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Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie

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LE PROCÈS VU PAR LA PRESSE INTERNATIONALE
__Le plus important procès pour crimes de guerre en Europe depuis Nuremberg

| AGENCE FRANCE PRESSE | ASSOCIATED PRESSE | REUTERS | LE TEMPS |
| LA TRIBUNE DE GENÈVE | LIBÉRATION | LE MONDE |

MilosivicL'ouverture du procès de Slobodan Milosevic, le 12 février 2002, a été largement commentée dans la presse internationale, en particulier dans la presse française et suisse. Si, pour El Pais de Madrid, ce procès constitue une avancée pour la justice internationale, plusieurs commentateurs européens mettent les Occidentaux aux bancs des accusés pour leur attitude trop longtemps "accommodante" envers l'ex-président yougoslave.

"Le procès ne manquera pas de mettre en lumière l'incapacité des Occidentaux à arrêter les tanks de Milosevic en Croatie, à détourner ses fusils pointés sur la population assiégée de Sarajevo et à empêcher les multiples outrages qui ont eu lieu au nez et à la barbe d'une a force de "protection" des Nations unies", écrit The Independant de Londres. "Les audiences révèleront clairement, ajoute la Frankfurter Allgemeine Zeitung, que l'Europe tout autant que les Etats-Unis ont courtisé, à partir de 1991, le premier responsable des guerres, alors que ses machinations en Croatie et en Bosnie-herzégovine étaient connues depuis longtemps. Lors de la signature des accords de Dayton, en 1995, moins de six mois après le massacre de 7'000 musulmans à Srebrenica, Milosevic a été autorisé à serrer les mains de plusieurs personnalités".

Pour presse yougoslave, qui suit le procès avec intérêt, la responsabilité de Milosevic et de l'Etat fédéral yougoslave est au cur du débat. Pour l'hebdomadaire Nin, la thèse de l'accusation, développée par la procureur du Tribunal, Carla del Ponte, ne peut être éludée. Il faut savoir "si les Serbes se sont lancés, il y a dix ans, sous la direction de Slobodan Milosevic, dans le démantèlement de l'ex-Fédération yougoslave pour créer, par la voie du génocide, une Grande Serbie nettoyée de toute population non serbe", écrit le journal qui ajoute : "Milosevic n'a peut-être pas intérêt à ce que tous les faits relatifs aux guerres en Yougoslavie soient éclaircis, mais le pouvoir actuel, qui n'avait aucune responsabilité à l'époque, doit veiller à ce que toute la lumière soit faite".

LES COMMENTAIRES DE LA PRESSE INTERNATIONALE

__Afp , Paris. Le plus important procès pour crimes de guerre en Europe depuis Nuremberg s'ouvre [le 12 février 2002] devant le Tribunal pénal international (TPI) de La Haye, où Slobodan Milosevic va répondre de sa responsabilité dans les trois conflits majeurs qui ont déchiré les Balkans.Haut de page

Celui qui mena d'une main de fer la Serbie puis la Yougoslavie de 1989 à octobre 2000, est le premier chef d'Etat à comparaître devant la justice internationale pour des crimes de guerre commis durant l'exercice de ses fonctions. Milosevic est inculpé de crimes contre l'humanité et crimes de guerre dans les trois conflits qui ont déchiré l'ancienne Yougoslavie dans les années 1990: la Croatie (1991-1995), la Bosnie (1992-1995) et le Kosovo (1998-1999). Pour la guerre de Bosnie, la plus meurtrière avec plus de 200.000 morts, il devra également répondre de génocide. Selon l'accusation, il a poursuivi un seul et même dessein tout au long de cette décennie tragique: créer une "Grande Serbie" qui rassemblerait dans un Etat unique tous les Serbes dispersés à travers l'ex-Yougoslavie.

Si le simple fait que le procès puisse avoir lieu, en présence de l'accusé, constitue déjà une victoire pour le TPI et la justice internationale, la manière dont il sera conduit sera décisive au regard de l'Histoire.

__AP / Anthony Deutsch. ''Que Milosevic soit déclaré coupable ou innocent, le fait d'amener quelqu'un de son niveau devant la justice représente un exploit'', estime William Pace, à la tête de la Coalition pour la CPI. Pour Richard Dicker de l'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch, un procès équitable et ouvert démontrera que la justice internationale peut fonctionner. L'enjeu est donc majeur pour le TPI pour l'ex-Yougoslavie. […]

L'ancien maître de Belgrade estime, lui, que le TPI n'a pas de légitimité. On ignore encore quels éléments et témoins présentera l'accusation, qui dit disposer de dizaines de personnes prêtes à témoigner contre Milosevic, parmi lesquels peut-être Zoran Lilic, président de Yougoslavie de 1993 à 1997, ou encore Rade Markovic, chef de la police secrète. […]

Milosevic devrait profiter de la tribune qui lui est offerte pour dénoncer une nouvelle fois, la responsabilité de l'Occident dans les atrocités commises en Yougoslavie. Mais il a peu de chances d'échapper à une condamnation, d'autres donneurs d'ordres ayant écopé de prison avant lui. 11 février 2002.

__reuters. Slobodan Milosevic promet […] de lutter contre le Tribunal pénal international comme il a livré bataille pour se maintenir au pouvoir pendant les 13 années passées à la tête de la Serbie et de la Yougoslavie : avec la même farouche détermination. […]
Haut de pageSon rôle sur la scène internationale fut ambigu. Les gouvernements occidentaux l'ont considéré avec dédain mais ont aussi longtemps vu en lui un facteur de stabilité potentiel dans les Balkans, lui faisant même jouer un rôle majeur dans les efforts de résolution du conflit bosniaque.
Son "fait d'armes" reste en effet la signature des accords de paix de Dayton qui ont mis fin à la guerre de Bosnie en 1995. Les négociations et la cérémonie lui permirent de frayer avec les principaux chefs d'Etat mondiaux, notamment le président américain Bill Clinton.
Cependant sa répression à l'encontre des Albanais du Kosovo le rendit infréquentable aux yeux de l'Ouest, provoquant la campagne de bombardements de l'Otan en 1999.

___Le Temps / Sylvie Arsever, Genève. Slobodan Milosevic est le premier chef d'Etat à être sommé de rendre compte des conséquences criminelles de son action politique. Cette première a été rendue possible, d'abord, par la mauvaise conscience de la communauté internationale face aux atrocités commises en Bosnie; par le refus, ensuite, d'une poignée de juges fraîchement installés à La Haye de se satisfaire d'un rôle décoratif et par la surdité de deux procureurs, Louise Arbour et Carla Del Ponte, à la raison d'Etat; par l'entêtement, enfin, de l'accusé lui-même, qui aurait sans doute conservé, sans sa fuite en avant au Kosovo, l'impunité acquise à Dayton. 13 février 2002.

___Tribune de Ge / Antoine Maurice, Genève. Le procès de Milosevic […] n'est pas une péripétie. Pour les uns il représente l'heureuse résurgence du droit sur les crimes contre l'humanité, après une longue éclipse pendant laquelle la communauté internationale n'avait pas eu le courage ou la possibilité de l'assumer depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (Tribunal de Nuremberg). Pour d'autres il met un comble à l'arbitraire du monde actuel, mondialisé mais opaque, démagogique mais inique. […]

Le TPI a été créé par les vainqueurs et sur une décision du Conseil de sécurité de l'ONU. Il n'a certes pas l'autorité d'un tribunal permanent ratifié par l'ensemble des Etats comme devrait l'être la future Cour pénale internationale. Tout comme Nuremberg il aborde sans filet juridique de procédure les crimes les plus difficiles à juger, liés à la guerre et au massacre délibéré de populations entières pour ce qu'elles sont. Milosevic a été accusé par l'intrépide procureur du TPI de génocide en Bosnie et au Kosovo.

Cette intrépidité qui rompt avec l'impunité des Etats fait presque aussi peur et autant scandale que les crimes commis eux-mêmes. Pourtant, il ne faut pas s'y tromper, ce qui est odieux, comme disait Picasso devant sa toile intitulée "Guernica" sur la guerre civile d'Espagne, c'est bien ce qui a été commis et non sa représentation. Les survivants vont en effet reconstituer cette histoire devant le TPI. 12 février 2002.Haut de page

___Libération/ Jacques Amalric, Paris. L’'ouverture du procès de Slobodan Milosevic constitue incontestablement un progrès de ce genre humain qui nous en réserve bien peu d'habitude: pour la première fois, un chef d'Etat hier encore en fonction va devoir répondre de ses crimes dans une enceinte judiciaire internationale présentant d'excellentes garanties d'objectivité, de sérénité et de transparence.

Il ne manquera cependant pas d'esprits chagrins pour minorer l'événement en parlant de ”justice de vainqueurs”, donc de justice à deux vitesses. L'argument est spécieux à double titre. D'abord, parce que le Tribunal pénal international a prouvé qu'il était capable de juger et de condamner éventuellement des protagonistes non serbes des guerres de l'ex-Yougoslavie. Ensuite, parce qu'il est pour le moins naïf, sinon malhonnête, d'exiger d'entrée de jeu la perfection de la part d'une justice internationale qui sort à peine des limbes. Mieux vaut plutôt se demander ce qui est préférable entre une absence de justice qui laissait tous les crimes impunis et une volonté de justice qui est en train de faire ses preuves, même si elle ne réussit pas à châtier tous les coupables. 12 février 2002.

___Le Monde, Paris. Le procès de Slobodan Milosevic devant le Tribunal pénal international de La Haye est une date dans la lente émergence d'un ordre mondial gouverné par le droit. Pour la première fois, un ancien chef d'Etat va être jugé par une justice internationale pour des crimes commis contre son peuple. […]

Cette avancée, la plus considérable depuis Nuremberg, est malheureusement ternie par le déni de droit auquel se livrent au même moment les Etats-Unis à l'égard des 457 prisonniers faits en Afghanistan. […] Ils sont emprisonnés en dehors de tout statut; du moins dans un premier temps, puisque, cédant à la pression, le président Bush a finalement dû reconnaître […] un statut de prisonnier, selon les conventions de Genève, à ceux qui sont de nationalité afghane.

Que les Etats-Unis veuillent juger les terroristes d'Al-Qaida devant des tribunaux d'exception s'oppose à l'esprit de La Haye et à sa forme puisque le TPI va, lui, veiller très scrupuleusement aux conditions de la défense de Slobodan Milosevic, justement parce qu'il est le pire des criminels. M. Bush donne là des arguments au dictateur yougoslave, qui nie la légitimité du Tribunal de La Haye et parle de "procès politique". Il estime que le TPI représente non pas le droit mais la "justice des forts", celle des pays de la coalition armée, conduite par les Américains, qui a injustement bombardé son pays. 12 février 2002.Haut de page