La Commission des droits de l'homme


Home



>Retour
57e session

RAPPORT / Situation des droits de l'homme en Guinée équatoriale

__Le pays ne connaît toujours pas un Etat de droit, tous les pouvoirs étant concentrés entre les mains de l'exécutif, ce qui se traduit par la persistance de détentions arbitraires et de cas de torture


LogoGustavo Gallón, Représentant spécial sur "la situation des droits de l'homme en Guinée équatoriale", a présenté, le 3 avril 2001, devant la Commission des droits de l'homme, un rapport dans lequel il affirme que ce pays a souffert de l'absence d'Etat de droit depuis son indépendance, en 1968.

La situation du pays, autrefois rattaché à l'Espagne, se caractérise, selon lui, par l'intolérance et l'arbitraire, en raison de l'absence d'un pouvoir judiciaire indépendant et de l'utilisation du pouvoir de l'Etat pour contrôler la population. Les femmes et les enfants souffrent particulièrement des discriminations, notamment dans le domaine de la santé et de l'éducation.

Le représentant la Guinée équatoriale s'est dit en total désaccord avec les conclusions du rapport de Gustavo Gallón. La Guinée équatoriale, a-il dit, est un pays pluraliste et démocratique qui est engagé dans la protection et le renforcement des mécanismes de protection des droits de l'homme.

Gustavo Gallón a indiqué que le gouvernement équato-guinéen ne l'avait pas autorisé à se rendre dans le pays en 2000. La situation des droits de l'homme en Guinée équatoriale ne s'est pas améliorée en 2000, a-t-il précisé. Le pays ne connaît toujours pas un Etat de droit, tous les pouvoirs étant concentrés entre les mains de l'exécutif, ce qui se traduit par la persistance de détentions arbitraires et de cas de torture visant à prévenir des tentatives de coup d'Etat réelles ou supposées ou à éviter à tout prix le renforcement de partis politiques ou de groupes ethniques dissidents à l'égard du groupe au pouvoir. Comme il n'existe pas de pouvoir judiciaire indépendant qui puisse empêcher ou corriger de telles pratiques, les forces armées et le parti au pouvoir exercent diverses prérogatives de fait et de droit pour avoir la haute main sur la population, dont 65% n'ont pas les moyens de satisfaire à leurs besoins essentiels.Up

Les femmes et les enfants sont les principales victimes de la discrimination dans le pays, en particulier dans le domaine de l'éducation et de la santé, a poursuivi le Représentant spécial. La situation pourrait s'améliorer avec un peu de volonté politique et une bonne répartition des ressources économiques de plus en plus grandes dont dispose la Guinée équatoriale depuis 1995 avec l'exploitation d'importants puits de pétrole.

Gustavo Gallón a indiqué que parmi les divers événements intervenus en Guinée équatoriale durant l'année 2000, il en est un qui illustre de manière éloquente la situation dans le pays. Il s'agit du cas d'un citoyen espagnol d'origine équato-guinéenne, Augusto-Mba Sa Oyana, qui s'est rendu dans le pays pour voir sa famille et y est finalement resté emprisonné 60 jours, qui plus est au secret, victime lui-même de tortures et témoin de celles infligées à cinq autres détenus. M. Oyana est parvenu à s'enfuir de prison et à se rendre jusqu'à la représentation diplomatique espagnole où il a reçu un soutien afin de pouvoir quitter le territoire.

Instituer sans tarder une véritable procédure d'habeas corpus

Le rapport de Gustavo Gallón souligne que, désireux de préciser et de mettre à jour les renseignements dont il disposait pour son rapport, il s'est rendu en novembre 2000 en Espagne (où vivent près de 10% des ressortissants équato-guinéens) et a rencontré des particuliers et organisations qui connaissent bien la situation dans le pays, notamment des victimes de violations des droits fondamentaux.

Les lois ne sont pas publiées régulièrement dans un journal officiel, il n'existe pas davantage de quotidiens qui permettraient d'exercer le droit à la liberté d'opinion et les organisations de défense des droits de l'homme ne sont pas autorisées, précise par ailleurs le rapport. Hormis une association d'agriculteurs qui semble avoir été constituée en 2000, il n'existe pas de syndicat.

Gustavo Gallón demande qu'un appel spécial soit adressé aux entreprises multinationales qui travaillent en Guinée équatoriale, afin qu'elles s'associent aux efforts déployés par la Commission des droits de l'homme pour que soient mises en oeuvre les recommandations maintes fois adressées au gouvernement équato-guinéen en matière de droits de l'homme.

Il souhaite qu'un appel spécial soit adressé au gouvernement équato-guinéen afin qu'il fasse également cesser les disparitions forcées et qu'il s'engage à cette fin à créer un registre national des détenus, tenu de manière rigoureuse et fiable et facilement consultable par toute personne. Il demande également que soit instituée sans tarder et de façon efficace une véritable procédure d'habeas corpus destinée à protéger les personnes contre les détentions arbitraires et les disparitions forcées.

Le Représentant spécial recommande enfin de donner suite à la proposition de l'opposition équato-guinéenne en exil visant à instaurer un dialogue politique à l'extérieur du pays dans le but d'élaborer un projet susceptible de promouvoir la démocratie et les droits de l'homme.

Source : Nations unies, Genève, 3 avril 2001.Up