régions. Ainsi, alors
que dans les pays à économie en transition et en
Asie orientale l'écart s'est presque refermé - on
compte en effet 91 travailleuses pour 100 hommes dans les premiers,
et 83 travailleuses pour 100 hommes dans la seconde -, dans d'autres
régions du monde, comme par exemple le Moyen-Orient, l'Afrique
du Nord et l'Asie du Sud, seulement 40 femmes occupent un emploi
rémunéré contre 100 hommes.
En 2003, le chômage féminin a été
légèrement supérieur au chômage masculin
dans l'ensemble du monde (6,4 pour cent pour les femmes et 6,1
pour cent pour les hommes), ce qui signifie, selon le BIT, que
77,8 millions de femmes désirent travailler mais cherchent
un travail sans succès. Ce n'est que dans les régions
de l'Asie orientale et de l'Afrique subsaharienne que le taux
de chômage masculin dépasse celui du chômage
féminin; on compte ainsi dans la première 3,7 pour
cent d'hommes au chômage contre 2,7 pour cent de femmes,
et dans la seconde 11,8 pour cent de chômage chez les hommes
contre 9,6 pour cent chez les femmes.
En Amérique latine et dans les Caraïbes, le taux
de chômage féminin était de 10,1 pour cent
et le taux de chômage masculin de 6,7 pour cent, alors qu'au
Moyen-Orient et en Afrique du Nord le taux de chômage féminin
atteignait 16,5 pour cent, soit 6 percentiles de plus que chez
les hommes. Pour les jeunes en général, mais plus
particulièrement les jeunes femmes de 15 à 24 ans,
les difficultés pour trouver du travail sont encore plus
grandes, 35,8 millions d'entre elles dans le monde se trouvant
au chômage contre leur gré.
D'après le rapport, dans les pays en développement,
les femmes ne peuvent tout simplement pas se permettre de ne pas
travailler. Le faible taux de chômage occulte donc ce problème.
La difficulté pour les femmes de ces pays n'est pas de
trouver un emploi - elles doivent en effet accepter tout emploi
qui leur est offert, quel qu'il soit, et elles ont de fortes chances
de se retrouver dans le secteur informel, comme par exemple l'agriculture,
qui offre peu d'avantages sociaux, voire aucun, alors que la précarité
y est très grande - mais de trouver un emploi décent
et productif.
Au surplus, parmi les 550 millions de travailleurs pauvres
- c'est-à-dire ceux qui ne peuvent se hisser, eux-mêmes
et leur famille, au-dessus de la limite de pauvreté de
un dollar des Etats-Unis - , 330 millions soit 60 pour cent d'entre
eux sont des femmes. Si l'on ajoute ces 330 millions de travailleuses
pauvres aux 77,8 millions de femmes au chômage, il faut
en conclure que 400 millions d'emplois décents au moins
devraient être créés pour permettre aux travailleuses
pauvres et aux femmes au chômage de sortir de leur pauvreté.

"Si des progrès ne sont pas faits pour arracher
les femmes qui travaillent à la pauvreté en
créant des possibilités d'emplois leur permettant
d'obtenir un travail sûr, productif et rémunérateur,
dans des conditions où sont respectées leur liberté,
leur sécurité et leur dignité humaine et,
en leur donnant ainsi la possibilité de sortir de la pauvreté
par le travail, les Objectifs de développement pour le
Millénaire au titre desquels la pauvreté doit être
diminuée de moitié d'ici 2015 ne seront pas atteints
dans la plupart des régions du monde".
Toujours d'après ce document, les femmes gagnent
en règle générale un salaire inférieur
à celui des hommes. Dans les six emplois étudiés,
la rémunération que touchent les femmes est toujours
inférieure à celle de leurs collègues masculins,
même dans des domaines "typiquement féminins"
comme les soins infirmiers et l'enseignement.
Pour Juan Somavia, "la création d'un nombre suffisant
d'emplois décents pour les femmes n'est possible que si
les décideurs placent l'emploi au cur des politiques socio-économiques
et reconnaissent que les femmes sont confrontées à
des difficultés beaucoup plus importantes que les hommes
sur le lieu de travail" et il ajoute: "augmenter les
revenus et les possibilités qui sont offertes aux femmes
permet d'arracher des familles entières à la pauvreté
ce qui est un élément moteur du progrès socio-économique".
Le plafond de verre - toujours intact
"Des statistiques récentes à l'échelon
mondial montrent que la proportion de femmes dans les postes de
direction continue de croître, mais leur progression
est lente, irrégulière et parfois décourageante",
selon le rapport intitulé Briser le plafond de verre
: les femmes aux postes de direction - mise à jour
en 2004" [3]. D'après cette étude, la
situation globale des femmes en matière d'emploi n'a pas
sensiblement évolué depuis 2001. La proportion de
femmes occupant des emplois "intellectuels" a augmenté
tout juste de 0,7 pour cent entre 1996-1999 et 2000-2002. Et avec
une proportion globale de femmes dans les emplois d'encadrement
comprise entre 20 et 40 pour cent dans quelque 60 pays, les données
montrent qu'elles sont sensiblement sous-représentées
dans les emplois d'encadrement compte tenu du nombre global d'emplois
qu'elles occupent.
Dans le domaine de la politique, la proportion de femmes
membres de parlements nationaux reste faible, en hausse de 13
à 15,2 pour cent entre 1999 et 2003. Il est toutefois constaté
dans le rapport que le nombre de femmes occupant des postes d'encadrement
traditionnellement occupés par les hommes, par exemple
dans les affaires étrangères, les finances et la
défense a récemment augmenté.
C'est en Europe orientale et dans la Communauté
d'Etats indépendants (CEI) que la proportion de femmes
occupant des emplois "intellectuels" en 2000-2002 a
été la plus élevée, en grande partie
grâce à la mise en place de politiques de soutien
aux mères qui travaillent. La proportion de femmes dans
les emplois intellectuels dans les pays d'Asie du Sud et du Moyen-Orient
est sensiblement plus faible, autour de 30 pour cent, voire moins;
cela peut être imputable, selon le rapport, aux opinions
de la société sur l'activité professionnelle
des femmes et sur la priorité donnée par les femmes
à leurs responsabilités familiales.
Les données montrent que, d'une manière générale,
les pays d'Amérique du Nord, d'Amérique
du Sud et d'Europe orientale comptent un
nombre plus élevé de femmes dans les emplois d'encadrement
que les pays d'Asie orientale, d'Asie du Sud et du Moyen-Orient.
Le rapport signale néanmoins que, "dans les secteurs
où les femmes sont majoritaires et où l'on trouve
un plus grand nombre de femmes cadres, un nombre disproportionné
d'hommes accèdent aux postes les plus élevés,
alors que dans les professions normalement réservées
aux hommes les femmes cadres sont peu nombreuses".
Une exception: les instances juridictionnelles de certains
pays où l'on constate qu'un grand nombre de femmes occupent
des postes de haut niveau. Ainsi pour la période 2001-02,
plus de 50 pour cent des juges de six pays d'Europe orientale
(Hongrie, Roumanie, République tchèque et Estonie,
Croatie et Lituanie) et 35 pour cent des plus hauts magistrats
polonais étaient des femmes. De même, au début
de 2003, sur les dix-huit juges élus à la Cour pénale
internationale (CPI), dix étaient des femmes.
Selon Linda Wirth, directrice du Bureau de l'égalité
entre hommes et femmes du BIT, responsable de l'étude :
"Les femmes continuent à rencontrer plus de difficultés
à obtenir des postes élevés que des postes
subalternes. Une poignée de femmes font les gros titres
ici ou là lorsqu'elles arrivent à percer, mais statistiquement
elles ne parviennent à occuper qu'un faible pourcentage
des postes de direction les plus élevés. La règle
reste la même : plus on monte dans la hiérarchie
d'une organisation, moins on y trouve de femmes".
Mais tout n'est pas aussi négatif. Le rapport
fait aussi état de ce que certains employeurs commencent
à changer d'attitude et que des entreprises ont maintenant
compris que les politiques favorables à la famille, un
meilleur accès à la formation et des systèmes
renforcés de tutorat favorisent le maintien des effectifs
féminins et peuvent contribuer à une augmentation
de la productivité. En outre, gouvernements et syndicats
se mobilisent actuellement pour soutenir une réforme de
la législation du travail et de la protection sociale qui
permette aux mères de conserver leurs droits en matière
d'ancienneté, de prestations et de capacité de gain.
1. Global Employment Trends for Women 2004, Bureau
international du Travail, Genève, 2004.
2. Pour une discussion du travail non salarié effectué
par les femmes à la maison, dans la sphère familiale,
voir le rapport Care Work - The Quest for Security,
Bureau international du Travail, Genève, 2001.
3. Briser le plafond de verre : les femmes aux
postes de direction - mise à jour en 2004, Bureau international
du Travail, Genève, 2004.

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