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__L'enfant, première victime de la pauvreté

Michel CELI VEGAS, Président du Centre d'échanges et de coopération pour l'Amérique latine (CECAL), Genève.


Lors du Sommet Ibero-américain de Panama, en novembre 2000, les chefs d'Etats et de gouvernements ont approuvé la Déclaration "Unis par les enfants et les adolescents, base de la justice et de l'équité dans le nouveau millénaire".

Au cours de la dernière décennie, les droits des enfants et des adolescents ont été de plus en plus reconnus sur le plan juridique. Les actions de la société civile ont réussi à sensibiliser les organisations internationales aux abus commis par certains gouvernements et entreprises qui tolèrent l'exploitation des enfants sous de nombreuses formes. Cette prise de conscience a abouti à la Convention internationale des droits de l'enfant adoptée par l'Assemblé générale de l'ONU en novembre 1989 et au Sommet mondial sur l'enfant de New York, en 1990. En mai dernier, deux protocoles facultatifs ont été approuvés interdisant l'implication des enfants dans les conflits armés, la prostitution et la pornographie.

Mais, malgré l'existence d'instruments juridiques nationaux et internationaux, les droits des enfants sont toujours menacés par la pauvreté, les guerres, l'instabilité sociale chronique et les maladies graves, à commencer par le Sida. Selon une récente étude de la Commission économique de l'ONU pour l'Amérique latine, au moins 117 millions des 224 millions de personnes pauvres que compte la région sont des mineures de moins de 20 ans. Si l'objectif du Sommet de Copenhague de réduire de moitié la pauvreté d'ici à 2015 était atteint, le nombre d'enfants et d'adolescents pauvres devrait donc être ramené à 60 millions pour la seule région de l'Amérique latine. Mais, pour cela, il faudrait un taux de croissance d'au moins 5% par an.Haut de page

___La protection des enfants et des adolescents ne connaît aucune frontière géographique ou idéologique___

La protection des enfants et des adolescents ne connaît aucune frontière géographique ou idéologique. Leurs droits doivent être défendus dans leur intégralité et dans tous les pays. Cette protection englobe la surveillance de leur santé dès la conception, des mesures de prévention contre les maladies et une nutrition adéquate, le suivi des formations qui permet un développement psychologique et physique normal. Même si ces objectifs peuvent paraître utopiques, une société qui entend défendre ses valeurs essentielles se doit de concentrer son action sur les mineurs afin d'assurer l'avenir de l'humanité.

La défense de ces droits doit obéir à une stratégie intégrale : volonté politique des gouvernements de créer les conditions permettant l'application des normes juridiques ; priorité donnée au dégagement des ressources financières et humaines en vue de lutter partout contre la pauvreté.

Assiste-t-on à une telle prise de conscience en Amérique latine ? En tout cas, la Déclaration de Panama invite également les gouvernements concernés à adhérer à d'autres instruments internationaux tels que la Convention 182 du BIT relative aux abus les plus graves en matière de travail des enfants et aux moyens de les éliminer, ainsi que la Convention 138 fixant un âge minimum en matière d'emploi.

Pour pallier l'insuffisance des ressources financières internes, le Président Miguel Angel Rodriguez du Costa Rica a en outre proposé que chaque gouvernement négocie avec ses créanciers étrangers l'affectation de 3% du service de la dette extérieure à des programmes d'amélioration de l'éducation des enfants et des adolescents. Cette proposition sera soumise aux pays développés lors de l'Assemblée générale de l'ONU de 2001.

Michel CELI VEGAS, Président du Centre d'Echanges et de Coopération pour l'Amérique latine -CECAL. Internet : www.cecal.ch. Article publié dans la "Tribune de Genève", 23 décembre 2000.Haut de page