Si la menace du terrorisme est bel est bien réelle, elle
ne justifie jamais que l'on utilise ses méthodes, a rappelé
Kofi Annan, le 10 décembre 2005, dans un
message pour la Journée internationale des droits
de l'homme dans lequel il rappelle l'impératif catégorique
de l'interdiction absolue de la torture, elle-même instrument
de terreur.
"Cinquante-sept ans après que la Déclaration
universelle des droits de l'homme a prohibé toutes
les formes de torture, celle-ci reste répandue de façon
inacceptable". "L'époque récente est témoin
d'une vague particulièrement perturbante de pays qui réclament
des exceptions à l'interdiction de la torture, sur la base
de leurs propres perceptions de leur sécurité nationale",
remarque le secrétaire général des Nations
unies.
"L'humanité affronte un grave défi à
l'heure actuelle. La menace du terrorisme est réelle et
immédiate. Mais la peur des terroristes ne peut jamais
justifier que l'on adopte leurs méthodes".
"Soyons clairs : la torture ne peut en aucun cas être
un instrument de lutte contre le terrorisme, car elle est
elle-même un instrument de terreur", rappelle Kofi
Annan. "L'interdiction de la torture est bien établie
en droit international. Elle est aussi absolue et dépourvue
d'ambiguïté. Elle s'impose à touts les Etats,
sur tous les territoires sous leur juridiction ou sous leur contrôle
effectif".
"Elle s'applique en toutes circonstances, en temps de
guerre comme en temps de paix. Elle n'est pas non plus permise
si on lui donne un autre nom : les traitements cruels et inhumains
sont inacceptables et illégaux, quels qu'en soient le nom",
souligne-t-il.
Kofi Annan appelle les Etats à respecter cette prohibition
et à combattre l'impunité. "Ceux qui conçoivent
et autorisent toute forme de torture ou de traitements cruels,
inhumains ou dégradants, comme ceux qui les commettent,
ne doivent pas rester impunis".
Kofi Annan a réitéré l'appel lancé,
le 7 décembre 2005, à New York, par la haut commissaire
des Nations unies aux droits de l'Homme, Louise Arbour,
à ne pas tolérer non plus la torture infligée
par un Etat tiers, en condamnant la pratique du renvoi de certains
individus vers des pays où ils risquent d'être torturés.
Louise Arbour a aussi critiqué la pratique des centres
de détentions secrets et des "disparitions" d'individus
soupçonnés d'être des terroristes.
Le secrétaire général des Nations unies,
comme la haut commissaire, ont appelé les Etats à
ratifier la Convention contre la torture et autres peines
ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (CAT) et
son Protocole facultatif, ainsi qu'à offrir au Rapporteur
spécial contre la torture un accès indépendant
aux détenus sous leur contrôle.
[En 1950, l'Assemblée générale des
Nations unies a invité tous les Etats et toutes les organisations internationales concernées à célébrer le 10 décembre de chaque année la Journée
des droits de l'homme. Cette journée marque l'anniversaire
de l'adoption en 1948, à Paris, par l'Assemblée,
de la Déclaration universelle des droits de l'homme.]
KOFI ANNAN : LA TORTURE NE SAURAIT ÊTRE UN MOYEN DE LUTTER CONTRE LE TERRORISME PUISQU'ELLE EST ELLE-MÊME UN INSTRUMENT DE TERREUR
Message du secrétaire général des Nations
unies, Kofi Annan, à l'occasion de la Journée
des droits de l'homme célébrée le 10
décembre 2005.
Interdits depuis 57 ans par la Déclaration universelle
des droits de l'homme, la torture et les peines et
traitements cruels, inhumains ou dégradants demeurent bien
trop répandus. Récemment, certains pays se sont
mis à déroger à l'interdiction de torturer
en invoquant ce qu'ils considèrent comme les impératifs
de leur sécurité nationale. C'est extrêmement
inquiétant.
Soyons clair : la torture ne saurait être un moyen
de lutter contre le terrorisme, puisqu'elle est elle-même
un instrument de terreur.
L'interdiction de torturer est bien établie en droit
international. Elle est sans équivoque et absolue.
Elle s'impose à tous les Etats, dans tous les territoires
sur lesquels ils exercent leur juridiction ou un contrôle
effectif. Elle s'applique dans tous les cas, en temps de guerre
comme en temps de paix. Et elle n'est pas fonction du vocable
utilisé: tout traitement cruel ou inhumain est inacceptable
et illégal, quel que soit le nom que l'on veut lui donner.
Les Etats doivent respecter cette interdiction et lutter vigoureusement
pour que ceux qui l'enfreignent soient punis. Ni ceux qui conçoivent
ou autorisent des actes de torture, quels qu'ils soient, ni ceux
qui les commettent, ne doivent jouir de l'impunité. Les
Etats doivent aussi se garder de donner la moindre légitimité
à des actes de torture commis par d'autres. Ce qui signifie
que nul ne doit être livré à un Etat tiers
s'il risque d'être soumis à la torture.
La communauté internationale doit s'élever avec
force, et d'une seule voix, contre toutes les formes de torture.
Aujourd'hui, je demande à tous les Etats qui ne l'ont
pas encore fait de ratifier la Convention contre la torture
et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants,
ainsi que le Protocole s'y rapportant. Et j'engage instamment
tous les Etats à permettre au Rapporteur spécial
sur la torture de communiquer avec les détenus placés
sous leur contrôle : c'est absolument essentiel pour ces
personnes que l'isolement expose à toutes sortes d'abus.
Ensemble, nous devons aider les détenus qui ont été
maltraités, tout comme les victimes de la torture, à
se faire entendre et à obtenir réparation.
L'humanité fait face aujourd'hui à de graves
problèmes. Le terrorisme est une menace réelle
et immédiate. Mais la peur des terroristes ne peut
justifier que l'on adopte leurs méthodes. Fermer les yeux
sur la situation de tous ceux qui, dans nos sociétés,
sont soumis à des traitements cruels et inhumains n'est
pas acceptable non plus, d'autant plus que ce sont souvent les
plus vulnérables qui sont touchés : les détenus,
les marginaux, les démunis. Chaque fois que ce fléau
se manifeste, nous devons le combattre en réaffirmant les
valeurs fondamentales de l'humanité.
La Journée des droits de l'homme est l'occasion
pour nous de réaffirmer notre attachement aux principes
énoncés dans la Déclaration universelle
des droits de l'homme et notre volonté de faire disparaître
la torture à jamais.
Source : Nations unies, New York, décembre 2005.