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21 MAI AU 7 JUIN 2002, GENEVE, 30e SESSION
__Les ONG : des lacunes dans la mise en uvre en suisse de la Convention des droits de l'enfant
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La mise en uvre de la Convention relative aux droits de l'enfant en Suisse "présente des lacunes", surtout dans l'application des dispositions juridiques du texte des Nations unies. C'est la conclusion que tirent 46 organisations non gouvernementales (ONG) dans le rapport qu'elles ont établi en complément au Rapport officiel du gouvernement suisse qui a été présenté le 29 mai 2002, à Genève, au Comité des droits de l'enfant.
La critique concerne principalement l'absence d'interdiction des châtiments corporels, l'appui insuffisant apporté aux familles pauvres, le manque d'intégration et de soutien des enfants étrangers et des requérants d'asile mineurs ainsi que les possibilités de participation restreintes des enfants. Ce constat, avancent les ONG suisses, requiert "un engagement accru de la part de la Confédération, des cantons et des communes".
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En comparaison internationale, les "enfants vont bien"
en Suisse. Mais les réserves avec lesquelles la Convention
a été adoptée en 1997 par la Suisse posent
toujours problème et doivent être levées,
rappelle Eslbeth Müller, directrice du comité
suisse de l'Unicef.
La réserve concernant le maintien de l'autorité
parentale doit en particulier être supprimée. Elle
est purement politique et avait été arrêtée
par le Parlement qui craignait que la disposition ne sape l'autorité
des parents, a précisé Mme Müller.
Il faut interdire explicitement la violence familiale car la
majorité des enfants font l'expérience de la violence
en Suisse, indique pour sa part Franz Ziegler, directeur
de l'Association suisse pour la protection de l'enfant. Dans les
onze pays européens qui ont interdit les châtiments
corporels, la violence a diminué, rappelle-t-il.
"La politique familiale reste le parent pauvre de la politique
sociale en Suisse, il n'y a toujours pas de programme national",
constate enfin la secrétaire générale de
Pro Familia Lucrezia Meier-Schatz. Comme l'aide aux familles
pauvres, "l'intégration et le soutien des enfants
étrangers sont lacunaires".
LE RAPPORT DES ORGANISATIONS NON GOUVERNEMENTALES SUISSES
Retrait des réserves
En 1997, la Suisse a ratifié la Convention des
droits de l'enfant en formulant des réserves. Celles-ci
concernent les articles suivants de la Convention : l'autorité
parentale (art. 5), l'acquisition de la nationalité suisse
(art. 7), le regroupement familial (art. 10), la séparation
des mineurs et des adultes détenus (art. 37) et l'indépendance
des autorités judiciaires et de l'assistance juridique
dans la procédure pénale (art. 40).
Les organisations souhaitent le retrait de toutes les
réserves. La réserve concernant l'art. 5 en
particulier doit être supprimée, car elle n'a pas
été émise en raison d'une incompatibilité
de la Convention des droits de l'enfants et de la législation
suisse, mais plutôt pour des motifs d'ordre politique. Initialement,
le gouvernement n'avait pas l'intention de formuler de réserve
concernant cet article. Au Parlement, les tendances qui s'opposaient
par principe à ce que la Suisse adhère à
la Convention s'appuyaient surtout sur l'art. 5, car il sapait,
prétendait-on, l'autorité des parents. La réserve
a été décidée pour apaiser l'opposition.
Dans sa réponse à une motion parlementaire en mars
2000, le Conseil fédéral a relevé expressément:
"Il est majoritairement admis qu'en raison de sa justification
avant tout politique et non pas juridique, cette réserve
doit être considérée comme non-authentique."
Châtiments corporels pas encore interdits
Les organisations critiquent également dans leur rapport
complémentaire le fait qu'il n'existe encore aucune
loi en Suisse pour interdire les châtiments corporels et
les autres formes de traitements dégradants envers les
enfants. En 1996, une motion a été déposée
par la Commission juridique du Conseil national (96.3176
"Interdiction légale des châtiments corporels
et des traitements dégradants envers les enfants");
aucun signe n'indique toutefois pour le moment la volonté
de créer une telle loi. En vertu de la Convention, les
Etats signataires doivent cependant prendre toutes les mesures
appropriées pour améliorer la protection des enfants
contre la violence. La passivité de la Suisse en ce qui
concerne l'interdiction des châtiments corporels est donc
en contradiction.
L'enfant comme risque de pauvreté
En Suisse, des familles de plus en plus nombreuses sont poussées
au bord de minimum existentiel en raison de l'insuffisance des
prestations complémentaires. Une enfant devient ainsi un
risque de pauvreté pour les familles. 7-12 % de tous les
mineurs - un nombre qui pourrait atteindre 190'000 - sont touchés
par le manque de moyens financiers de leurs parents. Le fait que
l'attribution des allocations pour enfants est liée à
l'activité professionnelle des parents constitue un facteur
aggravant. Ceci comporte un désavantage avant tout pour
les personnes qui élèvent, seules, leurs enfants
et n'ont aucun revenu. Les enfants de familles monoparentales
qui reçoivent des contributions de soutien insuffisantes
ou n'en reçoivent pas ne sont pas convenablement protégés.
Le manque de crèches et de garderies constitue en
outre un fardeau supplémentaire pour les familles qui ont
absolument besoin d'un double revenu.
Manque de soutien aux enfants étrangers et aux
requérants d'asile mineurs
Le rapport des organisations critique également le
manque d'intégration des enfants étrangers,
ce qui se traduit entre autres par le fait qu'ils sont en surnombre
dans les classes spéciales. Les besoins particuliers des
requérants d'asile mineurs sont également trop peu
pris en compte en Suisse. Ainsi, il est courant dans de nombreux
cantons suisses de ne pas ordonner de mesures tutélaires
pour les requérants d'asile mineurs non accompagnés.
La question de la scolarisation est elle aussi réglée
de manière insatisfaisante dans la pratique, puisque les
délais d'attente d'un requérant d'asile mineur jusqu'à
sa scolarisation peuvent atteindre une année.
Participation des enfants
Les organisations se montrent critiques face au fait que les
enfants n'ont que des possibilités limitées de défendre
leurs intérêts. Des formes de participation existent
bel et bien, mais elles n'ont d'effet que si les adultes s'impliquent
dans le processus et veillent à ce que la participation
ne reste pas uniquement ponctuelle. Les nombreux parlements d'enfants
ont peu d'influence pour intervenir dans les mécanismes
de décision des adultes.
La mise en uvre de la Convention par la Confédération
Les organisations constatent en outre que l'application de
la Convention des droits de l'enfant manque de cohérence
dans différents domaines, en raison des structures fédératives
de la Suisse - souvent au détriment des enfants. La Confédération
a certes signé le traité de droit international,
mais elle n'a pas la compétence d'ordonner. L'application
appartient aux cantons dans de nombreux domaines, comme, par exemple,
celui de l'école et de la santé. Ceci a pour
conséquence que la Suisse compte 26 systèmes scolaires
différents. Pour les enfants, cette situation pose
problème lorsque leur famille doit aller s'établir
dans un autre canton pour des raisons professionnelles ou autres.
Il arrive ainsi que la mère et les enfants restent dans
l'ancien canton alors que le père réside en semaine
dans le canton où il a trouvé un nouvel emploi.
Les organisations demandent donc à la Confédération d'observer et de coordonner plus étroitement l'application de la Convention des droits de l'enfant, notamment en soutenant davantage les communes au plan de la mise en uvre de la convention.
Des données lacunaires et peu systématiques
Dans l'ensemble, l'état des données concernant
la situation des enfants et des adolescents en Suisse s'avère
lacunaire et peu systématique. De ce fait, il n'est
guère possible d'établir dans quelle mesure de véritables
progrès ont été accomplis en Suisse en faveur
des enfants. Les déficits d'information concernent, entre
autres, le domaine de la santé, l'alimentation et le niveau
de vie des enfants. Ceci est dû notamment au fait que les
données existantes n'ont pas fait l'objet d'une analyse.
Une autre difficulté réside dans le fait que les
études réalisées au plan local, cantonal
ou régional ne peuvent être comparées que
dans certaines limites car elles reposent souvent sur des approches
méthodologiques et analytiques différentes.
Importance de la Convention des droits de l'enfant
La Convention des droits de l'enfant est, dans le domaine
des droits de l'homme, le premier traité international
contraignant qui concerne spécialement l'enfant. La CDE
est unique en son genre, car c'est la première fois qu'un
traité dans le domaine des droits de l'homme comprend aussi
bien des droits civils et politiques que des droits économiques,
sociaux et culturels. La Convention des droits de l'enfant qui
a été adoptée le 20 novembre 1989 par l'Assemblée
générale des Nations unies est aujourd'hui le traité
des droits de l'homme le plus ratifié. La Suisse l'a
ratifiée en 1997 - elle était le dernier pays
européen à le faire.
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Les organisations non gouvernementales signataires du rapport:
Aids-Hilfe Schweiz; Amnesty International, ScAide et conseil aux
victimes d'infractions; Aide Suisse conte le SIDA (ASS); Amnesty
International, Section Suisse ; Association suisse de parents
adoptifs; Association suisse de psychologie de l'enfance et de
l'adolescence (ASPEA); Association des pères divorcés;
Associations faîtière des enseignantes et des enseignants
suisse; Association internationale pour la défense de la
liberté religieuse; Association Paidos; Association suisse
en faveur des infirmes moteur cérébral (ASIMC);
Association suisse l'enfant et l'hôpital; Association suisse
pour la protection de l'enfant; Association suisse pour la protection
de l'enfant, Tessin; Association suisse pour les droits de la
femme; Association Suisse pour les Droits de la personne; Association
suisse pour les enfants en placement; ATD Quart Monde; Comité
suisse pour l'UNICEF; Conférence des associations de parents
de handicapés (CAPH); Conférence suisse des institutions
d'action sociale (CSIAS); Conseil suisse de la paix; CO-OPERAID;
Coordination Suisse "Droit de l'enfant"; Ecole et famille
Suisse; ECPAT - Association contre l'exploitation sexuelle des
enfants à des fins commerciales; Enfants du monde; Fédération
Internationale des Communautés Educatives (FICE Suisse);
Fédération Suisse des familles monoparentales; Fédération
suisse des parents d'aveugles et de malvoyants; Fédération
suisse des parents d'aveugles et de malvoyants, Zurich; Fédération
suisse pour la formation des parents; Fondation Village d'enfants
Pestalozzi; Groupe de travail Tourisme et Développement;
Kovive; Kraftpunkt; La main tendue; Lobby Enfants Suisse; Mouvement
Scout de Suisse (MSdS); Oeuvre suisse d'entraide ouvrière
(OSEO); Organisation Suisse d'aide aux réfugiés
(OSAR); Pro Familia Suisse; pro juventute; Radix- Promotion de
la Santé; terre des hommes Suisse; Syndicat suisse de services
publics (SSP); World Vision Suisse.
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Source : Unicef, Suisse, 23 mai 2002.
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