2003
__Kofi Annan : "Je demande à tous les secteurs de la société de redoubler defforts pour mettre un terme à toutes les formes de violence à légard des femmes"
| Message de Kofi Annan, secrétaire général
des Nations unies, à l'occasion de la Journée
internationale pour l'élimination de la violence à
l'égard des femmes, le 25 novembre 2003 : |
La Journée internationale pour l'élimination
de la violence à l'égard des femmes est un appel
à l'action en faveur des innombrables femmes qui, de par
le monde, sont quotidiennement victimes de violence et de mauvais
traitements. Parmi toutes les formes de violation des droits fondamentaux,
la violence à l'égard des femmes est sans doute
la pire ignominie. Aussi longtemps qu'elle existera, nous ne pourrons
prétendre faire de réels progrès sur la voie
de l'égalité, du développement et de la paix.
Ce fléau, aussi vieux que le monde, prend de nouvelles
formes à l'aube du XXIe siècle. L'une des plus alarmantes
est la traite des femmes et des petites filles, l'un des aspects
de la criminalité organisée qui se développe
le plus rapidement. On estime que plus de 700'000 personnes sont
chaque année les victimes de ce commerce à des fins
d'exploitation sexuelle. Nombre d'entre elles subissent des violences
et toutes voient leurs droits fondamentaux violés.
Un problème tout aussi préoccupant est la violence croissante contre les femmes et les petites filles dans les conflits armés. Dans les conflits d'aujourd'hui, les privations, les déplacements et la guerre ne sont pas les seuls maux auxquels sont confrontées les femmes et les petites filles. De plus en plus souvent, celles-ci sont directement et délibérément prises pour cibles, le viol et les sévices sexuels étant utilisés comme armes de guerre.
Ces formes, anciennes et nouvelles, de violence à l'égard
des femmes, qui doivent être combattues de toute urgence,
s'accompagnent en outre d'une autre menace, mortifère:
le risque d'infection par le VIH/sida. La violence, les mauvais
traitements, les actes d'intimidation font qu'il est souvent impossible
pour les femmes de se protéger contre le virus, de rechercher
des informations et des conseils ou de faire des tests de dépistage,
de demander à connaître l'éventuelle séropositivité
de leur partenaire ou de révéler la leur, ou de
poursuivre un traitement médical. Ce risque ajouté
de transmission du virus rend encore plus pressant le problème
de la violence à l'égard des femmes sous toutes
ses formes et nous devons tout faire pour le combattre.
Au cours de l'année écoulée, certains
signes encourageants semblaient indiquer que le problème
était mieux pris en compte et mieux compris. En outre,
de nouveaux outils et mécanismes ont été
créés qui nous aideront à prendre des mesures
plus efficaces pour combattre ce fléau. Le Protocole à
la Convention des Nations unies contre la criminalité
transnationale organisée, qui vise à éliminer
la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants,
entrera en vigueur en décembre 2003. En juillet, l'Union
africaine a adopté un Protocole à
la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples
relatif aux droits de la femme en Afrique, qui demande aux Etats
parties de prendre des mesures visant à prévenir,
réprimer et éliminer toutes les formes de violence
à l'égard des femmes, et qui traite en particulier
des pratiques traditionnelles préjudiciables. Aujourd'hui,
174 Etats sont parties à la Convention sur l'élimination
de toutes les formes de discrimination à l'égard
des femmes et 57 à son Protocole facultatif. De plus,
lors d'une élection historique, sept femmes ont été
élues juges à la Cour pénale internationale.
Un tiers des juges de la Cour sont donc aujourd'hui des femmes.
Je demande instamment aux Etats qui ne l'ont pas encore
fait d'adopter ce Protocole facultatif et de prendre des mesures
plus énergiques pour faire appliquer les lois visant à
lutter contre la traite et la violence. Je demande également
à tous les secteurs de la société de redoubler
d'efforts pour mettre un terme à toutes les formes de violence
à l'égard des femmes. Il faudra que ceux qui détiennent
l'autorité à chaque niveau, dans chaque culture,
chaque pays et chaque continent, se montrent déterminés.
Il faudra que les hommes changent radicalement de mentalité
et de comportement afin que les femmes deviennent leurs partenaires
à part entière. Il faudra changer les lois, pratiques
et institutions qui contribuent à l'oppression. Il nous
faut dénoncer cette situation et dire clairement que, face
à la violence contre les femmes, il n'y aura ni tolérance,
ni excuses. En cette quatrième Journée internationale
pour l'élimination de la violence à l'égard
des femmes, il faut nous assurer que ce message est entendu
clairement, y compris par ceux qui ont particulièrement
besoin de l'entendre.
Source : Nations unies, New York, 24 novembre 2003.