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NATIONS UNIES / DROITS ECONOMIQUES, SOCIAUX ET CULTURELS
__Vers la "justiciabilité" de ces droits
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On désigne par ce terme l'ensemble des droits de l'homme
reconnus dans le Pacte des droits économiques sociaux
et culturels. Ce Pacte fut adopté en 1966 par
l'Assemblée Générale des Nations unies en
même temps que le Pacte des droits civils et politiques.
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La division des droits de l'homme en deux instruments reflète les tensions politiques qui sont à l'origine de la codification des droits de l'homme. Pendant la guerre froide, deux visions politiques se sont affrontées : d'une part, celle des démocraties libérales de type occidental, d'autre part, celle des pays socialistes. Pour les pays socialistes, la démocratie ne pouvait exister que comme superstructure d'une réalité économique et sociale juste. Pour les occidentaux la liberté de pensée et ses corollaires : parole, association, manifestation, était le présupposé de tout Etat de droit et donc de toute justice.
Cette opposition a amené à l'adoption de deux
Pactes séparés, et marqués par les
préférences idéologiques des deux groupes.
Néanmoins, l'adoption simultanée des deux textes,
ainsi que l'inclusion de certains droits dans les deux Pactes,
vise à montrer l'indivisibilité des droits qui n'a
toutefois été réaffirmée de manière
solennelle qu'après la chute du mur de Berlin, lors de
la Conférence mondiale sur les droits de l'homme
de Vienne en 1993.
Droits civils et politiques (dcp) et droits économiques,
sociaux et culturels (desc) paraissent avoir une différence
notable. Alors que les premiers demandent une abstention des pouvoirs
publics : liberté d'expression par exemple, les seconds
ne peuvent pas être garantis sans l'action de l'Etat. Il
est, en effet, difficile de garantir le droit à l'éducation
par exemple sans la création d'écoles par les autorités
publiques. De même, sans un système de santé
publique, il est impossible de garantir le droit à la santé.
Sur la base de cette différence, on a opposé
les droits-libertés - les droits civils et politiques
- aux droits-créances - droit économiques,
sociaux et culturels - dont l'Etat est le principal, sinon l'unique
débiteur. Cette distinction a donné lieu, comme
il a été dit, a une profonde division entre les
droits, qui n'a pu être comblée du point de vue théorique
qu'en 1993. En réalité, cette distinction n'est
pas pertinente pour étudier les droits de l'homme, car
tous les droits - les desc comme les dcp - demandent
à la fois une action positive et négative de l'Etat.
Cependant, tant au niveau de la doctrine juridique que de l'action
politique, nombreux sont ceux encore aujourd'hui qui
ne reconnaissent pas aux desc le statut de droits de la
personne à part entière. Selon cette opinion, les
desc sont des droits programmatiques qui représentent
un idéal, mais qui ne peuvent être exigés
devant les tribunaux. Cette position est paradoxale, surtout dans
les pays occidentaux qui garantissent dans leur législation
nationale l'ensemble de ces droits.
Quoi qu'il en soit, ces droits se trouvent au niveau international
dans une situation claire de sous-développement. La meilleure
preuve de cet état de fait est la précarité
du statut du Comité des droits économiques sociaux
et culturels, unique Comité parmi les organes des traités
non prévu par le traité lui-même.
A la suite de la Conférence de Vienne, ces droits
ont connu un développement assez important tendant à
les rendre justiciables. Le Comité des droits économiques
et sociaux et la Commission des droits de l'homme ont entrepris
des actions visant à délimiter plus clairement le
contenu de ces droits - jugés non-justiciables ainsi
que les obligations des Etats. Plusieurs organisations non gouvernementales
(ONG), comme l'Association Américaine de Juristes,
le COHRE, la Commission internationale des juristes
(CIJ), FIAN, OIDEL ou World University Service,
ont contribué activement à ce renouveau des desc.
Dans ce contexte, il convient de souligner l'importance de deux
documents d'experts : les principes de Limbourg et les
principes de Maastricht, qui ont permis de préciser
le contenu des obligations des Etats et de délimiter les
violations de ce type de droits
Trois actions méritent d'être mises en
exergue :
1. l'adoption, par le Comité des droits économiques
et sociaux, d'observations générales
relatives aux droits fondamentaux : logement, éducation,
nourriture, santé et eau,
2. la nomination de rapporteurs spéciaux au sein
de la Commission sur ces droits,
3. les travaux visant à l'adoption d'un Protocole
facultatif au Pacte permettant aux particuliers de déposer
des plaintes.
Au niveau théorique et sans prétendre être
exhaustifs, il convient de relever deux cadres conceptuels développés
par le Comité pour la rédaction des Observations
générales qui sont d'une grande importance pour
la future protection des droits. Le premier fait référence
aux obligations de l'Etat et le deuxième aux caractéristiques
fondamentales des desc. Rappelons que les Observations
générales ont pour but d'éclaircir le contenu
des normes afin de faciliter la tâche des Etats lors de
la présentation des Rapports périodiques.
En ce qui concerne le premier point, les obligations de l'Etat, le Comité en a identifié trois types :
1. obligation de respect : l'Etat doit mettre en oeuvre
des politiques respectueuses des desc,
2. obligation de protection : l'Etat doit protéger
les droits des citoyens contre les violations venant de tiers,
3. obligation de mise en uvre : l'Etat doit tout mettre
en uvre, notamment "au maximum des ressources disponibles",
pour garantir le plus tôt possible l'intégralité
d'un droit.
La question de la progressivité qui est en relation
étroite avec ces dernières obligations et qui est
prévue par le Pacte à l'article 2 implique l'existence
d'un "core content" d'un noyau dur de chaque droit qui
doit être garanti avec indépendance des ressources
financières de l'Etat.
En ce qui concerne les caractéristiques des desc,
le Comité a signalé que tout droit de ce type a
quatre caractéristiques interdépendantes et qui
doivent être mises en uvre par l'Etat. Ces caractéristiques,
inspirées des travaux de A. Eide et F. Coomans, ont été reprises par les rapporteurs spéciaux dans l'élaboration des rapports annuels à la Commission des droits de l'homme :
1. Dotation : mise à disposition de ressources
suffisantes : écoles, hôpitaux, logements,
2. Acceptabilité : les ressources doivent être
acceptables par les usagers/stakeholders,
3. Adaptabilité : la mise à disposition des
ressources doit s'effectuer de telle sorte qu'elle s'adapte aux
changements sociaux,
4. Accessibilité : l'Etat doit éviter toute
discrimination, qu'elle soit physique, culturelle ou économique.
Pour parvenir à une protection efficace des desc,
il serait important de mettre en place un mécanisme
permettant les plaintes individuelles, mécanisme dont disposent
presque tous les organes des traités par le biais d'un
Protocole facultatif. Ce mécanisme, qui devrait
examiner des violations présumées des droits, permettrait
de donner une plus grande concrétisation au droit et par-là
de le rendre davantage justiciable.
Le Comité des desc a élaboré
un projet qui a été soumis à la Commission
en 1997, mais c'est seulement en 2002 que la Commission a repris
les travaux en nommant un Rapporteur spécial chargé
d'examiner la question. A la suite de son premier Rapport,
elle a décidé de créer un groupe de travail
à composition non limitée - procédure habituelle
dans ces cas - chargé d'examiner l'opportunité
de l'adoption d'un tel Protocole. Ce groupe doit se réunir
prochainement.
Une dernière question qu'il convient de signaler fait
référence aux indicateurs. En effet, encore aujourd'hui,
nous ne disposons pas dans les pays du Nord d'un ensemble d'indicateurs
nous permettant de surveiller l'application des desc. La communauté
internationale, tout en étant consciente de l'importance
des indicateurs n'a pas effectué les démarches nécessaires
à l'adoption d'un système cohérent et consensuel.
Il est possible que les objectifs du Développement du
Millénaire et de l'Ecole pour Tous permettent
une avancée significative sur cette voie.
Document Uedh Aidh, Genève, 11.2003.
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