
 |
COUR PENALE INTERNATIONALE, OCTOBRE 2006 / PREMIER BILAN
__La Cour commence à remplir son rôle dissuasif face aux violations des droits de l'homme, affirme son président devant l'Assemblée générale des Nations unies
Le président de la Cour pénale internationale
(CPI), Philippe Kirsch, a présenté, le 9
octobre 2006, à New York, devant l'Assemblée
générale des Nations unies, un bilan des activités
de la Cour, dont l'effet dissuasif se fait déjà
sentir là où elle est effectivement en mesure d'enquêter.
"Dans son récent rapport sur la prévention
des conflits armés, le secrétaire général
des Nations unies note que la CPI a d'ores et déjà
un effet de prévention. Nous avons désormais des
informations de diverses sources qui indiquent que la CPI a un
impact important là où elle est active. A mesure
que les procédures avancent, l'effet dissuasif de la CPI
devrait s'accroître" a relevé, Philippe Kirsch,
président de la CPI, lors d'une séance de l'Assemblée
générale consacrée aux activités des
tribunaux internationaux.
Pour l'instant, la CPI mène des enquêtes dans
le nord de l'Ouganda, en République démocratique
du Congo (RDC) et dans la province soudanaise du Darfour.
"Les premiers mandats d'arrêt ont été issus en 2005 pour le Nord de l'Ouganda", a-t-il rappelé,
soulignant que des tests d'ADN avaient confirmé la mort
d'une des cinq personnes recherchées.
"Concernant la République démocratique
du Congo (RDC), en mars 2006 le chef de l'Union des patriotes
congolais (UPC), Thomas Lubanga Dyilo, s'est rendu à
la Cour en application du mandat qui avait été émis
en février. Ce dernier a été transféré
à La Haye", a indiqué Philippe Kirsch.
[ Thomas Lubanga Dyilo, 45 ans, inculpé de crimes de guerre, premier détenu de la CPI, est
accusé d'"enrôlement et conscription d'enfants
de moins de 15 ans, et de les avoir utiliser pour prendre une
part active aux hostilités".
D'après la CPI, Lubanga, qui nie toutes les accusations,
aurait "contrôlé et exécuté un
plan pour enrôler systématiquement des enfants".
Selon les estimations, "plus de 30'000 enfants étaient
associés (à la milice de Lubanga) au plus fort du
conflit", selon elle. Ces enfants avaient moins de 15 ans,
"parfois 10 ans".
"Il s'agit d'un des héritages les plus brutaux
de la guerre, selon Fatou Bensouda, procureur adjointe,
et la CPI "a une occasion sans précédent de
braquer les projecteurs" sur ce dossier.]
L'UPC, un groupe issu de l'ethnie hema créé en
2002 par l'Ouganda puis allié au Rwanda, est accusé
de massacres de civils en Ituri, notamment dans la région
de Bunia entre 2002 et 2003.
Quant à la situation au Darfour, les travaux
de la Cour en sont au stade des audiences préliminaires
avant jugement. "Le procureur de la CPI a indiqué
au Conseil de sécurité que les conditions sur le
terrain rendaient impossible les enquêtes au Darfour",
a dit le président qui a précisé que l'enquête
était menée à partir d'autres pays.

"Le procureur étudie à l'heure actuelle
cinq autres situations qui lui ont été soumises,
dont la République centrafricaine et la Côte
d'Ivoire, pays qui n'est pas partie au Statut de Rome, mais
qui a accepté la compétence de la Cour", a-t-il
fait observer.
"Concernant les aspects opérationnels, la sécurité
sur le terrain demeure une préoccupation permanente",
a souligné le président, précisant que la
Cour agissait dans des circonstances de conflits et d'autres situations
potentiellement explosives.
"Les activités de la Cour doivent être
menées de manière à assurer la sécurité
du personnel, des victimes, des témoins et d'autres personnes
exposées", a-t-il dit, notant que ce problème
avait provoqué des retards dans ces activités, des
missions ayant, par exemple, été annulées
à la dernière minute.
Il a rappelé enfin qu'il incombait au premier chef aux
juridictions nationales de mener des enquêtes sur des crimes
internationaux. Pour maximiser la capacité des États
à mettre fin à l'impunité et à prévenir
d'autres crimes, il convient de renforcer les capacités
nationales, a-t-il estimé.
Source : Nations unies. New York, octobre 2006.
|