LE PROCÈS VU PAR LA PRESSE INTERNATIONALE __Le plus important procès pour crimes de guerre en Europe depuis Nuremberg | AGENCE FRANCE PRESSE | ASSOCIATED PRESSE | REUTERS | LE TEMPS |
"Le procès ne manquera pas de mettre en lumière l'incapacité des Occidentaux à arrêter les tanks de Milosevic en Croatie, à détourner ses fusils pointés sur la population assiégée de Sarajevo et à empêcher les multiples outrages qui ont eu lieu au nez et à la barbe d'une a force de "protection" des Nations unies", écrit The Independant de Londres. "Les audiences révèleront clairement, ajoute la Frankfurter Allgemeine Zeitung, que l'Europe tout autant que les Etats-Unis ont courtisé, à partir de 1991, le premier responsable des guerres, alors que ses machinations en Croatie et en Bosnie-herzégovine étaient connues depuis longtemps. Lors de la signature des accords de Dayton, en 1995, moins de six mois après le massacre de 7'000 musulmans à Srebrenica, Milosevic a été autorisé à serrer les mains de plusieurs personnalités". Pour presse yougoslave, qui suit le procès avec intérêt, la responsabilité de Milosevic et de l'Etat fédéral yougoslave est au cur du débat. Pour l'hebdomadaire Nin, la thèse de l'accusation, développée par la procureur du Tribunal, Carla del Ponte, ne peut être éludée. Il faut savoir "si les Serbes se sont lancés, il y a dix ans, sous la direction de Slobodan Milosevic, dans le démantèlement de l'ex-Fédération yougoslave pour créer, par la voie du génocide, une Grande Serbie nettoyée de toute population non serbe", écrit le journal qui ajoute : "Milosevic n'a peut-être pas intérêt à ce que tous les faits relatifs aux guerres en Yougoslavie soient éclaircis, mais le pouvoir actuel, qui n'avait aucune responsabilité à l'époque, doit veiller à ce que toute la lumière soit faite". LES COMMENTAIRES DE LA PRESSE INTERNATIONALE__ Celui qui mena d'une main de fer la Serbie puis la Yougoslavie de 1989 à octobre 2000, est le premier chef d'Etat à comparaître devant la justice internationale pour des crimes de guerre commis durant l'exercice de ses fonctions. Milosevic est inculpé de crimes contre l'humanité et crimes de guerre dans les trois conflits qui ont déchiré l'ancienne Yougoslavie dans les années 1990: la Croatie (1991-1995), la Bosnie (1992-1995) et le Kosovo (1998-1999). Pour la guerre de Bosnie, la plus meurtrière avec plus de 200.000 morts, il devra également répondre de génocide. Selon l'accusation, il a poursuivi un seul et même dessein tout au long de cette décennie tragique: créer une "Grande Serbie" qui rassemblerait dans un Etat unique tous les Serbes dispersés à travers l'ex-Yougoslavie. Si le simple fait que le procès puisse avoir lieu, en présence de l'accusé, constitue déjà une victoire pour le TPI et la justice internationale, la manière dont il sera conduit sera décisive au regard de l'Histoire. __ L'ancien maître de Belgrade estime, lui, que le TPI n'a pas de légitimité. On ignore encore quels éléments et témoins présentera l'accusation, qui dit disposer de dizaines de personnes prêtes à témoigner contre Milosevic, parmi lesquels peut-être Zoran Lilic, président de Yougoslavie de 1993 à 1997, ou encore Rade Markovic, chef de la police secrète. [ ] Milosevic devrait profiter de la tribune qui lui est offerte pour dénoncer une nouvelle fois, la responsabilité de l'Occident dans les atrocités commises en Yougoslavie. Mais il a peu de chances d'échapper à une condamnation, d'autres donneurs d'ordres ayant écopé de prison avant lui. 11 février 2002. __ ___ ___ Le TPI a été créé par les vainqueurs et sur une décision du Conseil de sécurité de l'ONU. Il n'a certes pas l'autorité d'un tribunal permanent ratifié par l'ensemble des Etats comme devrait l'être la future Cour pénale internationale. Tout comme Nuremberg il aborde sans filet juridique de procédure les crimes les plus difficiles à juger, liés à la guerre et au massacre délibéré de populations entières pour ce qu'elles sont. Milosevic a été accusé par l'intrépide procureur du TPI de génocide en Bosnie et au Kosovo. Cette intrépidité qui rompt avec l'impunité des Etats fait presque aussi peur et autant scandale que les crimes commis eux-mêmes. Pourtant, il ne faut pas s'y tromper, ce qui est odieux, comme disait Picasso devant sa toile intitulée "Guernica" sur la guerre civile d'Espagne, c'est bien ce qui a été commis et non sa représentation. Les survivants vont en effet reconstituer cette histoire devant le TPI. 12 février 2002. ___ Il ne manquera cependant pas d'esprits chagrins pour minorer l'événement en parlant de justice de vainqueurs, donc de justice à deux vitesses. L'argument est spécieux à double titre. D'abord, parce que le Tribunal pénal international a prouvé qu'il était capable de juger et de condamner éventuellement des protagonistes non serbes des guerres de l'ex-Yougoslavie. Ensuite, parce qu'il est pour le moins naïf, sinon malhonnête, d'exiger d'entrée de jeu la perfection de la part d'une justice internationale qui sort à peine des limbes. Mieux vaut plutôt se demander ce qui est préférable entre une absence de justice qui laissait tous les crimes impunis et une volonté de justice qui est en train de faire ses preuves, même si elle ne réussit pas à châtier tous les coupables. 12 février 2002. ___ Cette avancée, la plus considérable depuis Nuremberg, est malheureusement ternie par le déni de droit auquel se livrent au même moment les Etats-Unis à l'égard des 457 prisonniers faits en Afghanistan. [ ] Ils sont emprisonnés en dehors de tout statut; du moins dans un premier temps, puisque, cédant à la pression, le président Bush a finalement dû reconnaître [ ] un statut de prisonnier, selon les conventions de Genève, à ceux qui sont de nationalité afghane. Que les Etats-Unis veuillent juger les terroristes d'Al-Qaida devant des tribunaux d'exception s'oppose à l'esprit de La Haye et à sa forme puisque le TPI va, lui, veiller très scrupuleusement aux conditions de la défense de Slobodan Milosevic, justement parce qu'il est le pire des criminels. M. Bush donne là des arguments au dictateur yougoslave, qui nie la légitimité du Tribunal de La Haye et parle de "procès politique". Il estime que le TPI représente non pas le droit mais la "justice des forts", celle des pays de la coalition armée, conduite par les Américains, qui a injustement bombardé son pays. 12 février 2002. |