![]() Le départ de Mary Robinson du Haut commissariat des Nations unies aux droits de lhomme __Les commentaires de la presse française et de la presse suisse
"La nouvelle, juste à l'ouverture de la session annuelle de la Commission des droits de l'homme qui doit passer en revue pendant six semaines les violations de ces droits dans le monde, a fait l'effet d'un coup de tonnerre. [...] "L'ancienne présidente irlandaise a rendu hommage à l'actuel secrétaire général de l'ONU pour son action en faveur des droits de l'homme. "Celle-ci a porté ses fruits, cela est aisé à voir", a ajouté la haut commissaire qui a toujours mis l'accent, pour sa part, sur la nécessité de s'"opposer aux tyrans" et d'avoir son franc-parler." Agence France-Presse, Genève, 19 mars 2001._________________
"Etre Irlandaise, catholique et avoir un époux protestant c'est déjà un programme politique et une éthique de la tolérance. Mary Robinson, haut commissaire de l'ONU aux droits de l'homme a annoncé [le 19 mars] à Genève qu'elle ne renouvellerait pas son mandat, ce qui a surpris et déçu, tant elle était parvenue à imposer sa personnalité dans l'un des secteurs sensibles de la politique des Nations unies. "Avocate, diplômée à la fois d'Oxford et de Harvard, cette militante des droits de l'homme de toujours avait été élue en 1990 à la fonction de présidente de la République d'Irlande. Le poste est honorifique mais elle lui donnera un véritable poids en serrant publiquement en 1993 la main de Gerry Adams, le leader du Sinn Fein. "Famine en Somalie, massacres au Rwanda. Elle y va, tente d'agir, y parvient parfois mais elle échoue devant les Russes vis-à-vis de la Tchétchénie, devant Pékin pour le Tibet, au Proche-Orient pour Israël et la Palestine tout en s'essayant à manier les langages de la diplomatie. C'est peut-être pour cette même raison qu'elle part avec la volonté de retrouver une liberté d'action et d'expression entravées. Au fait, de quelle religion sont ses trois enfants ? "L'Humanité" (M.U.), Paris, 20 mars 2001._________________
"Mary Robinson n'a pas hésité à parler de son "profond désarroi" face à [la] situation [actuelle], admettant implicitement l'impuissance du système à mettre un terme, ou du moins à remédier, à des violations toujours plus répandues à travers le monde. Elle a mentionné au passage la Tchétchénie, le cas d'adolescentes impunément violées en Sierra Leone ou celui d'autres jeunes livrées à la prostitution en Thaïlande, sans oublier le sort des peuples indigènes ou des migrants clandestins.[...] "En prenant ses fonctions en 1997, Mary Robinson nourrissait apparemment de grands espoirs pour faire avancer la cause des droits de l'homme. Selon son entourage, elle n'a jamais eu la langue dans sa poche face à des interlocuteurs souvent peu disposés à l'entendre, voire à l'écouter. Elle a persévéré, mais admet aujourd'hui que, compte tenu des exigences de la politique mondiale, les contraintes de son mandat ne lui permettent pas de relever les trop nombreux défis qu'il comporte. La haut commissaire entend consacrer les mois qui lui restent à ce poste aux préparatifs de la conférence de Durban contre le racisme, prévue début septembre, afin d'en assurer le succès. Après quoi, elle va continuer à défendre les droits de l'homme, en reprenant sa profession d'avocate, "ce que je sais faire le mieux" assure-t-elle. Dans l'espoir peut-être de faire respecter des lois qui, dans nombre de pays, n'existent tout simplement pas." Jean-Claude Buhrer, "Le Monde", Paris, 21 mars 2001._________________
"Inévitablement, elle a dû composer avec la realpolitik alors qu'en prenant ses fonctions, elle avait naïvement juré de dénoncer les violations là où elles se produisent. Il n'y a pas de doute que l'Asie et le Proche-Oriennt lui ont donné du fil à retordre. Mary Robinson ne peut évidemment pas expliquer pourquoi les occidentaux rechignent à condamner l'Etat israélien devant la Commission [des droits de l'homme] alors que l'Asie y est vue comme une bête noire". Ram Etwareea, "Le Temps", Genève, 20 mars 2001._________________
"En prenant son poste, en 1997, Mary Robinson avait déclaré qu'elle serait "la voix des sans voix". Mais rapidement, elle privilégia une diplomatie discrète pour éviter de hérisser des Etats soucieux davantage de leur image que du respect de leurs concitoyens. D'entrée, elle empoigna les dossiers les plus difficiles: la Chine, l'Iran, la région des Grands lacs, l'Algérie... Très vite, la haut commissaire aux droits de l'homme se heurta aux intérêts de certains Etats. Lorsqu'elle s'engagea en faveur des droits économiques et sociaux une vieille revendication des Etats du Sud , les Occidentaux la soutinrent de plus en plus mollement. Alors qu'elle aborda la question des violations des droits politiques, elle cristallisa l'hostilité de certains gouvernements qui firent leur possible pour lui dénier les moyens financiers dont elle avait besoin (les droits de l'homme ont une part du budget de l'ONU inférieure à 2%). "En Chine, les autorités brutalisèrent sous ses yeux une dissidente. A la conférence de Téhéran, les autorités iraniennes contrairement à leurs obligations internationales empêchèrent les représentants de l'Etat hébreu, ainsi qu'une organisation juive et une organisation bahaï d'assister à une conférence des Nations unies. Mary Robinson, comme les autres femmes présentes, dut porter le foulard. Sur la question de la Palestine et des Grands lacs, son action ne déboucha sur aucun résultat concret. Enfin, elle dénonça les exactions commises par les forces russes en Tchétchénie et fit des recommandations, mais elle ne fut pas suivie par les Occidentaux préférant privilégier de bonnes relations avec le Kremlin. Embarrassés, ceux-ci conviennent aujourd'hui qu'il "faudra bien faire quelque chose...", alors que les ONG dénoncent de nouvelles exactions. [ ] "Reste que l'héritage de Mary Robinson est largement positif. Elle a su donner une véritable écoute aux victimes et a tenu à l'abri des caméras un langage de fermeté que ce soit face à feu Laurent-Désiré Kabila ou à d'autres personnages du même acabit. Reste que l'échec de Mary Robinson est lourd d'interrogations: "Les Etats veulent-ils un instrument cosmétique qui leur permette uniquement de maintenir les apparences en matière de droits de l'homme, ou veulent-ils véritablement un haut commissaire qui les accompagne dans une démarche sérieuse, quitte à ce qu'ils soient parfois critiqués?" s'interroge Antoine Bernard, de la Fédération internationale des droits de l'homme. Pierre Hazan, "Le Temps", Genève, 21 mars 2001._________________
"La haut commissaire version Robinson, et c'est pour cela que la succession suscite déjà l'inquiétude dans les rangs des ONG, conçoit sa mission comme étant au service des peuples et plus particulièrement des personnes et des groupes dont les droits sont mis en danger par les Etats. "A l'heure actuelle Mme Robinson a eu maille à partir avec une bonne dizaine d'Etats, soit parce qu'ils ne reconnaissent pas ce service à l'humanité et la conception qu'il sous-tend: Iran, Chine; soit parce que le reconnaissant ils sont bien décidés à ne pas laisser la commissaire empiéter sur leur souveraineté: Russie; soit qu'ils s'avèrent incapables de faire respecter les droits: Indonésie, Colombie. Mme Robinson a voyagé à plusieurs reprises dans ces différents pays. Parfois à ses risques et périls. Elle est quelqu'un qui sait poser des questions aux autorités, écouter les gouvernements et les victimes, puis aller de l'avant dans sa mission. Chacun sur ce terrain reconnaît en elle un courage tout irlandais mêlé d'une ténacité anglo-saxonne. "Ce ne sont pas les Américains qui l'ont découragée, du moins pas directement. Pourtant l'arrivée au pouvoir de Bush suivant celle de Poutine et suivie par celle d'Ariel Sharon en Israël n'est pas un contexte porteur pour les droits de l'homme. Les républicains américains n'ont jamais apprécié les droits économiques et sociaux de la charte des droits de l'homme que Robinson prend très au sérieux. En outre, si les Américains en général aiment bien faire des droits de l'homme une arme de leur politique internationale, ils n'aiment pas déléguer ce privilège à d'autres, surtout à l'ONU. "En d'autres termes Mary Robinson remet en cause le système traditionnel des relations internationales. Elle l'a toujours conçu ainsi et a été nommée par le secrétaire général à cet effet. La grande question étant de savoir si le choix de son successeur lui permettra de faire aussi bien puisque le bilan, s'exclament les principales organisations non gouvernementales, est très positif. Le passage de Mme Robinson au commissariat aura coïncidé aussi avec une avancée du droit pénal et du droit international public, ce qui n'est pas sans rapport avec ce bilan." Antoine Maurice, "La Tribune de Genève", Genève, 21 mars 2001._________________
Dans "Le Courrier", Benito Perez souligne que les motifs invoqués par Mary Robinson pour justifier son départ du haut commissariat "apparentent sa décision à une véritable démission de combat". Il ajoute: "Cette attitude ne surprend pas, pour qui se rappelle les prises de positions courageuses de Mme Robinson sur la répression russe en Tchétchénie ou les violences contre les civils palestiniens".* "Plus directement encore, Mme Robinson a dit son amertume de voir les Etats si réticents à manier le bâton des sanctions pour faire respecter les droits humains. On peut imaginer que l'humiliation infligée l'an dernier par la Russie - lorsque Mary Robinson se voyait claquer la porte au nez dans l'indifférence générale3 - et l'absence d'impact du sévère rapport rédigé sur la situation dans les Territoires occupés ont fini de décourager l'Irlandaise. "Des Etats hypocrites, l'ONU impuissant, la "démission" de Mme Robinson résonne comme un cinglant constat d'échec pour les institutions multilatérales. Dix ans après la disparition de l'empire soviétique, la Realpolitik règne toujours en maître. Les intérêts "supérieurs" des Nations (alliances stratégiques, intérêts économiques...) ont simplement remplacé l'automatique affiliation idéologique et militaire à un bloc qui avait grippé le système onusien durant plus de quarante ans de Guerre froide. "Si l'on y ajoute les errements néolibéraux d'autres institutions censées compléter l'ébauche d'un système politique planétaire (OMC, BIT, FMI...), le tableau est plus que désespérant. "Reste que la déclaration fracassante de la haut-commissaire porte aussi en elle une lueur d'espoir. En annonçant son intention de retourner à ses premières amours militantes, loin des "contraintes inhérentes à une organisation multilatérale", Mary Robinson fait un éloge à peine voilé au dynamisme des ONG.[...] "En retournant sur le terrain, Mme Robinson montre en quelque sorte la voie: les droits humains ne se décrètent pas d'en haut, ils se gagnent pied à pied. Dans les usines comme dans les prisons." Benito Perez, "Le Courrier", Genève, 21 mars 2001. * Une audace, soit dit en passant, que l'on aurait également souhaité constater sur les droits économiques et sociaux, domaine dans lequel l'Irlandaise est restée curieusement muette. |