NOVEMBRE 2002 / RUSSIE / LA SITUATION EN TCHETCHENIE
__Des règles du jeu pour la Russie
par Walter Schwimmer, secrétaire général du Conseil de l'Europe
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Walter Schwimmer.
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Les opérations militaires se sont intensifiées
en Tchétchénie après la prise d'otages
de Moscou. La perspectice de la paix s'éloigne et
le principe d'une solution négociée devient plus
incertain. Pourtant, une issue politique à la guerre en
Tchétchénie est plus urgente que jamais. Cet objectif
est celui des 44 pays membres du Conseil de l'Europe, y
compris de la Russie. |
En entrant au Conseil de l'Europe en 1996, la Russie est devenue
membre d'une organisation dont la vocation est de garantir l'Etat
de droit, le respect des droits de l'homme et la démocratie
dans chacun de ses pays membres. Sur tous ces plans, en six ans,
la Russie s'est considérablement rapprochée de ses
partenaires européens. Avec le soutien des experts de Strasbourg,
elle a progressivement adapté sa législation aux
exigences de la Convention européenne des droits de
l'homme, qui est le traité de base du Conseil de l'Europe.
C'est ainsi qu'elle a supprimé de facto l'application
de la peine de mort. Aujourd'hui, les citoyens russes s'estimant
victimes d'une violation des droits garantis par la Convention
peuvent porter plainte auprès de la Cour européenne
des droits de l'homme, et ils le font.
"Aujourdhui, la Tchétchénie nest pas une affaire intérieure à la Russie"
Au-delà de ces acquis considérables, nous entendons
continuer à contribuer au retour de la paix et à
la restauration de la démocratie et de l'Etat de droit
en Tchétchénie, où ont lieu des violations
massives des droits de l'homme. Les libertés fondamentales
garanties par la Convention européenne des droits de l'homme
doivent être pleinement respectées en Tchétchénie
comme partout ailleurs en Europe.
Le Conseil de l'Europe condamne tout recours à des formes
radicales de violence contre des populations civiles, du type
de la prise d'otages du Théâtre de Moscou. Ce type
d'actions est hélas aujourd'hui considéré
comme une arme acceptable ou légitime par de nombreux groupes
de revendication. Ne nous voilons pas la face : des terroristes,
y compris des étrangers, opèrent en République
tchétchène et ils n'ont aucun intérêt
à ce qu'un règlement politique raisonnable intervienne.
Il paraît pourtant dangereux de supposer que personne, parmi
les combattants, ne peut être associé à la
recherche d'une solution. Dans l'immédiat, j'en appelle
aux autorités russes afin qu'elles se conforment au document
sur Les lignes directrices sur les droits de l'homme et la
lutte contre le terrorisme qui a été adopté
par le comité des ministres du Conseil de l'Europe en juillet
2002. Les mesures antiterroristes qui sont prises en réponse
aux agressions du type de la prise d'otages de Moscou doivent
être proportionnées et en tout point conformes à
l'état de droit.
J'en appelle instamment aux forces fédérales
et à leur commandement pour que toutes les opérations
militaires se déroulent en Tchétchénie, comme
je l'espère, dans la plus grande discipline et pour que
tous les ordres soient appliqués, en particulier le décret
n° 80 du général Moltenskoi, qui appelle avec
fermeté au respect des droits fondamentaux de la population
civile en République tchétchène.
La protection des droits fondamentaux de civils innocents est
une obligation qui incombe aux forces d'un Etat. La réponse
à la prise d'otages de Moscou ne se trouve pas dans l'usage
disproportionné de la force militaire, susceptible de pousser
une jeune génération de Tchétchènes
directement dans les rangs des séparatistes et des terroristes,
mais dans la recherche d'une solution négociée.
L'adoption par la Douma russe, quelques jours après
la prise d'otages de Moscou, d'amendements à la loi sur
les médias en vue d'empêcher l'utilisation des médias
pour promouvoir ou justifier le terrorisme constitue un sujet
de préoccupation que nous suivons avec la plus grande attention.
S'il est légitime de prendre des mesures pour protéger
nos démocraties du fléau du terrorisme, il ne saurait
être question que cet argument justifie l'adoption de n'importe
quelle mesure remettant en cause les libertés fondamentales,
et en particulier le droit à la liberté d'expression
et d'information.
Depuis janvier 2001, l'Assemblée parlementaire du Conseil
de l'Europe a formé un groupe de travail mixte avec des
membres de la Douma d'Etat. Ce groupe de travail, qui se réunit
plusieurs fois par an, a permis la création d'un conseil
consultatif composé de Tchétchènes représentant
toutes les composantes de la société engagées
dans la recherche d'une solution pacifique au conflit. J'appelle
tous les Etats membres du Conseil de l'Europe, et pas seulement
la Russie, à soutenir de toute urgence les travaux de ce
conseil consultatif.
Il n'est pas toujours aisé de faire entendre le langage
du droit, surtout dans un contexte de guerre. Le 4 octobre, la
Cour européenne des droits de l'homme, dans le cadre d'une
requête déposée contre la Géorgie et
la Fédération de Russie par dix militants tchétchènes
arrêtés après avoir franchi illégalement
la frontière, a demandé à la Géorgie
de suspendre l'extradition des requérants en attendant
que l'affaire puisse être examinée de manière
plus approfondie.
Cette décision procédurale n'a rien d'exceptionnel;
elle a pourtant provoqué une campagne publique contre la
Cour. Il est de mon devoir de réagir : l'indépendance
et l'autorité de la Cour constituent l'un de nos plus précieux
acquis. C'est pourquoi le Conseil de l'Europe poursuivra dans
la direction qu'il s'est donnée. Le dialogue n'est pas
vain, il n'est pas inutile, et il est au service de tous les citoyens
de la Fédération de Russie, y compris en Tchétchénie.
La Russie est entrée dans un processus de transparence
et de démocratie. Bientôt, la Cour européenne
des droits de l'homme se prononcera sur des plaintes en provenance
de Tchétchénie. En devenant membre du Conseil de
l'Europe, la Russie a accepté de se soumettre à
un certain nombre de règles du jeu. Ce sont ces règles
qui font que, aujourd'hui, la Tchétchénie n'est
pas une affaire intérieure à la Russie, même
si son sort doit être décidé dans le respect
de la souveraineté et de l'intégrité territoriale
de la Fédération de Russie.
Walter Schwimmer est secrétaire général
du Conseil de l'Europe. Strasbourg (F), novembre 2002.
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