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__"Tapis rouge, silence et crime" en Tchéchénie
Il faut "parler" à Vladimir Poutine
| Plus de cinq cents personnalités européennes ont rendu public, le 29 octobre 2000, à Paris, à la veille du sommet Union européenne - Russie, un appel qui demande aux dirigeants occidentaux de "parler" de la Tchétchénie avec le président russe, Vladimir Poutine. |
"L'Europe va recevoir Vladimir Poutine à Paris. Or la guerre de Tchétchénie continue, sale et cruelle", déclare le texte sous le titre "Tapis rouge, silence et crime". Le président russe, poursuit-il, expliquera aux dirigeants européens "que l'armée russe fait ce qu'il faut et que l'Europe doit soutenir sa croisade contre le "terrorisme international". "Nous craignons, déplorent les signataires, que, malgré quelques murmures réprobateurs, le silence complice ne l'affermisse dans sa conviction exterminatrice. Nous redoutons qu'un calcul à courte vue n'avalise le martyr d'un peuple et fête le très grand accord pétrolier que M. Prodi [président de la Commission européenne] négocie: gaz contre sang, serait-ce là le dernier mot de la civilisations européenne" ?
Lancé par les philosophes Josep Ramoneda (Barcelone) et André Glucksmann (Paris), l'appel affirme que "la Russie fait partie de l'Europe" et qu'elle a "droit à notre amitié, donc à la vérité": "M. Milosevic dut apprendre à ses dépens les exigences du minimum vital qui règle la coexistence sur notre continent: pas de guerres coloniales, pas de massacres de civils, pas de nettoyage raciste". C'est pourquoi "il faut parler au président de Russie, dût-il son élection à la guerre et à la fraude. Mais dans la clarté. [
] Nous nous adressons à Jacques Chirac, président en exercice de l'Union européenne, aux chefs d'Etat de la Communauté, pour qu'ils rappellent publiquement et distinctement, M. Poutine au respect des conventions internationales et des résolutions signées: ouverture du pays, sans délai, aux secours humanitaires et aux observateurs internationaux; cessez-le-feu immédiats; pourparlers avec le président élu de Tchétchénie, Aslan Maskhadov. Il en va de la survie d'un peuple. Les crimes contre l'humanité sont imprescriptibles. Et le silence tue".
Une opinion publique transeuropéenne
Les nombreux signataires, relève "Le Monde" (28.10.2000), représentent "l'Europe dans sa diversité". Le quotidien voit dans cet appel, qui rassemble "la droite et la gauche, chrétiens et musulmans, juifs ou agnostiques", "l'ébauche d'une opinion publique transeuropéenne".
Plus de 80 députés européens, de tous les groupes politiques et Etats membres, ont apporté leur appui. Parmi les signataires français, l'actrice Isabelle Adjani, l'historien Pierre Vidal-Naquet ou le philosophe Etienne Balibar. Aux côtés des Polonais Adam Michnik et Marek Edelman, on trouve le prix Nobel Elie Wiesel, l'écrivain anglais John Le Carré et l'historien Norman Davies, l'écrivain allemand Peter Schneider, l'Autrichienne Elfreide Jelinek, l'Albanais Ismaïl Kadaré. Une trentaine d'intellectuels kosovars, dont le journaliste Veton Surroï, se sont joints à l'appel ainsi qu'une vingtaine de Russes parmi lesquels le député Sergueï Kovaliev et le journaliste Andreï Babitski qui, rescapé des geôles russes de Tchétchénie, reste privé de passeport. On relève aussi des signataires chinois et américains. |