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2002, LINSTALLATION DE LA COUR PENALE INTERNATIONALE
__Kofi Annan : Je crois quà peu près tout le monde comprend maintenant que certains crimes, sils restent impunis, jettent le doute sur lidée même dune communauté internationale
Prenant la parole devant la Commission préparatoire
de la Cour pénale internationale (CPI), le 19
avril 2002, à New York, Kofi Annan, secrétaire
général des Nations Unies, a déclaré
que les juges du Tribunal militaire international de Nuremberg
sont arrivés, il y a plus d'un demi-siècle, à
la conclusion que "les crimes contre le droit international
sont commis par des êtres humains, et non par quelque entité
abstraite, et que c'est seulement en punissant les individus qui
commettent ces crimes que les obligations du droit international
peuvent être remplies". |
"Mais, a ajouté Kofi Annan, il a fallu attendre
longtemps pour que l'humanité agisse sur ces conclusions
et crée un tribunal pénal international permanent.
LA DECLARATION DE KOFI ANNAN
Il y a plus d'un demi-siècle, les juges du Tribunal militaire
international de Nuremberg ont constaté que "Ce sont
des hommes, et non des entités abstraites, qui commettent
des crimes contre le droit international, et ce n'est qu'en punissant
ceux qui ont commis ces crimes que l'on peut faire respecter les
dispositions du droit international".
Mais il a fallu attendre aujourd'hui pour que l'humanité
en tire les conséquences, et crée, à titre
permanent, une cour pénale internationale.
[Le 11 avril 2002], 10 instruments de ratification du Statut
de Rome ont été déposés en même
temps. Nous avons ainsi dépassé, et largement, le
seuil des 60 ratifications nécessaires pour que le Statut
puisse prendre effet. Ce fut à n'en point douter une journée
historique.
Le Statut ayant maintenant été ratifié
par 66 Etats, il entrera en vigueur, conformément à
son article 126, le 1er juillet 2002.
Ce résultat est le fruit d'efforts déployés avec persistance pendant des dizaines d'années. Nous devons rendre hommage à ceux qui, depuis l'époque de la Société des nations, ont continué à défendre cette idée, alors même qu'elle risquait d'être oubliée sous l'effet de l'indifférence, ou pire encore. Et nous devons aussi saluer ceux qui lui ont redonné vie après 1989, lorsque a commencé à paraître plus réaliste l'idée de relations internationales régies par le droit.
Malheureusement, le multilatéralisme et la coopération internationale, qui avaient connu un si grand élan dans les mois qui ont suivi la fin de la guerre froide, ont faibli quelque peu depuis. Mais avec les crimes épouvantables commis dans l'ex-Yougoslavie et au Rwanda, les années 90 ont été un rappel sinistre de la nécessité d'une justice pénale internationale. Ces atrocités ont poussé le Conseil de sécurité à créer deux tribunaux spéciaux, s'inspirant des exemples de Nuremberg et de Tokyo.
Les pays qui ont un bon système judiciaire n'ont rien à craindre
Ces tribunaux se sont aventurés sans hésitation
dans des espaces du droit pénal international qui n'avaient
encore jamais été explorés. Pourtant, en
raison des limites temporelles et territoriales de leur compétence,
ils n'ont pas pu échapper complètement à
la critique selon laquelle ce n'était pas sans faire preuve
d'une certaine sélectivité qu'on s'attaquait aux
situations où des atrocités avaient été
commises. Aussi de plus en plus de voix se sont-elles élevées,
de par le monde, pour réclamer la création d'une
cour permanente qui ne s'intéresse pas uniquement aux crimes
commis pendant tel ou tel conflit, mais qui ait un effet de dissuasion
tous azimuts.
C'est la société civile qui a été
la première, dans bien des pays, à faire entendre
cette demande. Mais les Etats n'ont pas tardé à
lui emboîter le pas. Ainsi est née une coalition
pour le changement qui a été une des plus efficaces
que le monde ait jamais connue.
Et maintenant, le Statut est sur le point de prendre effet dans
des délais exceptionnellement brefs. C'est une grande
victoire pour la justice et pour l'ordre mondial. Nous prenons
un virage vers l'Etat de droit, tournant le dos à la loi
du plus fort.
La mise en place de la Cour pénale internationale ne retirera
rien à la responsabilité qui incombe aux Etats de
poursuivre et de sanctionner les auteurs de crimes, aussi graves
soient-ils, commis par leurs propres citoyens ou sous leur juridiction,
pas plus qu'elle ne rendra la chose plus difficile pour eux. Comme
je l'ai dit à Rome la semaine dernière, les pays
qui ont un bon système judiciaire, qui respectent l'Etat
de droit et qui traduisent les criminels en justice sans délai
et dans des conditions équitables n'ont rien à craindre.
Ce n'est qu'en cas de défaillance que la Cour interviendra.
La référence internationale en matière de justice
Ainsi, l'existence de la Cour incitera fortement tous les Etats à relever le niveau de leur système judiciaire. Petit à petit, sa pratique et ses procédures deviendront la référence internationale en matière de justice, par rapport à laquelle sera mesuré le niveau atteint par tel ou tel Etat. C'est pourquoi le travail que vous avez accompli au cours de cette session, en élaborant des procédures garantissant que soient nommés et correctement rémunérés des juges, un procureur et un greffier qui agiront en toute indépendance, revêt une importance capitale.
Déjà, certains Etats ont modifié leur constitution, ainsi que leur droit pénal et leurs règles de procédure, pour les rendre conformes aux dispositions du Statut. D'une manière plus générale, la publicité qui a été faite autour des processus de négociation et de ratification a été un encouragement pour la société civile dans bien des pays. Dorénavant, les populations auront davantage tendance à exiger que ceux qui commettent des crimes contre l'humanité ne puissent pas s'abriter derrière l'importance de leur fonction présente ou passée. [
]
Lorsque vous tiendrez votre dixième et dernière
session, en juillet [2002], le Statut sera entré en vigueur
et votre travail revêtira une urgence encore plus grande.
Il faudra qu'à la fin de cette session-là tous les
différents accords subsidiaires soient prêts afin
que la Cour puisse commencer à fonctionner sans heurt.
Une rupture décisive avec une vision cynique du monde
J'espère qu'à ce moment-là tous
les Etats Parties, et à vrai dire, tous les États
qui comptent devenir des Etats Parties, auront versé
leur contribution au fonds d'affectation spéciale qui a
été créé pour financer les dépenses
de la première réunion des Etats Parties. Vous vous
souviendrez que, aux termes de la résolution de l'Assemblée
générale, les Etats Parties sont tenus de défrayer
le Secrétariat à l'avance. En août 2003, quand
l'Assemblée des Etats Parties se réunira pour la
quatrième fois, la Cour pénale internationale devrait
être opérationnelle.
J'espère que d'ici là il y aura bien plus de 66
Etats Parties. J'engage vivement les 73 autres Etats signataires
du Statut de Rome à le ratifier dès que possible.
Car il faudrait qu'à l'avenir, tous les Etats soient
parties au Statut. Comme je l'ai dit à Rome la semaine
dernière, le meilleur rempart contre le mal sera une cour
au sein de laquelle chaque pays joue son rôle.
On prête à Staline l'aphorisme suivant : "Un
seul mort, c'est tragique; un million de morts, c'est une statistique".
Je suis sûr, Monsieur le Président, que ce à
quoi nous assistons maintenant marque une rupture décisive
avec cette vision cynique du monde. Je crois qu'à peu près
tout le monde comprend maintenant que certains crimes, s'ils restent
impunis, jettent le doute sur l'idée même d'une communauté
internationale.
Source : Nations unies, New York, 19 avril 2002. 9e session
de la Commission préparatoire de la Cour pénale
internationale (CPI).
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