|
"Par consensus, mais le plus souvent à la suite d'un vote, la commission [ ] a "invité", dans le meilleur des cas, ou "exigé" dans le pire, une amélioration des droits de l'homme dans une vingtaine de pays sur les 192 que compte actuellement l'ONU. Une sélection de pays qui n'a pratiquement pas changé depuis plusieurs années.
"La Chine, membre permanent du Conseil de Sécurité, a échappé à cette injonction, comme les dix années précédentes, en faisant jouer un artifice de procédure, appelé motion d'irrecevabilité, ayant pour effet de bloquer tout examen officiel par la Commission de la situation des droits de l'homme. [ ]
"La Russie, autre membre permanent du Conseil de Sécurité, n'a pas cherché à bloquer un quelconque débat sur la situation en Tchétchénie mais plutôt à l'encadrer en ayant tenté d'obtenir un consensus sur une déclaration très générale.
"Moscou a finalement échoué et s'est fait condamner par 22 des 53 Etats membres de la Commission pour usage excessif de la force dans cette république autonome du Caucase russe qui lutte pour son indépendance.
"La dégradation de la situation au Proche Orient n'a pas sensiblement modifié l'examen rituel de l'état des droits de l'homme dans la région, plus particulièrement dans les territoires palestiniens et le Golan syrien occupés par Israël.![]()
"Seul changement notable, celui de l'Union européenne qui s'était montrée très critique lors de la session spéciale de la Commission d'octobre dernier sur le Proche Orient, et qui, lors de cette session ordinaire, a choisi le vote positif ou l'abstention, se démarquant ainsi des Etats-Unis, indéfectibles soutien d'Israël." / Agence France-Presse, Paris. Dépêche du 26 avril 2001, datée de Genève.
Le Monde, Paris. Dans l'édition du 27 avril 2001 du journal, Jean-Claude Buhrer relève, sous le titre : A l'ONU, les droits de l'homme ridiculisés, que les travaux de la Commission des droits de l'homme se sont déroulés "dans un malaise profond comme en témoigne le départ annoncé puis repris de la présidente Mary Robinson."
"Les organisations non gouvernementales (ONG) y mènent bataille contre les exactions commises dans de nombreux pays, avec des témoignages souvent poignants de leurs représentants ou de victimes. Elles n'ont droit en réponse qu'à des allocutions lénifiantes et à une nouvelle parade, l'arrivée d'ONG "gouvernementales", appelées "gongos" dans le jargon onusien (pour "GOvernmental" NGO), mises sur pied par les autorités et officieusement stipendiées par toutes sortes d'institutions et services para-gouvernementaux. [ ]
Le correspondant du "Monde" dénonce "l'hypocrisie internationale ambiante" qui règne dans les couloirs du palais des nations, à Genève, où l'on peut parfois se trouver "en face d'eux des "champions" inusités de la défense des droits de l'homme, tel cet ambassadeur de Cuba auprès des Nations unies, ancien procureur dans son pays, qui a envoyé en son temps plus d'une centaine de personnes au peloton d'exécution..."
"Davantage encore cette année que les précédentes, note Jean-Claude Buhrer, le vieil adage "selon que vous serez puissant ou misérable..." s'est trouvé abondamment illustré lors de l'adoption de plusieurs résolutions le 18 avril. L'Afghanistan, la Birmanie, Cuba, l'Irak et Israël en ont fait les frais, alors qu'une offensive d'intimidation assortie d'un subterfuge valait à Pékin de tirer son épingle du jeu." [
]![]()
"Pourtant, la commission de Genève demeure le lieu où les ONG peuvent encore dénoncer certains coupables. Des organisations se battent, preuves à l'appui, pour faire entendre la voix des victimes aux Moluques, où des campagnes de conversion forcée sont menées arme au poing contre les chrétiens ; des B'ahaïs persécutés en Iran ; des Coptes en butte à la discrimination en Egypte ; des animistes et des esclaves au Soudan ; des Tibétains sur leur propre sol ; des femmes et des ethnies non pachtounes en Afghanistan ; des montagnards au Vietnam ; des syndicalistes en Amérique latine ou des populations indigènes au Guatemala, sans oublier le sort des migrants en Europe ou la lancinante question de la peine de mort aux Etats-Unis et en Chine. Autant de motifs pour poursuivre un combat sans cesse remis en cause, mais comme le relevait Wei Jinsheng, le dissident chinois, dans son allocution : "Une société saine ne saurait prospérer si les libertés fondamentales sont limitées. Les droits économiques, sociaux et culturels sont une extension des droits syndicaux et politiques. Ils ne les remplacent pas." / Jean-Claude Buhrer, "Le Monde", Paris, 27 avril 2001.
La Tribune de Genève, Genève. Dans son édition des 28-29 avril 2001 du journal, André Allemand n'hésite pas à qualifier de "maigre" le bilan des travaux de la 57e session de la Commission.
"Ouf, ça aurait pu être bien pire!". Le constat était sur toutes les bouches, au terme de six semaines de travaux [ ]. Cette année, la liste des 53 Etats disposant du droit de vote comprenait une forte minorité de pays accusés eux-mêmes de violations.
"Pourtant, pas moins de 82 résolutions ont été adoptées. La commission a notamment examiné la situation des droits de l'homme dans 22 pays, en gros les mêmes qu'en [2000] : Afghanistan, Iran, Irak, Birmanie, Yougoslavie et Kosovo, Bosnie, Croatie, république démocratique du Congo, Rwanda, Burundi, Guinée équatoriale, Sierra Leone, soudan, somalie, Chypre, Liban, Timor oriental, territoires palestiniens occupés, Colombie et Haïti.
"La Chine a une nouvelle fois évité le débat, comme ces dix dernières années, grâce à un artifice de procédure. Mais ses démarches officielles pour tenter d'empêcher les manifestations du Falun Gong à l'extérieur du palis ont réussi à focaliser l'attention des médias internationaux sur la situation dans l'empire du milieu".
André Allemand note encore que 17 Etats "ont cherché en vain à limiter la participation des 250 ONG associées aux travaux. Une opinion que ne partage pas la haut commissaire Mary Robinson. "le rôle des organisations non gouvernementales est crucial. Elles sont souvent le premier point de contact pour les victimes des violations des droits de l'homme !".
"Côté ONG, la Fédération internationale des ligues de droits de l'homme critique la présence de fausses ONG, pilotées par des gouvernements suspectés de violations. Par ailleurs, Huam Rights Watch demande que seuls les Etats disposés à se soumettre à l'inspection des rapporteurs spéciaux soient admis à la commission. Cela afin d'éviter la connivence avec des régimes coupables". / André Allemand, "La Tribune de Genève", 28-29 avril 2001.![]()