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"Pour un monde sans mines"



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NATIONS UNIES, AVRIL 2006 / JOURNEE INTERNATIONALE CONTRE LES MINES
__Kofi Annan appelle à l'interdiction universelle des mines antipersonnel et invite les Etats à ratifier la convention de 1997 et son nouveau protocole

Les Nations unies ont célébré, le 4 avril 2006, la première Journée internationale pour la sensibilisation aux mines et l'assistance à la lutte antimines, qui sera organisée désormais chaque 4 avril. Chaque année, les mines tuent quelque 20'000 personnes dans le monde, dont 3 à 4'000 enfants.

Kofi Annan "Des décennies après la fin de conflits, ces assassins invisibles continuent de mutiler et de tuer. A travers les mines, les guerres du XXème siècle continuent de faire de nouvelles victimes au XXIème siècle", souligne Kofi Annan dans un message publié à l'occasion de cette Journée internationale.

Entré en vigueur en 1999, le Traité d'interdiction des mines anti-personnel a été ratifié par 150 pays. "Ce traité a déjà produit des résultats tangibles", relève le secrétaire général des Nations unies. "Les gouvernements, donateurs, organisations non gouvernementales (ONG) et les Nations unies collaborent dans plus de 30 pays. La production et la pose des mines sont toutes les deux en régression. Le commerce international des mines a quasiment disparu. Les stocks ont été détruits".

"L'objectif d'un monde sans mine peut être atteint en quelques années - et non pas décennies comme on le pensait auparavant", prévoit Kofi Annan. Mais pour que cette bonne nouvelle se concrétise, il appelle "tous les gouvernements à ratifier le traité, ainsi que le nouveau protocole V, sur les débris explosifs provenant des guerres" et "demande aux donateurs de réitérer leurs engagements".

Le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef), une des organisations des Nations unies engagées dans la lutte contre les mines, note, dans un communiqué publié à New York, que les efforts pour parvenir à l'éradication totale doivent notamment porter sur l'éducation.

"Dans la trentaine de pays infestés, nos programmes informent les communautés sur les risques que peut présenter le simple fait de marcher dans certaines zones", explique Paula Clayombe, une des spécialistes de la question à l'Unicef. Au Sri Lanka, par exemple, l'agence des Nations unies apprend aux enfants à vivre au milieu de cette menace et à réagir en présence d'une mine.

Mais la lutte contre les mines passe aussi par un déminage exhaustif. "Après avoir été tellement efficaces dans la pose des mines, nous devons maintenant devenir encore meilleurs dans le déminage, remarque Kofi Annan. Chaque mine enlevée signifie une vie sauvée. Chaque mine enlevée nous rapproche un peu plus d'une paix durable et productive".

 Le déminage en Irak 

Sur le terrain, cette question du déminage a un sens tout particulier en Irak. "Des décennies de guerres et de conflits ont laissé l'Irak contaminé par les mines et les restes explosifs de guerre (REG)", souligne la Mission des Nations unies en Irak (UNAMI).

Un recensement en cours a d'ores et déjà identifié plus de 4'000 zones à risque dangereuses ou suspectes à travers le pays. "Outre le risque de mort ou de mutilation, la contamination de larges zones pèse également sur la mise en œuvre de l'assistance, de la réhabilitation et de la reconstruction", déclare Staffan de Mistura, représentant sur place du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), qui apporte son soutien au gouvernement iraquien dans la mise en place d'un programme de déminage de 8,4 millions de dollars, financé par l'Italie et l'Union européenne. Récemment, 9,5 millions de mètres carrés ont été nettoyés de plus de 25'000 munitions, permettant l'utilisation agricole de ces terres.Haut de page

Dans le sud Soudan, où un accord de paix a mis fin l'an dernier à 21 ans de guerre civile, les mines constituent un obstacle majeur au retour des réfugiés. "La lutte contre les mines est une des clés de notre programme de retour des réfugiés au sud Soudan", explique Harry Leefe, responsable de l'action antimines au Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR). Les amputations suite à l'explosion de mines sont très fréquentes, notamment chez les enfants.

Le HCR tente de sensibiliser les futurs rapatriés dans leurs camps, en Ethiopie, au Kenya, en République démocratique du Congo (RDC), en République centrafricaine et en Ouganda. "Mais un des problèmes, souligne le HCR, est que le déminage prend très longtemps". Il est d'autant plus aléatoire que le conflit au sud Soudan a été disséminé sur un grand territoire, sans "ligne de front" précise. Il a fallu, en 2005, à l'ONG Norvegian's People Aid, qui opère au sud Soudan, plus de six mois pour nettoyer 120'000 mètres carrés et trouver 8 mines.

LE MESSAGE DE KOFI ANNAN

Le secrétaire général des Nations unies estime réalisable l'objectif d'un monde débarrassé des mines en quelques années avec l'aide des donateurs, du grand public et des pays touchés

PhotoMessage du secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, à l'occasion de la Journée internationale pour la sensibilisation aux mines et l'assistance à la lutte antimines, le 4 avril 2006.

Instruments de guerre, les mines terrestres frappent avec cruauté. Des dizaines d'années après un conflit, dissimulées dans la terre, ces armes meurtrières demeurent prêtes à tuer et à mutiler. A cause d'elles, des conflits du XXe siècle continuent de faire, nuit et jour, de nouvelles victimes au XXIe siècle.

Une seule mine - ou ne serait-ce que la crainte de tomber sur une mine - peut tenir toute une communauté en otage. Elle peut empêcher des agriculteurs de travailler leurs champs, des réfugiés de rentrer chez eux; même des enfants de jouer. Elle compromet la livraison de secours humanitaires et nuit au déploiement d'agents de maintien de la paix. A la fin d'un conflit, la présence de mines demeure l'un des principaux obstacles à la reconstruction et au renouveau de la société.Haut de page

Pourtant cette calamité du siècle dernier pourrait disparaître à la faveur de l'un des tout premiers résultats positifs à mettre au compte du siècle présent. L'entrée en vigueur rapide de la Convention de 1997 sur l'interdiction des mines antipersonnel et sur leur destruction est le fruit de la condamnation morale que suscitent ces armes partout dans le monde. Cet instrument, auquel 150 Etats sont parties, donne d'ores et déjà des résultats tangibles. Les gouvernements, les donateurs, les organisations non gouvernementales et l'Organisation des Nations unies se sont ligués comme jamais auparavant pour s'attaquer au problème dans plus d'une trentaine de pays. Tant la production que la pose de mines ont reculé. Le commerce mondial de mines est pratiquement au point mort. Les stocks ont été détruits. Les opérations de déminage se sont accélérées. La sensibilisation aux risques posés par les mines s'est répandue.

Le message, sans ambiguïté, doit être entendu: les mines terrestres n'ont pas leur place dans une société civilisée.

Il semble que l'on puisse atteindre l'objectif d'un monde débarrassé des mines et des restes explosifs de guerre en quelques années et non plus dans quelques décennies comme on le croyait auparavant. Mais pour que cet idéal se réalise, il faut que nous tous -donateurs, grand public et pays infectés par les mines- nous concentrions avec énergie et imagination sur la cause du déminage. Après avoir posé des mines avec tant de savoir-faire, nous devons maintenant faire preuve de plus d'efficacité encore dans le déminage. Chaque mine récupérée peut se traduire par une vie sauvée. Chaque mine déterrée nous permet de progresser dans l'instauration des conditions d'une paix durable et productive.

En cette Journée internationale pour la sensibilisation aux mines et l'assistance à la lutte antimines, j'invite les gouvernements à ratifier le traité interdisant les mines antipersonnel, ainsi que le nouveau Protocole V - relatif aux restes explosifs de guerre - à la Convention sur l'interdiction ou la limitation de l'emploi de certaines armes classiques. Je demande aux donateurs de renouveler leurs engagements financiers. J'exhorte la communauté internationale à s'attaquer à l'impact des munitions en grappe sur la société et le développement et j'attends des pays touchés qu'ils assurent la réadaptation et la réinsertion des victimes qui ont survécu aux explosions et revoient à la hausse les ressources consacrées à la lutte antimines. Il est de notre plus haut devoir moral à tous de combattre le fléau des mines terrestres.

Source : Nations unies, New York, avril 2006.
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