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NOVEMBRE 2002 / RUSSIE / LA SITUATION EN TCHETCHENIE
__Tchétchénie : qu'on nous explique !
Un appel de personnalités européennes
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Document Msf, Paris.
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Nous ne désirons pas ajouter aux articles, enquêtes,
éditoriaux et dossiers de la presse française et
internationale, aux rapports des ONG russes et européennes,
des observateurs de l'OSCE, des émissaires du HCR, qui
témoignent tous de l'ampleur des exactions commises par
les troupes russes en Tchétchénie. Et nous ne répéterons pas ici la liste des forfaits perpétrés contre les civils : arrestations arbitraires, détention dans des camps de filtration, viols, tortures, assassinats, enlèvements contre rançon, commerce de cadavres... |
Nous voulons bien penser qu'en l'absence de qualification juridique
il reste difficile de nommer "génocide"
la somme de ces crimes. Qu'on nous dise alors comment qualifier
un processus d'élimination qui met en péril l'ensemble
du peuple tchétchène.
Nous savons que la politique étrangère ne peut
se contenter de grands principes et qu'elle doit poursuivre des
objectifs réalistes. En fait de "pragmatisme",
nous constatons que les appels à la "retenue",
loin d'empêcher l'escalade, tendent à légitimer
la violence du Kremlin.
Nous aimerions saisir quel avantage l'Union européenne
trouve à permettre de telles abominations.
Nous voyons bien l'intérêt de l'Alliance atlantique
dans la construction d'un front mondial contre la menace terroriste.
Alors pourquoi faire silence sur une terreur d'Etat qui risque
de l'attiser ?
La coopération des polices est sans aucun doute nécessaire.
Faut-il pour autant avaler les amalgames de la propagande poutinienne
?
Il faudrait qu'on nous éclaire sur la cohérence
d'une coalition qui condamnerait pêle-mêle lutte anticoloniale
et terrorisme, gouvernement légitime et factions islamistes,
partisans et kamikazes.
Nous aimerions saisir quel avantage l'Union européenne
trouve à permettre de telles abominations.
Nous voulons croire la Russie promise à un bel avenir
démocratique. Qu'on nous explique tout de même
en quoi nous l'encourageons dans cette voie en fermant les yeux
sur la brutalité de M. Poutine, quand il applique à
l'administration le modèle de l'ex-KGB, manipule les groupes
d'intérêt économique, muselle la presse écrite
et audiovisuelle, excite le racisme contre les Caucasiens et les
musulmans, et lorsqu'il montre son mépris pour la vie des
citoyens de la Fédération des spectateurs
du Théâtre de la Doubrovka aux habitants de Grozny.
Nous pensons que nos dirigeants ont la louable ambition de construire
une maison commune avec la Russie. Ils devraient exposer comment
ils entendent y parvenir en laissant Moscou bafouer les conventions
internationales, ridiculiser le Conseil de l'Europe, l'OSCE et
finalement l'Union européenne.
A quoi ressemblera l'espace européen, si les valeurs démocratiques
y subissent les "variantes et interprétations
dérogatives" chères au président
russe ?
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Grozny.
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L'Europe a besoin d'acheter du pétrole et du gaz, de
vendre des Airbus, voire des trains à grande vitesse. Mais
l'opinion publique a le droit de savoir si le silence sur la situation
en Tchétchénie est une condition sine qua non
à la conclusion de ces marchés.
Il est enfin clair que Paris a cherché à se concilier
les bonnes grâces de Moscou dans les négociations
serrées concernant l'Irak au Conseil de sécurité
des Nations unies. Cela suffit-il à justifier le fait que
Jacques Chirac et Dominique de Villepin aient reçu les
ministres russes des affaires étrangères et de la
défense, sans les inviter publiquement à relancer
leurs pourparlers avec le gouvernement élu d'Aslan Maskhadov
?
Nous saluons volontiers les efforts que la diplomatie française
a consentis pour exprimer son inquiétude au début
de cette seconde guerre. Nous approuvons son appel à une
solution politique. Mais comment favoriser celle-ci, quand, au
moindre froncement de sourcils de M. Poutine, l'Europe accepte
d'emprisonner le négociateur tchétchène,
l'acteur Akhmed Zakaev, ministre de la culture signalé
pour ses positions modérées, que la Russie reconnaissait
hier encore comme un interlocuteur crédible ?
En attendant des réponses à ces questions, il
nous importe de contribuer à la recherche de l'issue pacifique
que le Conseil européen affirme souhaiter. C'est pourquoi
nous demandons aux autorités de remettre un visa de libre
circulation à M. Zakaev et ses collègues, que nous
invitons en compagnie de démocrates russes, dans les théâtres,
les cinémas, les bibliothèques, les universités
et autres lieux publics, afin qu'ils puissent exposer la situation
en Tchétchénie et émettre leurs propositions
de paix devant l'opinion, la presse, ainsi que nos élus.
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Cet appel a été signé par 130 personnalités
de tous horizons, parmi lesquelles : Giorgio Agamben, Marianne
Alphant, Agnès B., Etienne Balibar, Yézékiel
Ben-Ari, Ginevra Bompiani, Pierre Boulez, Marcel Bozonnet, Christine
Burgos, Hélène Cixous, Vincenzo Consolo, Sophie
Delizée, Jacques Derrida, Pascal Dusapin, Gérard
Fabbiani, Carlo Ginzburg, Jean-Luc Godard, Romain Goupil, Claude
Lanzmann, Jean-Paul Manganaro, André Markowicz, Ariane
Mnouchkine, Mathilde Monnier, Toni Negri, Bernard Outtier, Elisabeth
Perceval, Olivier Py, Elias Sanbar, Bernard Sobel, Antonio Tabucchi,
Emmanuel Wallon. |
Paris, 25 novembre 2002.
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