1996, LE DROIT DINGERENCE DE MARIO BETTATI
__Un bouleversement des principes de base du droit international
"J'ai eu la chance de participer - dans des moments extraordinairement
forts - à l'élaboration d'un aspect très
particulier de droit international, reconnu en quelques années,
et qu'on a appelé "droit d'ingérence".
Dans ce livre, j'ai moins voulu décrire ce nouveau droit
international humanitaire tel qu'il existe aujourd'hui que raconter
comment il s'est élaboré ces dernières années.
Comment il a introduit de nouvelles donnes qui on engendré
un bouleversement des principes de base du droit international
: le principe de souveraineté des Etats et son corollaire,
le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures
des Etats. Dès lors, on n'a pas pris garde au casse-tête
qui allait surgir avec ce nouveau droit humanitaire en gestation,
qui exigeait l'ingérence sans pour autant rejeter la souveraineté.
D'où, à la foi, une difficulté conceptuelle
redoutable et une aventure intellectuelle formidable." (M.
B.).
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On les a vus bravant les combats, les chefs de guerre et les
milices. On les a vus bousculant l'indifférence des Etats
et la paralysie des organisations internationales, pour secourir
les victimes des conflits, du Cambodge au Liban, de la Yougoslavie
au Rwanda. On les a vus aussi portant des sacs de riz devant des
caméras opportunément convoquées et s'installer
dans des fauteuils ministériels pour titiller les diplomates.
Depuis les années 70, les French doctors ils ne sont
plus tous français ont subverti l'ordre international.
L'ingérence, sinon le droit du même nom, existait
avant eux, mais ils l'ont exercé, popularisé, imposé.
Non sans soulever des problèmes qui dépassent les
querelles juridiques et dont a témoigné le malaise
de beaucoup.
Professeur d'université, ancien conseiller de plusieurs
ministres chargés des questions humanitaires, Mario Bettati
trace une histoire du droit d'ingérence, nouvelle discipline
"en cours d'élaboration", qui paraît contredire
un des principes sacro-saints du droit international traditionnel,
c'est-à-dire la souveraineté des Etats. La Charte
de l'ONU elle- même indique que "rien n'autorise les
Nations unies à intervenir dans les affaires relevant de
la compétence nationale d'un Etat". Pourtant le travail
des organisations non gouvernementales qui ont fait fi des interdits
a porté ses fruits; dans de nombreuses résolutions,
au cours des dernières années, l'ONU a "demandé",
"invité", "enjoint", "exigé",
bref est intervenue afin que les gouvernements ou les belligérants
portent attention aux victimes et permettent aux ONG de soulager
leurs souffrances.
C'est un palliatif. Même soutenue par la présence
de "casques bleus", l'intervention strictement humanitaire
peut avoir des conséquences négatives, comme les
premières années du conflit yougoslave l'ont démontré.
Alibi pour les uns, obstacle pour les autres, elle ne saurait
en tout cas se substituer à la menace, voire à l'usage
de la force quand il ne s'agit pas de maintenir la paix mais de
faire cesser la guerre.
C'est évidemment un moyen extrême qui pourrait
être évité par le développement d'une
"diplomatie préventive" beaucoup moins coûteuse
en vies humaines comme en ressources financières que de
tardives tentatives d'interposition. Les limites en sont cependant
connues. Mario Bettati remarque à juste titre que la communauté
internationale ne manque pas de connaissances sur les conflits
potentiels, mais que les Etats sont "aveuglés et assourdis
par les égoïsmes nationaux, l'apathie des opinions
publiques et la versatilité des médias"./ Daniel
Vernet. Source: site www.expats-network.com
Le Droit d'ingérence, Mario Bettati, Editions
Odile Jacob, Paris, 1996. Prix: 24 euros. L'auteur, professeur
de droit international, s'est appliqué à décrire
l'élaboration du droit d'ingérence. Son étude
comporte trois parties: l'ingérence caritative, l'ingérence
forcée, l'ingérence dissuasive.