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Les droits de l'homme, une des conditions de la paix


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La paix n'est ni une notion facile à comprendre, ni une situation facile à réaliser. Ceux qui se considèrent comme étant, sans problème, ses défenseurs patentés adoptent déjà une attitude polémique à l'égard des autres, de ceux qui ne sont pas dans leur camp, et dont ils font sans hésiter des adversaires de la paix.

La paix est chose difficile, déjà du fait que l'être humain est mortel, qu'il le sait, que tout ce qui compte pour lui et tous ceux qu'il aime sont mortels aussi, et qu'il faut donc parfois lutter pour les défendre. La civilisation voile ces données premières de notre condition, elle ne les abolit jamais.

J. HerschMais la paix est encore chose difficile parce que l'homme est un être qui ne tient pas à vivre n'importe comment ni à n'importe quel prix. Si certaines conditions ne sont pas remplies, il dit: Ce n'est pas une vie , ou : Plutôt mourir. La paix n'est donc pas simple absence de guerre, et l'Acte final d'Helsinki parle avec raison - mais bien sûr sans préciser davantage - de paix véritable. Elle implique à nos yeux que les hommes jouissent alors en paix sans menace immédiate, grâce à une marge de sécurité et de confiance - d'une vie qui est humainement une véritable vie.

Quels sont les critères d'une véritable vie ? Ce n'est pas le bonheur. C'est l'exercice d'une "liberté responsable", qui n'est pas une abstraction morale, mais une impulsion au coeur de l'être de l'homme, l'imminence de ce qu'il a à faire de lui-même en assumant ce qu'il est au milieu des autres. Il est le seul témoin du monde, conscient d'y être situé et de pouvoir y faire acte de présence.

Une véritable paix, c'est une démocratie véritable

Telle est, je pense, la racine vivante des Droits de l'homme, - et elle n'a que bien peu de rapports avec cette liberté dont rêvent certains de nos contemporains, qui consisterait à faire ce qu'on veut quand on veut et comme on veut. Au contraire: c'est une liberté qui tend à rejoindre la nécessité d'une exigence absolue, sans laquelle, justement, la vie n'est plus une vie.

C'est cette racine, ce sens, qui nourrit de sa substance une paix véritable, comme aussi une démocratie véritable. Sans cette racine, vive dans chaque personne humaine, la démocratie, qui s'interdit toute adhésion imposée, par respect pour l'adhésion personnelle, serait vide, et donc fragile. Sans cette racine, la paix ne serait qu'un confort éphémère, que nul n'aurait la force de défendre.

Il est contradictoire de rêver d'une paix qu'on sauvegarderait en sacrifiant l'exigence de cette racine à la peur qu'inspire à tous la menace d'une guerre atomique. L'alternative paix ou liberté est aussi fallacieuse que celle de justice sociale ou liberté politique. il n'y a pas de justice sociale lorsque manquent les droits politiques permettant de lutter pour elle. Il n'y a pas de paix véritable lorsque manque la liberté qui lui donne son prix et qui permet de la défendre. Qui ne lutte plus pour l'une perd l'autre.

L'exigence de liberté est reconnue en principe pour tout homme

A cela s'ajoute une donnée essentielle: on l'a dit souvent, l'exigence de liberté est reconnue en principe pour tout homme, ou elle n'est pas exigence de liberté. Mais à l'inverse, lorsqu'un empire écrase la liberté chez lui, il ne supporte pas le voisinage des hommes libres. C'est que leur seule existence conteste son système, tellement l'exigence de liberté est contagieuse. Un empire où manque la liberté devient fatalement conquérant, non pas nécessairement par impérialisme, mais parce qu'il se trouve contraint d'éloigner sans cesse la source, pour lui intolérable, du besoin contagieux de liberté. Il lui faut soumettre une marche après l'autre, ou construire des murs, jamais assez larges ni assez hauts.

C'est pourquoi notre paix actuelle n'est pas la paix véritable. Celle-ci ne peut être visée aujourd'hui qu'à l'abri de la force, avec ténacité et patience, à travers une extension et une croissance des Droits de l'homme partout où cela est possible, et d'abord chez nous, à l'égard de ceux qui se trouvent chez nous et envers qui nous avons une responsabilité directe. Il faut se souvenir que la pente des besoins naturels suscite toujours de bonnes raisons de violer les Droits de l'homme. Mais chacune de ces bonnes raisons anémie la substance de la démocratie et de la paix. Cette substance, elle tient à ce qui vit en chacun de nous, en chaque leçon donnée à l'école, en chaque article publié, en chaque oeuvre créée, en chaque jeu d'enfant.

Jeanne Hersch. Allocution (de la lauréate) prononcée lors de la remise du Prix Max Petitpierre, Neuchâtel (CH), 24 octobre 1985. Publication de la Fondation pour le Prix Max Petitpierre, 1985.

La Fondation pour le Prix Max Petitpierre a été constituée le 19 décembre 1984. L'art. 3 de ses statuts prévoit : "La fondation a pour but de décerner annuellement le Prix Max Petitpierre à une personne qui, par son activité politique, diplomatique, économique, ses études ou une uvre scientifique, littéraire ou artistique aura apporté une contribution importante au rayonnement de la suisse dans ses relations avec le monde."
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