OCTOBRE 2003, MALAISIE / LE SOMMET DE L'ORGANISATION DE LA CONFERENCE ISLAMIQUE
__Pour la première fois en Suisse, Arabes et Juifs cosignent un manifeste pour la paix
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Kofi Annan a exprimé ses craintes, le 16 octobre 2003, au sommet des chefs d'Etat de l'Organisation de la conférence islamique (OCI), à Kuala Lumpur (Malaisie), à l'égard de l'hostilité croissante entre l'Islam et l'Occident : "C'est odieux, dangereux et condamnable".
Dans une déclaration lue à l'ouverture du sommet, à Kuala Lumpur, par son représentant en Afghanistan, Lakhdar Brahimi, le secrétaire général des Nations unies a demandé à l'Occident comme aux pays musulmans de faire des efforts pour dépasser leurs divergences.
"Oui, il existe dans trop d'endroits un sentiment d'hostilité croissante entre l'Islam et l'Occident. Nous devons unir nos efforts pour répondre à cet extrémisme qui progresse hélas non seulement dans l'Islam mais dans beaucoup d'autres religions", a-t-il déclaré.
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Kofi Annan a demandé aux leaders musulmans de l'OCI,
qui représentent 1,3 milliard d'habitants, de faire des
efforts de leurs côtés, évoquant les fondamentalismes,
la faiblesse des gouvernements, le manque de démocratie
et les problèmes de droits de l'homme, en particulier concernant
la condition des femmes.
Evoquant la souffrance palestinienne sous "une occupation
dure et prolongée", il a estimé que les "attentats-suicides
dans lesquels des centaines de civils israéliens ont été
tués aveuglément, ne sont pas acceptables".
"Ces actes de terrorisme, abbhorhés par vous tous,
desservent la plus légitime des causes", a ajouté
le secrétaire général. "Les actes de
terrorisme ne font que repousser le jour où les Palestiniens
pourront vivre en paix à l'intérieur de leur propre
Etat. De même, lorsque Israël prend des mesures extrêmes
et injustifiées, je pense notamment à l'attaque
déplorable qu'il a mené récemment contre
la Syrie, le jour recule où les Israéliens pourront
vivre en toute sécurité".
LA DECLARATION DU SECRETAIRE GENERAL DES NATIONS UNIES
Kofi Annan plaide pour l'amélioration de la compréhension
entre les communautés musulmanes et occidentales
La déclaration suivante a été prononcée
le 16 octobre 2003, à Kuala Lumpur (Malaisie), par
Lakhdar Brahimi, Représentant spécial de Kofi Annan pour l'Afghanistan, au nom du secrétaire général des Nations unies
J'aurais aimé me joindre à vous à l'occasion
de cet important sommet. Malheureusement, les graves problèmes
auxquels se heurte une région qui vous tient à cur
m'en ont empêché. Je le regrette d'autant plus que
je me réjouissais à la perspective de me rendre
en Malaisie, un pays qui a réalisé des progrès
si remarquables sur le plan économique et social, et dans
lequel des groupes ethniques, des cultures et des cultes différents
cohabitent en paix.
Le monde islamique est en effet une mosaïque, et non un
monolithe. Il s'étend de l'Indonésie au Maroc, et
de l'Europe centrale à l'Afrique australe, et ses ramifications
vont jusqu'en Europe occidentale, aux Amériques et en Australasie.
Il est composé d'hommes et de femmes souvent divisés
par la race, la culture ou la langue, mais pourtant unis par le
lien puissant de l'islam.
Né sur la terre du prophète Mahomet, l'islam,
au fil de plus d'un millénaire, a gagné de nombreux
pays d'Europe, d'Afrique et d'Asie. Ses érudits ont multiplié
les réussites éblouissantes dans des disciplines
telles que la théologie, la philosophie, l'histoire, la
littérature, l'architecture, l'art, l'astronomie, les mathématiques,
la médecine et d'autres sciences encore.
Ce riche passé prouve que la situation déplorable
dans laquelle se trouve aujourd'hui une partie si importante du
monde islamique n'est ni naturelle, ni inévitable. Les
musulmans sont capables de bien davantage, et ils le savent.
Je ne suis pas musulman. Mais, comme vous tous,
je suis un fils d'Abraham. Je partage la même foi
que vous en notre Dieu tout-puissant et je m'intéresse
de près au destin du peuple musulman. Et si je souhaite
m'adresser à vous avec le plus grand respect, je veux aussi
le faire de façon directe, avec le cur, comme je m'adresse
aux autres peuples, notamment sur le continent africain, où
j'ai vu le jour.
Excellences, en tant que dirigeants, nous avons pour
devoir d'affronter la réalité. Et la réalité,
je le dis avec la plus grande humilité et la plus profonde
tristesse, c'est que, dans un monde qui évolue rapidement,
la plupart des sociétés islamiques ont pris beaucoup
de retard.
La plupart de mes amis musulmans, à dire vrai la plupart
d'entre vous, déplorent la faiblesse des systèmes
en place dans les pays islamiques et l'érosion de l'influence
de l'islam sur le devenir du monde.
Bien des musulmans se plaignent aussi d'être beaucoup
trop souvent empêchés de contribuer comme ils le
devraient au choix des grandes orientations qui sont imprimées
à leurs pays respectifs. Ils regrettent que nombre d'entre
eux, en particulier des femmes, soient spoliés de leurs
droits fondamentaux, qui non seulement sont inscrits dans la Charte
des Nations unies, mais découlent clairement du principe
islamique de l'égalité de tous les êtres humains
devant Dieu.
Les dogmes extrémistes gagnent du terrain, or
ils entravent les progrès de la Oumma dans son ensemble
et constituent une menace pour la sécurité des peuples
du monde entier.
Ces maux contemporains et bien d'autres facteurs - dont l'héritage
du colonialisme et le système injuste qui régit
les échanges commerciaux internationaux - constituent un
frein pour les sociétés islamiques. En outre, le
monde islamique est traumatisé par les souffrances qu'endurent
les musulmans dans de nombreuses régions, en particulier
ces dernières années.
Ces souffrances ne sont nulle part plus aiguës qu'en Palestine,
où des milliers d'entre eux ont été tués.
Les musulmans, tout comme leurs frères et soeurs chrétiens,
souffrent sous le joug d'une occupation très dure et prolongée,
qui associe les punitions collectives, l'usage d'une force militaire
disproportionnée, la destruction de maisons et de récoltes,
les expropriations et les bouclages iniques, et les colonies de
peuplement illégales. Vient s'y ajouter un mur construit
sur des terres qui n'appartiennent pas aux maçons. Nul
ne peut être surpris que les Palestiniens ressentent humiliation,
colère et désespoir, sentiments qui sont partagés
par les musulmans du monde entier.
Cependant, les attentats-suicide à la bombe,
dans lesquels des centaines de civils israéliens sont
tués de façon aveugle, sont inacceptables.
Ces actes de terrorisme, honnis et rejetés par vous
tous, profanent une cause légitime et nuisent à
sa défense. Ils doivent être condamnés
et il faut y mettre un terme.
Les actes de terrorisme ne font que repousser le jour où
les Palestiniens pourront vivre en paix à l'intérieur
de leur propre Etat. De même, lorsque Israël prend
des mesures extrêmes et injustifiées, je pense notamment
à l'attaque déplorable qu'il a menée récemment
contre la Syrie, le jour recule où les Israéliens
pourront vivre en toute sécurité.
À l'heure actuelle, seule la Feuille de route
conçue par le Quatuor contient une promesse de liberté
pour les Palestiniens, de sécurité pour les Israéliens.
Elle seule peut conduire à l'émergence de deux Etats,
Israël et la Palestine, vivant côte à côte
en paix, à l'intérieur de frontières sûres
et reconnues.
Pourtant, l'application de la Feuille de route se heurte à
des obstacles majeurs. Elle a besoin de l'appui de l'ensemble
de la communauté internationale - y compris de ceux d'entre
vous qui exercent une influence directe dans la région.
Si elle échoue, je crains que la région ne s'enfonce
encore plus avant dans la violence et la détresse.
J'ai des craintes similaires au sujet de la transition en
Irak.
La situation sur place nous trouble tous profondément.
Mais quel que soit le point de vue que nous avons porté
sur la guerre, nous avons tous intérêt à ce
qu'il en résulte un Iraq stable et démocratique,
en paix avec lui-même et avec ses voisins, et notre devoir
commun est d'aider la population iraquienne à y parvenir.
Certains membres du personnel de l'ONU ont payé de leur
vie la défense de cette cause. Et en dépit de la
menace qui continue de peser sur le personnel - tant national
qu'international - de l'Organisation, une petite équipe
de l'ONU demeure en Irak pour aider à satisfaire aux besoins
humanitaires urgents de la population irakienne.
Je crois que les Irakiens ont besoin d'un processus politique
inclusif, qui suscite l'appui et l'engagement le plus large possible,
tant dans le pays qu'à l'étranger - de la part des
pays voisins, du monde arabe et islamique et de l'ensemble de
la communauté internationale.
Un processus de cette nature, en dépit de hauts et de
bas, est allé de l'avant en Afghanistan, au terme de longues
années durant lesquelles les souffrances de la population
afghane n'avaient reçu que peu d'attention.
Maintenant que l'Afghanistan est en période de transition,
la communauté internationale, y compris le monde islamique,
doit rester pleinement engagée dans son soutien au gouvernement
du Président Karzai. Nous devons nous efforcer d'assurer
le succès du processus de Bonn et la stabilité de
l'Afghanistan par la suite.
Il en va de même des transitions opérées
en Bosnie et au Kosovo - deux régions où les
populations, notamment musulmanes, ont terriblement souffert mais
ont finalement été sauvées par la communauté
internationale, au premier rang de laquelle se trouvaient les
Etats occidentaux. Un fait, parmi tant d'autres, qui prouve que
les sociétés islamiques et l'Ouest ne sont pas
antagonistes par définition.
Les exemples abondent, même, de l'enrichissement mutuel
des communautés occidentales et islamiques, qui à
certains égards sont imbriquées l'une dans l'autre.
J'espère qu'il me sera bientôt donné de
voir de nouveaux exemples de réconciliation entre chrétiens
et musulmans - au Soudan, par exemple, et peut-être
à Chypre, où un règlement faciliterait
de surcroît les efforts entrepris par la Turquie pour se
joindre à l'Union européenne.
Pourtant, on assiste dans bien des endroits à une
montée de l'hostilité entre l'islam et l'Occident.
C'est odieux, dangereux et condamnable.
Nous devons unir nos efforts pour faire face à l'extrémisme
qui ne cesse, hélas, de gagner du terrain, non seulement
au sein de l'islam mais au coeur d'autres religions. La violence
n'a de place dans aucun des grands cultes du monde.
En conséquence, tous les gouvernements doivent encourager
la poursuite du dialogue entre les civilisations, un dialogue
qui repose sur l'idée que la diversité est un don
précieux et non une menace, car elle est l'expression de
la sagesse de Dieu. Mais le dialogue ne suffira pas à lui
seul. Il faut prendre des mesures concrètes pour améliorer
la compréhension entre les sociétés musulmane
et occidentale.
Les principaux gouvernements occidentaux doivent agir avec
une plus grande détermination pour contribuer à
réparer les injustices subies par les musulmans, en
Palestine et ailleurs. Leurs discours sur le respect de la liberté
doivent s'accompagner de mesures propres à promouvoir le
développement, notamment un système d'échanges
commerciaux libre et équitable.
Mais vous aussi, vous avez un rôle à jouer. Les
musulmans sont consternés par l'incapacité apparente
des Etats islamiques à parvenir peu ou prou à régler
les problèmes que je viens d'évoquer.
Nous le savons pourtant, le monde islamique ne sera en mesure
d'influencer positivement le devenir du monde que le jour où
les musulmans jouiront pleinement de leurs droits et libertés
fondamentaux, où l'on comprendra que le Coran prescrit
l'éducation de tous, où le talent créatif
de tant de musulmans, en particulier les femmes, sera mis à
profit pour le développement des communautés musulmanes.
Excellences, la voie de la réforme politique, de l'éducation
et du développement est la seule qui offre un réel
espoir d'un présent plus prospère et d'un avenir
glorieux.
Vous seuls pouvez engager vos peuples sur cette voie, et vous
le devez. Ainsi que le dit le Coran : "Dieu ne modifie rien
en un peuple, avant que celui-ci ne change ce qui est en lui"
(XIII, 11).
Source : Nations unies, New York,16 octobre 2003.
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