Forum
Un forum des droits de l'homme





Ligne
Février 2001 : un rapport de ”Reporters sans frontières” et de ”Transfert.net”

__"Les Ennemis d’Internet"

ImageInternet a fait exploser le cadre traditionnel des rapports de force entre les Etats et ceux qui produisent l'information. Depuis un cybercafé, un homme seul peut révéler au monde entier la répression en cours dans son pays. En quelques minutes, un journal censuré peut publier ses articles sur des serveurs américains ou français. Les gouvernements sont sur la défensive : tous veulent Internet, mais rêvent d'un réseau sous contrôle. Face à ce dilemme, un arsenal de solutions répressives se déploie.

Pour la première fois, un rapport intitulé "Les ennemis d'Internet", publié le 28 février 2001, à Paris, par l'organisation Reporters sans frontières et le site Transfert.net recense les entraves à la circulation de l'information constatées dans 59 pays, qu'il s'agisse de démocraties occidentales ou de pays en voie de développement.

Les régimes les plus autoritaires censurent avec une énergie décuplée par le sentiment qu'une course de vitesse est engagée contre la cyber-dissidence. La Corée du Nord, la Chine et l'Arabie saoudite sont parmi les "ennemis" les plus radicaux d'Internet. Dans les démocraties occidentales, la peur d'un Internet libertaire se traduit par des tentatives répétées d'encadrement législatif. A ce jour, aucun Etat ne parvient à maîtriser réellement Internet. Mais la course technologique effrénée que se livrent les "ennemis d'Internet" et ceux qui combattent pour la liberté du réseau est permanente.

Le rapport de "Reporters sans frontières" et de "Transfert.net" : Faut-il restreindre la liberté d'expression sur Internet ?

A condition de disposer d'un ordinateur et d'une connexion Internet, un homme seul peut aujourd'hui, depuis son salon ou un cybercafé, faire part au monde entier de ses opinions. Il lui suffit de créer un site, de participer à un forum de discussion, de diffuser des courriers électroniques. Le cas échéant, cet homme peut dénoncer, hors de tout contrôle, les atteintes à la liberté ou la répression en cours dans son pays, aussi autoritaire et fermé soit-il. Un exilé politique libyen, vietnamien ou gabonais peut désormais publier des informations à l'intention de ses compatriotes restés aux pays, en court-circuitant tous les systèmes de surveillance traditionnels. Du Chili à l'Algérie, un journal censuré peut en quelques minutes publier ses articles sur des serveurs américains, scandinaves ou français.Haut de page

Faut-il restreindre la liberté d'expression sur Internet ? Reporters sans frontières et Transfert.net ne le croient pas. Si toutes les bureaucraties et tous les groupes de pression de la planète parvenaient à imposer leurs propres valeurs et leurs propres tabous sur l'ensemble du réseau, Internet cesserait d'exister en tant que lieu de libre expression. Approuver les décisions des juges français ou allemands, c'est implicitement donner raison aux autorités chinoises ou tunisiennes : aucune autorité locale ne doit s'arroger le droit de définir les frontières de ce qui est politiquement ou moralement acceptable. Qui, de la France, des Etats-Unis ou de la Birmanie, dira ce que signifie le terme "diffamer" ? Doit-on laisser l'Arabie saoudite laisser imposer sa définition de la pornographie ? Faudra-t-il, à présent que la France a reconnu le génocide arménien, pourchasser les sites turcs qui en nient la réalité ? Tout ce qui est moralement condamnable ne devrait pas l'être pénalement. Les abandons de souveraineté sont une bonne chose : ils doivent être appliqués à la liberté d'expression. Pour combattre les propagandistes d'idées ou d'opinions racistes et xénophobes, Reporters sans frontières et Transfert.net estiment qu'il ne sert à rien d'ériger un arsenal législatif toujours plus draconien. La liberté d'expression est évidemment dangereuse, mais les entraves à cette liberté le sont encore plus.

Reporters sans frontières voit dans Internet un outil idéal pour déjouer la censure que l'organisation combat, dans le monde entier, depuis quinze ans. Lorsqu'il est "lâché" sur le Net, un texte devient quasiment insaisissable : grâce à la solidarité du réseau, au militantisme libertaire de certains internautes, il va être récupéré, protégé, et se démultiplier grâce à des "sites miroirs" répartis sur tous les continents. Un message lancé sur un forum de discussion fait le tour du monde en moins de quarante-huit heures, automatiquement dupliqué à plusieurs milliers d'exemplaires. S'ils ont les compétences techniques requises, ses auteurs ont de surcroît de bonnes chances de préserver leur anonymat.

Le site de Reporters sans frontières, en reproduisant systématiquement les articles censurés, et en hébergeant des journaux interdits, participe à ce combat pour la liberté d'expression.Haut de page

Qui sont les ennemis d'Internet ?

Puisque la France s'honore d'héberger des sites étrangers interdits dans leur pays d'origine, elle doit accepter de bonne grâce que des pays étrangers lui jouent le même tour quand elle le mérite.

ImageA ce jour, aucun Etat ne parvient à contrôler réellement Internet. Mais la course technologique effrénée que se livrent les "ennemis d'Internet" et ceux qui combattent pour la liberté du réseau est permanente. L'issue de cette guérilla technologique n'est pas acquise.

Internet a fait exploser le cadre traditionnel des rapports de force entre les Etats et ceux qui produisent l'information. Puisque chacun peut désormais se faire l'intermédiaire entre une information et sa diffusion à un large public, quelle est aujourd'hui la spécificité du journaliste ? Un e-mail envoyé à mille exemplaires est-il toujours une correspondance privée ou devient-il un média ? Quelles lois appliquer aux publications virtuelles qui sont, par essence, planétaires et transfrontalières ? Dépassés par ces questions complexes, les Etats sont sur la défensive. Tous veulent Internet, mais rêvent d'un réseau sous contrôle.Haut de page

Face à ce dilemme, un arsenal de solutions répressives se déploie. Les régimes les plus autoritaires légifèrent, surveillent, censurent avec une énergie décuplée par le sentiment qu'une course de vitesse est engagée contre la cyberdissidence. La Corée du Nord a tranché : pas de serveur, aucune connexion possible. Le pays de Kim Jong-Il est le seul au monde où l'Internet n'existe pas, ce qui n'empêche pas Pyongyang de posséder plusieurs sites de propagande... hébergés au Japon. Riche et peu peuplée, l'Arabie Saoudite a préféré construire, à Djeddah, un gigantesque système de filtrage d'adresses et de contenu. A l'opposé de cet "Intranet national", la Chine, qui compterait déjà 20 millions d'internautes, forme des brigades de policiers à "la guerre contre les articles antigouvernementaux et anticommunistes publiés sur le web", et se dote d'un dispositif législatif extrêmement répressif : la cybercriminalité y est passible de la peine de mort.

Des tentatives répétées d'encadrement législatif

Dans les démocraties occidentales, la peur d'un Internet incontrôlable, partiellement administré par des entités supranationales, se traduit par des tentatives répétées d'encadrement législatif. La France, sous l'influence des "souverainistes" - les adversaires résolus de tout abandon des prérogatives étatiques -, a été pionnière dans ce domaine, puisqu'elle a voulu réglementer l'utilisation du réseau quand il n'était encore qu'embryonnaire. Depuis, les projets de lois se sont succédé, mais se sont heurtés au principe constitutionnel garantissant la liberté d'expression. En Allemagne, des magistrats ont manifesté une volonté analogue de contrôle et de censure du réseau, en particulier pour interdire l'accès à certains sites néo-nazis hébergés aux Etats-Unis, mais ont dû capituler à deux reprises.

Aux Etats-Unis, où la circulation de l'information sur Internet est largement protégée par le premier amendement à la Constitution, la droite conservatrice agite l'épouvantail de la "contamination pornographique" pour faire voter des lois restrictives. Dans ces trois pays, les restrictions légales à la diffusion d'informations sur Internet demeurent, aujourd'hui encore, exceptionnelles. Mais devant le flou juridique qui prévaut, le danger est réel que les initiatives individuelles de magistrats favorables à un contrôle instaurent une jurisprudence liberticide.

Source : site Internet de "Reporters sans frontières", mars 2001. Site : www.rsf.org
Haut de pageLe rapport "Les Ennemis d'Internet" peut-être acheté - version complète en pdf ou imprimée - sur le site de 00h00.com