2000
__Mary Robinson, Kofi Annan et Koïchiro Matsuura : La communauté internationale doit poursuivre ses efforts pour remédier aux violations de la liberté de la presse
A l'occasion de la Journée internationale pour la liberté de la presse, célébrée le 3 mai 2000, Mary Robinson, Haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme; Kofi Annan, secrétaire général de l'Organisation des Nations unies (Onu); Koïchiro Matsuura, directeur général de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco) ont publié, le 28 avril 2000, un message commun de "défense de la liberté de la presse".
"La communauté internationale doit poursuivre ses efforts pour remédier aux violations de la liberté de la presse. Au nom de nos organisations respectives, et dans l'intérêt de la connaissance, de la justice et de la paix, nous promettons d'explorer toute possibilité qui permettra à la presse de s'acquitter sans entrave de sa tâche inestimable et souvent dangereuse", indique le message publié à Paris, Genève et New York.
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En cette première Journée internationale pour la liberté de la presse du siècle et dans le cadre de l'année internationale pour la culture de la paix, nous exhortons tous les participants aux conflits dans le monde gouvernements, autorités locales et forces armées à protéger le droit des citoyens à recevoir des informations fiables et le droit des journalistes à les leur fournir sans qu'ils aient à craindre pour leur sécurité, leur liberté ou leur vie.
Au sein de chaque société, la liberté de la presse est essentielle au maintien de la transparence, de la responsabilité, de la bonne gouvernance et de la règle du droit. Elle ne peut être supprimée sans conséquences désastreuses sur la cohésion sociale et la stabilité. Lorsqu'elle commence à être sacrifiée, et ce, quelles qu'en soient les raisons, il y a de fortes chances pour que des conflits s'ensuivent. Tout Etat devrait ratifier les instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme et examiner minutieusement son système juridique national afin de le conformer aux normes internationales régissant le droit à la liberté d'opinion et d'expression.
Les responsabilités d'une presse indépendante
Dans les conflits actuels, les responsabilités d'une presse couvrant de manière indépendante et diversifiée les évènements sont plus importantes que jamais. Grâce à elles, les pires atrocités peuvent être évitées. Mais lorsque les belligérants estiment que la liberté d'expression s'oppose à leur cause et utilisent la presse comme un outil de propagande, les journalistes qui tentent, dans ces conditions, de couvrir les événements sans parti pris s'exposent aux pressions, à la manipulation, à l'intimidation ou même à la mort. Et lorsqu'ils sont contraints de s'en aller, le cycle de la violence ne prend pas fin. Les seuls témoins oculaires en reste sur le terrain sont le personnel humanitaire et les résistants locaux, qui deviennent souvent les cibles suivantes.
Dans les périodes d'après-guerre, l'établissement d'une presse libre et indépendante offre un moyen d'échapper à la méfiance et à la peur et d'instaurer un climat propice à un véritable dialogue car les populations peuvent à ce moment penser par elles-mêmes et appuyer leurs opinions sur des faits.
L'exercice du droit des femmes à la liberté d'expression
Une attention particulière devra être accordée à la diffusion de l'opinion des femmes qui sont souvent les premières à être affectées par les conflits armés. Il est donc juste et aussi nécessaire que les femmes aient totalement accès à l'information et qu'elles soient présentes en nombre égal aux hommes pour couvrir également les événements en profondeur. Les gouvernements sont appelés à entreprendre tout ce qui est en leur pouvoir pour vaincre les obstacles formels ou culturels qui pourraient s'opposer à l'exercice du droit des femmes à la liberté d'expression.
Chaque fois que leur indépendance ou leur sécurité se trouvent menacées, que ce soit par des sociétés autoritaires ou dans des situations de conflit ou de post-conflit, les journalistes locaux doivent être protégés et soutenus dans leurs efforts pour maintenir un courant d'informations indépendant et juste. La presse internationale a de même un rôle important à jouer en couvrant sans parti pris les conflits et en attirant l'attention du public mondial sur les crises humanitaires, les abus des droits de l'homme et autres situations dans lesquelles l'oubli est la pire des condamnations pour des êtres humains qui souffrent. La communauté internationale doit poursuivre ses efforts pour remédier aux violations de la liberté de la presse. Au nom de nos organisations respectives, et dans l'intérêt de la connaissance, de la justice et de la paix, nous promettons d'explorer toute possibilité qui permettra à la presse de s'acquitter sans entrave de sa tâche inestimable et souvent dangereuse.
Source : Nations unies, Genève, Paris et New York, 28 avril 2000. Le Haut commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a son siège au Palais Wilson, à Genève, et l'Unesco à Paris.