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LIVRE 2005 / LES TEXTES DES RESPONSABLES DU RESEAU TERRORISTE
__"Al-Qaida dans le texte" : au coeur de la logique du djihad


Extrait
Gilles Kepel : Ce que dit vraiment Al-Qaida

Al-Qaida dans le textePrésenté par l'un des meilleurs spécialistes français du monde musulman, le professeur de sciences politiques Gilles Kepel, "Al-Qaida dans le texte" offre pour la première au lecteur francophone un choix de textes commentés des quatre plus importantes figures de l'islamisme djihadiste contemporain : Ben Laden, Azzam, Al-Zawahiri et Al-Zarqawi.

Pour comprendre la logique terroriste du réseau Al-Qaïda et de ceux qui s'en réclament, une équipe de chercheurs a traduit et commenté, pour la première fois, des textes fondamentaux appelant au djihad international. Sélectionnant extraits de discours, lettres, ou livres disponibles sur internet, ils présentent, en page de droite, la traduction assurée par Jean-Pierre Milelli, agrégé d'arabe, et en page de gauche des notes explicatives.

Gilles Kepel

Photo Gallimard, Paris.

"Ce sont des textes que ces chercheurs fréquentaient depuis des années", explique Gilles Kepel. "Il nous a semblé utile de les rassembler, les traduire et les commenter parce que dans l'analyse du phénomène Al-Qaida, on est trop tributaire de ce qui en est le spectacle, c'est-à-dire les attentats et leurs répercussions télévisées, et on n'a pas accès à l'idéologie sous-jacente".

"Le public est désemparé face à la répétition d'actions terroristes dont la logique parait incompréhensible. Or cette logique existe. Ce n'est qu'en entrant dedans qu'on arrive à comprendre le fonctionnement de cette nébuleuse".

Chaque partie s'ouvre sur la biographie de "l'auteur". Le "savant religieux palestinien" Abdallah Azzam, "l'imam du djihad" mort assassiné en 1989, est ainsi décrit comme occupant "une place centrale dans l'histoire de l'islamisme radical en tant que principal théoricien, figure inspiratrice et organisateur de la participation arabe à la guerre d'Afghanistan dans les années 80".

C'est dans un texte fondamental, "La défense des territoires musulmans", "qu'il argue que le djihad afghan est une obligation individuelle pour les musulmans du monde entier", assure le chercheur Thomas Hegghammer.

Dans "moeurs et jurisprudence du jihad", Azzam écrit que "le moine peut être tué selon qu'il vit parmi les gens ou non : s'il vit parmi les gens, on peut le tuer; s'il demeure isolé pour ses dévotions, on ne le tue pas".

En note, Thomas Hegghammer commente : "c'est ce qui amena certains islamistes radicaux à justifier le meurtre de sept moines catholiques du monastère de Tibehirine en Algérie en 1996".

D'Oussama ben Laden, le chercheur Omar Saghi présente des extraits de "La tanière des compagnons", qui relate les débuts de son expérience en Afghanistan, et des passages de ses fameuses fatwas, ainsi que d'interviews données à la chaîne américaine CNN et à Al Jazira.

Dans un "Message au peuple américain", publié en 2000, le chef d'Al-Qaida assure que "c'est en regardant ces tours détruites au Liban" [les tours Murr et Holiday Inn à Beyrouth] que l'idée m'est venue de rendre la monnaie de sa pièce au bourreau et de détruire les tours de l'Amérique".

De l'égyptien Ayman al-Zawahiri, "idéologue en chef et cerveau", l'ouvrage présente des extraits de "Cavaliers sous la bannière du prophète", célèbre manifeste publié à partir de décembre 2001 sous forme de feuilleton. "On peut toujours suivre un Américain ou un Juif dans la rue puis le tuer d'un coup de revolver ou de couteau […] ou bien d'un coup de barre de fer", écrit-il.

"Ce corpus écrit représente", estime Gilles Kepel, "l'élément le plus tangible de l'identité du phénomène […] Il permet à ses lecteurs de pénétrer à l'intérieur d'un mode de pensée, au plus profond d'une vision du monde".

Al Qaida dans le texte. Ecrits d'Oussama ben Laden, Abdallah Azzam, Ayman al-Zawahiri et Abou Moussab al-Zarqawi. Sous la direction de Gilles Kepel et Jean-Pierre Milelli. Presses universitaires de France (PUF), collection Proche-Orient, Paris, septembre 2005.
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