"Ma vision est celle d'un monde où les gouvernements reconnaissent et s'acquittent de leurs obligations en matière de droits de l'homme à l'égard de leurs citoyens et de leurs voisins."
Mary Robinson, Haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme /Paris 1999
| Allocution prononcée le 8 juin 1999, à Paris, lors du colloque "Quel avenir pour les droits de l'homme ?", organisé par l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco) dans le cadre de ses Entretiens du XXIe siècle. |
A l'aube d'un nouveau millénaire, cette initiative de l'UNESCO visant à rassembler un certain nombre d'intervenants pour se pencher sur les thèmes concernant le futur est digne d'intérêt. Tenter de deviner ce que le futur nous réserve a été et sera toujours une tâche difficile. Comme de nombreux historiens l'ont déjà montré, nous sommes contraints de regarder le futur à la lumière des expériences passées. Il est particulièrement difficile de prévoir le futur à un moment de l'histoire de l'humanité, les changements s'effectuant à une allure déconcertante.
1. Les forces de changements
La fin de la Guerre Froide signe l'heureux arrêt de la confrontation entre les superpuissances. Cependant, ceci n'a pas apporté les dividendes de la paix que beaucoup prévoyaient. De sanglants conflits internes se sont succédé aux conflits inter-étatiques. Au cours de cette seule décennie, des douzaines de guerres ont éclaté. J'espère que la guerre des Balkans qui termine notre siècle comme elle l'a commencé n'a rien de révélateur dans ce domaine.
Alors que nous pensions que les génocides n'étaient plus devenus qu'un mauvais cauchemar, ils sont réapparus. Après ce que nous avons connu au Rwanda, au Cambodge, en Bosnie et au Kosovo, personne ne peut plus croire que les génocides et les massacres de grande ampleur appartiennent au passé. Le futur sera-t-il meilleur ? Parfois, j'ai l'impression que les paroles du poète irlandais William Butler sont justifiées : "The best lack all conviction, The evil are filled with a passionate intensity".
Les perspectives économiques sont incertaines. Dans les pays d'Europe centrale et d'Europe de l'Est, les droits économiques et sociaux n'ont pas autant progressé que les droits civils et politiques. Les économies émergentes d'Asie et d'Amérique latine ont connu un brusque ralentissement l'année dernière. Même si des signes encourageants de reprise sont apparus, cette expérience nous a permis de comprendre combien était fragile le progrès économique.
Un écart croissant entre les pays riches et les pays pauvres
Pendant ce temps, le fossé économique se creuse entre les pays les moins développés et les pays les plus riches. La notion de " village global " continue d'être employée. Cependant, aucun village au monde ne tolérerait de telles inégalités. De fait, les indicateurs économiques montrent que, depuis trente ans, le revenu des pays subsahariens a diminué en termes réels. L'écart croissant entre pays riches et pays pauvres coïncide avec la globalisation rapide des marchés et de l'information.
La tendance à la concentration des affaires entre les mains d'un petit nombre de grandes multinationales aura des implications substantielles en termes de droit de l'homme pour les économies nationales et les gouvernements. La révolution de l'information a considérablement modifié nos modes de communication et d'échanges. L'Internet et le commerce électronique ont changé nos vies de manière spectaculaire, sachant que ce processus va se poursuivre.
Nous vivons aujourd'hui dans un vide éthique
Des avancées importantes ont été faites dans le domaine scientifique, notamment dans le clonage et l'ingénierie génétique. Selon le Conseil national des sciences et technologies américain, les biotechnologies " pourraient jouer un rôle essentiel dans les dix ou vingt prochaines années, comme la physique et la chimie dans la période d'après-guerre ". Ces évolutions offrent des perspectives intéressantes pour l'espèce humaine. Mais elles soulèvent également des inquiétudes sérieuses d'ordre éthique et environnemental.
Une autre grande inconnue concerne le champ de l'éthique à proprement parler. Il n'est pas exagéré de dire que nous vivons aujourd'hui dans un vide éthique. (Naturellement, le Directeur général et moi-même savons que l'UNESCO ne se trouve pas dans ce vide.) Mais les certitudes et les présupposés du passé ont été balayés. Nous ne sommes pas du tout amers d'avoir vu ces présupposés disparaître. Cependant, l'absence de systèmes de croyance et de normes renforce notre impression que le monde traverse une phase instable qui nous éloigne encore plus de la perspective d'un nouvel ordre mondial stable.
2. Le choix entre deux vision
Notre monde n'est pas exempt de prophètes du malheur. Les voix que nous entendons annoncent pour le prochain millénaire un monde brutal et barbare. Un gouffre encore plus grand pourrait apparaître entre les cultures nanties et les cultures démunies. Les riches deviendraient encore plus puissants. Ils s'enfermeraient dans des forteresses et pourraient protéger leurs biens et leurs marchés grâce aux pouvoirs dont ils disposeraient et grâce à leur maîtrise des technologies sophistiquées. Ceci repousserait les pauvres dans les régions les moins développées, les condamnerait à vivre en dessous du minimum vital et les priverait de l'accès aux technologies les plus répandues et au marché.
La route est longue avant que les droits existants soient garantis pour tous
Je ne partage pas cette vision pessimiste. Ma vision est celle d'un monde où les gouvernements reconnaissent et s'acquittent de leurs obligations en matière de droits de l'homme à l'égard de leurs citoyens et de leurs voisins. Dans ce monde, les nations nanties comprennent que leur intérêt est de partager les richesses et de garantir un ordre international stable et en paix. Dans ce monde, les marchés sont faciles d'accès. Les idées et les technologies circulent librement. La science et la médecine servent à atteindre les objectifs pour lesquels elles ont été créées, à savoir guérir le malade et enrichir nos vies. Dans ce monde, les idéaux qui ont guidé les fondateurs de la Déclaration universelle des droits de l'homme et les grands penseurs des droits de l'homme (Rousseau, Paine, Voltaire) deviennent réalité. Bref, ma vision est celle d'un monde où la dignité de chaque être humain est respectée.
Le message que je souhaiterais faire passer [] est mon inébranlable croyance que l'avenir des droits de l'homme est entre nos mains. Je ne doute pas que des défis redoutables nous attendent avec le catalogue habituel de problèmes. Certes, la route est longue avant que les droits existants soient garantis pour tous. Mais je suis convaincue que la communauté internationale a la volonté de relever les défis actuels et les nouveaux défis. Si nous arrivons à surmonter nos doutes et nos peurs, le siècle qui s'annonce peut devenir un siècle de développement humain et de sécurité, le siècle des droits de l'homme.
3. Transformer les mots en actions
De réels progrès ont été accomplis concernant la codification du droit international en matière de droit de l'homme. Ces progrès sont tout à fait remarquables dans la mesure où la notion même de principes internationalement reconnus en matière de droit de l'homme est relativement récente. La Déclaration universelle des droits de l'homme existe depuis seulement cinquante ans, tandis que les deux conventions sur les droits politiques et civils ainsi que sur les droits économiques, sociaux et culturels sont entrées en vigueur il y a seulement un peu plus de vingt ans.
Plus de soixante traités sur les droits de l'homme développent les thèmes de droit fondamental et de libertés contenus dans la Déclaration universelle des droits. Ils concernent la discrimination raciale, la discrimination contre les femmes, la torture et le droit des enfants. Par ailleurs, nombre de déclarations existent s'agissant des droits des peuples indigènes, des minorités ethniques, religieuses et linguistiques et de l'interdiction de la violence contre les femmes.
La situation au Kosovo est un exemple vivant et terrible du fossé entre la rhétorique et la réalité
Cependant, la situation internationale nous oblige à constater que l'application des principes et normes définis est loin d'avoir été aussi rapide que leur élaboration. L'écart important entre la théorie et la pratique est impardonnable. Il y a deux cents ans, Jean-Jacques Rousseau soulignait le contraste entre une vision idéale du monde et la réalité dont il était témoin :
| "Je vois du feu et des flammes, des terres ravagées, des villes mises à sac Des tumultes, des pleurs ! Je m'approche et, devant moi, des scènes de meurtre, dix milles hommes massacrés, des morts entassés les uns sur les autres Ceci est le fruit de vos institutions paisibles ! La compassion et l'indignation surgissent du fond de mon cur. Oui, philosophes sans cur, venez nous lire vos livres sur un champ de bataille !". |
Cette description de Rousseau a des résonances désagréablement modernes. La situation au Kosovo vient notamment à l'esprit. Comme en Bosnie, au Rwanda et au Cambodge, elle soulève des questions fondamentales sur l'attitude de la communauté internationale à l'égard des atteintes aux droits de l'homme et sur sa volonté à consacrer les ressources nécessaires pour s'attaquer aux violations les plus choquantes. La situation au Kosovo est un exemple vivant et terrible du fossé entre la rhétorique et la réalité. Elle nous rappelle que nous n'avons aucune raison de nous satisfaire du bilan actuel concernant l'établissement d'une culture des droits de l'homme ou des perspectives en vue de développer cette culture dans le prochain millénaire.
Un siècle qui a été l'un des plus sanglants de l'histoire humaine
J'ai pu moi-même être témoin de la souffrance humaine lorsque j'ai visité [en mai 1999] l'ex-Yougoslavie et les Etats voisins. Ce que j'ai vu et entendu m'a rempli de chagrin. Assis dans une tente, j'ai écouté un père me raconter les circonstances dans lesquelles les dix-sept membres de sa famille avaient été expulsés du village et comment leur maison avait été brûlée. A l'évocation de ce souvenir, tout le monde s'est mis à pleurer (le père, la grand-mère, etc.) car leur maison représentait tout pour eux. Mon séjour dans ces Etats m'a aussi rempli de colère. Comment de tels événements peuvent encore se produire au cur de l'Europe à la fin de ce siècle qui a été l'un des plus sanglants de l'histoire humaine !
Cependant, le Kosovo est loin d'être un cas unique. En effet, l'un des aspects les plus tragiques de ce conflit est qu'il a accaparé l'attention et les ressources au détriment des autres conflits et situations de post-conflits partout ailleurs qui exigent une action urgente. La situation au Timor oriental a atteint une phase critique et inquiétante. Les problèmes en Afghanistan demeurent non résolus. En Afrique, la guerre fait rage entre l'Ethiopie et l'Erythrée, cette guerre ayant déjà coûté plusieurs milliers de vies. Sierra Leone connaît une trêve fragile, tandis que les combats au Soudan et en Angola continuent dans l'indifférence générale. Je pourrai citer d'autres exemples.
Ancrer le concept de droits de l'homme dans la vie
Le défi auquel nous sommes confrontés est de donner effet à des milliers de mots, à des milliers de promesses faites par les gouvernements et à des engagements solennels qu'ils ont juré de respecter. Depuis que je suis Haut Commissaire pour les droits de l'homme, je me suis toujours efforcée d'ancrer le concept de droits de l'homme dans la vie. Le poste que j'occupe n'a pas de précédents dans l'histoire des Nations unies. Sa mise en place à la suite de la Conférence mondiale sur les droits de l'homme de Vienne est le signe d'une nouvelle compréhension du rôle central des droits de l'homme dans la famille des Nations unies et dans les affaires internationales.
Dans ce cadre, je suis déterminée à assumer mes responsabilités pour être digne de la confiance qui a été placée en moi. J'ai reçu un appui important dans mon travail de la part du secrétaire général, Kofi Annan, qui a décidé d'intégrer les droits de l'homme à l'ensemble des programmes des Nations unies dans le cadre de la réforme d'organisation qu'il souhaite engager.
4. L'inculcation de la culture des droits de l'homme
La prévention. Kofi Annan a appelé de ses vux l'avènement d'un âge de la prévention pour le prochain siècle. La prévention est une composante fondamentale du travail de mon service et la logique sous-jacente à la mise en place de programmes de coopération technique de plus en plus nombreux avec les pays. Une attention particulière est portée à l'établissement et au soutien des équipements et des structures nationales en faveur des droits de l'homme. Des institutions nationales efficaces peuvent être des instruments sans égal dans l'inculcation d'une culture des droits et l'homme et donner aux individus le sentiment d'être maîtres de leur destinée.
La coopération en Europe est étroite et commence à dater
La coopération régionale et infra-régionale peut également constituer un moteur puissant dans la mise en place d'un cadre de prévention. Elle permet aux gouvernements de s'appuyer sur l'expérience et les bonnes pratiques des pays les plus en avance de leur région pour optimiser l'utilisation des ressources disponibles. La coopération en Europe est étroite et commence à dater. Mais d'autres régions connaissent des évolutions intéressantes. Par exemple, j'ai été frappée de l'enthousiasme suscité par cette approche lors [d'une] visite récente à l'Ile Maurice à l'occasion de la première Conférence ministérielle de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) sur les droits de l'homme en Afrique. Le Forum régional Asie-Pacifique a aussi montré sa capacité à faire évoluer la situation. Enfin, je reviens [...] du Caire où j'ai pu constater combien l'intérêt pour le développement de l'approche régionale dans le monde arabe était grand.
Les gouvernements ne peuvent plus prétendre que les droits de l'homme relèvent uniquement de leurs affaires intérieures
Le contrôle. Des mécanismes de contrôle adaptés pour garantir le respect des traités et des conventions adoptées par les gouvernements doivent être appliqués. Aujourd'hui, les gouvernements ne peuvent plus sérieusement prétendre que les droits de l'homme relèvent uniquement de leurs affaires intérieures et, partant, sont exclus du champ de contrôle de la communauté internationale. Les gouvernements qui persistent à adopter cette position doivent se rendre compte qu'elle est intenable. Malheureusement, même les gouvernements qui ont signé des traités visant à protéger les droits de l'homme continuent de bafouer impunément ceux de leurs citoyens, souvent en invoquant des raisons liées à la sécurité nationale.
La mise en uvre des droits doit continuer à être étroitement évaluée par les mécanismes conventionnels, c'est-à-dire par le Comité des droits de l'homme et le Comité des droits sociaux, économiques et culturels, ainsi que par des rapporteurs spéciaux, des groupes de travail et d'autres mécanismes de la Commission des droits de l'homme. Mon approche vis-à-vis des gouvernements est généralement celle du dialogue et de l'encouragement. Mais je n'hésiterai pas à dénoncer publiquement les atteintes répétées aux droits de l'homme des gouvernements à l'égard de leurs citoyens.
Aucune impunité ne doit exister dans le domaine des droits de l'homme
L'application. La logique implacable sous-tendant le mouvement de renforcement des droits de l'homme est que le principe de responsabilité doit s'appliquer à ceux qui portent atteinte de manière choquante aux droits de l'homme ou commettent des crimes contre l'humanité. Aucune impunité ne doit exister dans ce domaine. C'est pourquoi la création d'une Cour pénale internationale constitue une avancée très importante. Une fois mise en place, la Cour assumera les mêmes tâches que n'importe quel autre tribunal national : engager des poursuites, instruire, punir et dissuader. La Cour a les moyens de mettre fin à un cycle d'impunité et d'établir la responsabilité pénale personnelle. Je presse vivement les Etats à ratifier les statuts de Rome afin que la Cour puisse s'atteler à la tâche importante qui l'attend.
La condamnation du Président Milosevic et d'autres pour crimes de guerre au Kosovo constituera un test qui permettra de mesurer la volonté de la communauté internationale à lutter contre l'impunité. Ce conflit est le premier ayant donné lieu à l'exercice d'une compétence juridictionnelle à travers le Tribunal international pour l'ex-Yougoslavie. Mon service coopère étroitement avec le personnel du Tribunal afin d'identifier les témoins potentiels de violations graves et continuera de le faire.
L'obligation morale d'apporter une assistance financière aux pays les plus pauvres
Le développement. Nous devons prêter autant d'attention à la garantie des droits économiques, sociaux et culturels qu'à celle des droits civils et politiques. Il n'est pas logique de s'attendre à voir prospérer des sociétés civiles au sein desquelles l'accès à l'éducation, à la santé, à la nourriture et à l'eau n'est pas assuré. Pourtant, plus d'un milliard de personnes, en majorité des femmes et des enfants, vivent dans des conditions d'extrême pauvreté. C'est pourquoi les pays nantis ont l'obligation morale d'apporter une assistance financière aux pays les plus pauvres afin que leur population puisse bénéficier de droits économiques et sociaux.
Malheureusement, les transferts de ressources vont décroissants et l'objectif de 0,7 % du PIB en faveur de l'aide au développement fixé par les Nations unies semble plus que jamais hors d'atteinte. La position de courte vue consistant à priver des pays de ressources vitales peut seulement conduire à entraver le développement de la démocratie et l'installation de gouvernements ayant des pratiques saines, ces deux éléments étant les plus sûres garanties de l'application des droits de l'homme.
L'annulation de la dette des pays les plus pauvres constituerait une mesure particulièrement appropriée à l'aube du nouveau millénaire. Je soutiens ceux qui militent en faveur de mesures qui soient les plus généreuses possible dans ce domaine. Ce serait un signal clair montrant que les besoins des pays les plus endettés n'ont pas été oubliés.
5. Le travail avec l'UNESCO
La prévention, le contrôle, l'application et le développement sont les instruments à notre disposition pour construire un monde où les droits de l'homme sont mis en avant et défendus. Un élément clef de la prévention est l'éducation, ce sujet étant très en rapport avec la Conférence d'aujourd'hui. Je reprends à mon compte les priorités données par le Directeur général. Nous nous trouvons actuellement au centre d'une initiative intitulée Décennie pour l'éducation dans le domaine des droits de l'homme (1995-2004). Cette initiative a déjà donné un nouvel élan aux efforts accomplis pour porter le message des droits de l'homme aux quatre coins du monde. J'admire beaucoup le travail effectué par l'UNESCO dans le domaine de l'éducation et suis heureuse de vous annoncer que l'UNESCO et mon service coopèrent étroitement sur un certain nombre de projets.
Un programme avec quinze universités européennes
Par exemple, les ministères de l'Education nationale à travers le monde ont été fortement invités à afficher dans chacune de leurs écoles la Déclaration universelle des droits de l'homme afin de donner suite au 50ème anniversaire célébré l'année dernière. L'UNESCO et mon service ont contribué à la traduction de la Déclaration qui est maintenant disponible dans plus de 250 langues.
[En mai 1999], j'ai signé un mémorandum d'accord avec le Programme européen visant à l'obtention d'un diplôme de deuxième cycle sur les droits de l'homme et la démocratisation. Cet accord a rassemblé quinze universités européennes qui ont reçu le soutien de l'UNESCO. Le programme a déjà accordé le diplôme à 90 étudiants apportant ainsi une contribution notable aux objectifs que nous visons.
Plus spécifiquement, l'UNESCO, l'UNICEF et mon service ont aidé à l'élaboration d'un Plan national en faveur de l'éducation aux droits de l'homme au Salvador en liaison étroite avec le gouvernement, la communauté éducative et les organisations non gouvernementales.
La participation de tous les acteurs concernés par les droits de l'homme
D'autres projets dans le domaine de l'éducation sont en cours. Récemment, j'ai signé un mémorandum d'accord avec le gouvernement du Maroc et l'UNDP de Rabat qui prévoit l'établissement d'un Centre national pour l'éducation et la formation aux droits de l'homme. Très bientôt, je me rendrai en Russie pour signer un programme important de coopération technique centré sur l'éducation. Par conséquent, les possibilités de coopération entre mon service et l'UNESCO sont nombreuses et ont vocation à se s'étendre à l'avenir.
Pour atteindre les objectifs que j'ai soulignés, il faudra la participation de tous les acteurs concernés par les droits de l'homme : les gouvernements, les ONG, les organes des Nations unies, les institutions financières internationales, la communauté économique et tous ceux prêts à se battre pour un idéal. Nous devons développer les liens institutionnels avec la société civile, les femmes et la communauté éducative. Nous devons intégrer les nouvelles dimensions reconnues comme indispensables à l'application des droits de l'homme : le genre, la soutenabilité, l'environnement, le droit des enfants, les obligations des grandes entreprises.
6. Conclusion
Les progrès réalisés dans le champ des droits de l'homme ont souvent été graduels. Cependant, si nous optons pour l'approche graduelle dans le contexte actuel de mutations rapides, nous pourrions manquer une chance unique d'enraciner une fois pour toute les droits de l'homme. La situation au Kosovo nous rappelle l'urgence de garantir dès à présent les droits de l'homme afin de ne pas avoir à subir les terribles conséquences qu'un tel manquement impliquerait. Je crois ce changement possible. L'avenir des droits de l'homme est entre nos mains. Il revient à chacun de nous d'agir. Le poète Maya Angelou indiquait avec éloquence :
" Nous, ce peuple, sur cette petite planète qui dérive
Dont les mains peuvent frapper avec tant d'abandon
Dont la vie peut être retirée en un clin d'il
Pourtant, ces mêmes mains peuvent toucher avec une tendresse si irrésistible et si apaisante
Que même le cou hautain est heureux de se soumettre
Et que le dos fier est content de se courber
En dehors de ce chaos et cette contradiction
Nous apprenons que nous ne sommes ni des saints ni des diables
Quand nous y parvenons
Nous, ce peuple, dans cette voie, corps flottants
Créés sur cette terre, par cette terre
Avons le pouvoir de façonner pour cette terre
Un monde où chaque homme et chaque femme
Peut vivre librement sans piété obséquieuse
Et sans peur paralysante
Quand nous y parvenons
Nous devons admettre que nous sommes le possible
Nous sommes le prodigieux, le véritable miracle de ce monde
Quand et seulement quand
Nous y parvenons. " |
Alors, parvenons-y !
Mary Robinson, Haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme. "Entretiens du XXIe siècle", 6 juin 1999, Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco), Paris. Une partie de ce texte a été publiée sous le titre "Faisons mentir les prophètes du malheur", le 16 juillet 1999, par le quotidien français Le Monde. |