2000
__Le Conseil de l’Europe, gardien privilégié de la protection des droits de l’homme sur notre continent

| LE MESSAGE DE LORD RUSSELL-JOHNSTON |

Schwimmer
"Au début de ce nouveau millénaire, le Conseil de l'Europe reste le gardien privilégié de la protection des droits de l’homme sur notre continent", a déclaré Walter Schwimmer, secrétaire général du Conseil de l'Europe, dans un message lancé le 10 décembre 2000, à Strasbourg, à l'occasion de la journée internationale des Droits de l’homme.

"La journée des droits de l’homme 2000 est marquée par la disparition quasi totale de la peine de mort en Europe", a remarqué Walter Schwimmer. "39 des 41 Etats membres de l'Organisation ont ratifié le protocole 6 à la Convention européenne des Droits de l’Homme abolissant la peine de mort en temps de paix. J'ai bon espoir que rapidement la Turquie et la Russie parviendront également à abolir définitivement cette peine indigne d'une démocratie moderne", a-t-il dit.

"Dialogue et coopération restent les maîtres mots de notre Organisation. Parmi les Etats européens qui souhaitent devenir membres et où les structures démocratiques doivent être renforcées, tels que l'Arménie, l'Azerbaïdjan, la Bosnie-Herzégovine et la RFY, dans des régions où des populations sont toujours victimes de conflits comme en Tchéchénie ou au Kosovo, partout où les libertés et droits fondamentaux sont en jeu, dans les Etats membres comme dans ceux qui souhaitent le devenir, le Conseil de l'Europe contribue à la stabilité de ces sociétés."

Walter Schwimmer a lancé un appel en faveur du renforcement de la coopération entre le Conseil de l'Europe et l'Union européenne (UE), afin d'assurer le meilleur niveau de protection des droits de l'homme partout en Europe. "L'adhésion de l'UE à la Convention sur la protection des Droits de l’homme et des libertés fondamentales constitue un objectif important en la matière", a-t-il souligné.

Source : Conseil de l’Europe, Strasbourg, 10 décembre 2000.Up

Les droits de l'homme, concrètement
Lord Russell-Johnston, Président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe

Alors que l'on célébrait dans le monde entier, le 10 décembre 1999, la Journée internationale des droits de l'homme, des membres des forces russes menaient une "opération de nettoyage" dans le village tchétchène d´Alkhan-Yourt. Pendant deux longues semaines, ces hommes se sont livrés à une folie meurtrière, ont pillé et incendié des habitations, sans être inquiétés par l'état-major russe ni la communauté internationale. Selon l'organisation "Human Rights Watch", ils auraient exécuté sommairement au moins quatorze civils et violé plusieurs femmes. Le massacre d'Alkhan-Yourt n'est pourtant pas un incident isolé de la guerre en Tchétchénie.

Un an après, au moment d'une nouvelle Journée des droits de l'homme, l'enquête sur la tuerie n'a apporté aucun résultat significatif. Les victimes d'Alkhan-Yourt sombrent dans l'oubli de la conscience mondiale qui, il est vrai, ne leur a jamais porté grande attention. Voilà le poids des droits de l'homme. Et des vies humaines.

Si l'on ignore qui sont les tueurs d'Alkhan-Yourt, on connaît très bien en revanche ceux qui ont commandé les massacres de Vukovar, Srebrenica et Drenica. On sait même où ils se trouvent. Devront-ils pour autant répondre de leurs crimes ? Cela n'est plus une priorité, et ne l'a peut-être jamais été. Voilà le poids de la justice.

Je sonne l'alarme, pas la défaite

Le 10 décembre 2000 ? Pour certains, c'est un jour comme un autre, dans la lutte quotidienne contre les violations des droits de l'homme; pour d'autres, il n'est qu'un rituel commémoratif ponctué de discours solennels et creux. Le 11, on retourne à la Realpolitik, à "l'engagement critique", à "l'attitude constructive" ou à tout autre euphémisme en vogue désignant un laxisme pragmatique, une tolérance de l'oppression et de l'injustice, au nom des intérêts politiques et économiques.Up

Cette approche est en totale contradiction avec les principes et valeurs éthiques auxquels nous nous déclarons attachés, mais aussi d'une absurde inefficacité. S'il y a bien une leçon qu'il fallait tirer du récent embrasement des Balkans, c'est que la complaisance à l'égard de ceux qui méprisent les droits de l'homme constitue le plus sûr moyen d'aggraver encore une situation difficile. Et cela avec un coût humain, mais aussi politique et économique, beaucoup plus élevé.

Je sonne l'alarme, pas la défaite. Depuis la deuxième guerre mondiale, l'humanité a fait des progrès considérables dans la définition et la défense des droits de l'homme. Au niveau mondial, les Nations unies, par l'entremise du haut commissaire aux droits de l'homme, accomplissent une tâche importante en exhortant nos gouvernements à modifier leur comportement. L'Europe a adopté, il y a cinquante ans déjà, la Convention européenne des droits de l'homme. Cet instrument du Conseil de l'Europe, sans égal dans le monde, offre un recours supranational et juridiquement contraignant à ceux qui s'estiment lésés dans leurs droits par une autorité publique.

Un effort soutenu de la part de la société civile

Néanmoins, la bataille n'est pas encore gagnée. La défense des droits de l'homme demande un effort soutenu de la part de la société civile, mais aussi de nos gouvernements. Ceux-ci disposent des instruments politiques et juridiques nécessaires pour faire évoluer les choses dans le bon sens. Ce qui leur manque parfois, c'est la volonté politique de les employer.

C'est pourquoi je propose que, cette année, nous célébrions la Journée internationale des droits de l'homme d'une autre façon. Je propose que nous cessions de penser aux droits de l'homme et à leur violation en termes abstraits, et que nous essayions d'imaginer, un seul instant, ce que peuvent ressentir les victimes. Essayons de nous mettre dans la situation de quelqu´un que des brutes armées et encagoulées viennent enlever à son domicile au milieu de la nuit, sous les regards horrifiés de ses enfants. Projetons-nous au fond d'un cachot, sans espoir de libération, soumis à l'horreur de la torture, notre vie suspendue au caprice d'un psychopathe en uniforme. Qu´éprouve-t-on quand on sait qu'on va être tué dans un instant, de la façon la plus humiliante et inhumaine qui soit ? Ou, pis encore, que le même sort sera réservé à ceux que l'on aime ?

Douloureux ? Certes. Exagérément dramatique ? Je crains que non. De telles scènes ont lieu tous les jours, partout dans le monde, y compris en Europe. Rester inactif face à ces crimes est une attitude déplorable. Nier leur existence est une attitude complice.

UpSource : site Internet du Conseil de l'Europe, Assemblée parlementaire, Strasbourg (F), 10 décembre 2000.