__Définition, enjeux et débats
L'expression même de droit d'ingérence est l'objet d'une controverse. Elle a été "inventée" à la fin des années 1980 par des personnalités du monde humanitaire telles que Bernard Kouchner - fondateur de Médecins sans frontières - et par Mario Bettati, professeur de droit international public.
Leur propos (hésitant entre l'emploi du terme droit et celui - plus moral - de devoir d'ingérence) est fondé sur l'argumentation suivante : certaines situations d'urgence peuvent justifier l'intervention dans les affaires intérieures d'un Etat quitte à remettre en cause un axiome du droit international classique, le principe de non-ingérence.
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Mais le "droit d'ingérence" - même humanitaire - n'a pas de réelle existence juridique. A l'initiative de la France, deux résolutions ont été votées par l'Assemblée générale des Nations unies. Cependant, ces textes se contentent de fixer les modalités de mise en uvre d'une "assistance humanitaire" (notamment par la mise en place de "couloirs d'urgence") et réaffirment le principe de souveraineté étatique.
Les principaux débats soulevés sont les suivants: Est-il vraiment nécessaire d'évoquer un nouveau "droit d'ingérence" humanitaire alors qu'il existe un droit humanitaire contraignant (Conventions de Genève, Convention contre le génocide) et que, par ailleurs, le chapitre VII de la Charte des Nations unies permet d'intervenir dans les affaires intérieures d'un Etat en cas de "menace contre la paix" (notion que le Conseil de Sécurité a considérablement élargie depuis la fin de la Guerre froide) ?
Quels doivent être les acteurs de l'assistance humanitaire ? Les ONG ? les organisations intergouvernementales ? Les Etats eux-mêmes ? Que dire de l'intervention d'une organisation comme l'OTAN au Kosovo ? L'ingérence ne risque-t-elle pas de se faire uniquement au détriment des Etats les plus faibles? Et cette apparente moralisation des relations internationales ne serait alors qu'un nouveau masque de la Realpolitik, voire d'un néo-colonialisme ? Le principe d'ingérence ne pourrait-il ou ne devrait-il pas être élargi à d'autres domaines : une ingérence démocratique ? une ingérence judiciaire ? une ingérence écologique ?
Dispositifs juridiques et acteurs publics
Résolution 43/131: "Assistance humanitaire
aux victimes des catastrophes naturelles et de situations d'urgence
du même ordre" adoptée sans vote par l'Assemblée
générale des Nations unies le 8 décembre
1988 et
Résolution 45/100 (même titre) adoptée
sans vote par l'AGNU le 14 décembre 1990 qui précise
les modalités de l'assistance humanitaire et prévoit
notamment la mise en place de "couloirs d'urgence".
Ces deux résolutions réaffirment explicitement le
principe de souveraineté des Etats.
Résolution 688 du Conseil de sécurité
des Nations unies, 5 avril 1991, concernant les Kurdes
d'Irak. Le Conseil de sécurité exige que l'Irak
mette fin à la répression contre les Kurdes et insiste
pour qu'il permette "un accès immédiat des
organisations humanitaires internationales à tous ceux
qui ont besoin d'assistance..".
Déclaration du Conseil européen sur
les droits de l'homme, 29 janvier 1991, "Au besoin
d'assistance humanitaire des victimes répond un devoir
de solidarité des Etats concernés et de la communauté
internationale".
Convention de l'Organisation des Etats américains
visant à faciliter l'apport d'assistance dans les cas de
catastrophe, 7 juin 1991.
Source: Documentation française, Paris, 2002.