La Commission des droits de l'homme



RÉSOLUTIONS / La situation des droits de l’homme en Chine

__La Chine échappe à une condamnation de la Commission

| Les déclarations des délégations concernées | Les réactions en Chine et à l’étranger |

LogoLa Commission des droits de l'homme a décidé, le 18 avril 2001, de ne pas se prononcer - en adoptant une "motion de non-action" par 23 voix contre 17 et 12 abstentions - sur un projet de résolution, présenté par les Etats-Unis, intitulé "La situation des droits de l'homme en Chine". La Chine a qualifié le vote de la commission de grande victoire contre "l'hégémonisme" américain.

Le projet de résolution se félicitait de ce que le gouvernement chinois soit disposé à prendre part à diverses activités de coopération dans le domaine des droits de l'homme et saluait ses efforts pour accroître la transparence du système judiciaire et le respect de la primauté du droit. Il relevait les efforts "continus" de la Chine pour réduire la pauvreté et promouvoir le développement économique.

Le texte demandait au gouvernement chinois d'assurer le respect effectif tous les droits de l'homme, y compris les droits des travailleurs; de prendre de nouvelles mesures pour que l'administration de la justice et l'application de la règle de droit acquièrent un caractère plus impartial; de libérer les prisonniers politiques, notamment les personnes emprisonnées pour l'expression non violente de leurs opinions politiques, religieuses ou sociales; d'autoriser les activités pacifiques des bouddhistes, des musulmans, des chrétiens et d'autres qui s'efforcent d'exercer leurs droits internationalement reconnus à la liberté de religion; de préserver et de protéger l'identité culturelle, ethnique, linguistique et religieuse distincte des Tibétains et d'autres groupes.

Ont voté pour (23) : Algérie, Arabie saoudite, Burundi, Cameroun, Chine, Cuba, Fédération de Russie, Inde, Indonésie, Jamahiriya arabe libyenne, Kenya, Libéria, Madagascar, Malaisie, Niger, Nigeria, Pakistan, Qatar, République arabe syrienne, Thaïlande, Venezuela, Viet Nam et Zambie.Up

Ont voté contre (17) : Allemagne, Belgique, Canada, Costa Rica, Espagne, Etats-Unis, France, Guatemala, Italie, Japon, Lettonie, Norvège, Pologne, Portugal, République tchèque, Royaume-Uni et Roumanie.

Abstentions (12) : Afrique du Sud, Argentine, Brésil, Colombie, Equateur, Maurice, Mexique, Pérou, République de Corée, Sénégal, Swaziland et Uruguay.

Les déclarations des délégations concernées

La Chine [proposant une motion de non-action] a souligné que le projet de résolution présenté par les Etats-Unis ne contient aucun fait concret mais recèle en revanche un grand nombre d'absurdités. Chaque année, les Etats-Unis présentent la même résolution prétendant que la situation des droits de l'homme en Chine s'est détériorée. En fait, les conditions de vie de la population chinoise ne cessent de s'améliorer et le peuple chinois jouit aujourd'hui de droits civils et politiques sans précédent.

Les Etats-Unis ont déploré qu'encore une fois la Chine cherche à détourner les procédures de la Commission afin d'éviter qu'elle ne se prononce sur la situation des droits de l'homme en Chine. Appuyer cette motion de non-action revient à ignorer les principes fondamentaux de la Commission et des droits de l'homme, qui s'appliquent partout. Une discussion du bilan des droits de l'homme en Chine ne constitue pas une ingérence et les Etats-Unis exhortent les Etats membres à rejeter cette motion et permettre un examen du projet de résolution pour ce qu'il est.

Les réactions en Chine et à l'étranger

___Chine, Pékin. "Les faits prouvent une fois de plus que les tentatives de pression sur les autres pays en utilisant le prétexte des droits de l'homme, la recherche de l'hégémonisme et de la politique du plus fort vont à l'encontre des aspirations des peuples et ne conduisent nulle part, a déclaré, le 19 avril, Zhang Qiyue, la porte-parole du ministère des affaires étrangères, citée par l'agence Chine nouvelle.

Mme Zhang a remercié les pays "épris de justice" "qui ont soutenus la Chine" et rappelé que les dialogues et échanges de vue entre pays sur les droits de l'homme ne peuvent se dérouler que "sur la base de l'égalité".Up

___"Libération", Paris. "En dépit de la reconnaissance "des progrès enregistrés", les Américains, soutenus par les Quinze, ont tenté [le 18 avril] - en pure perte - d'épingler Pékin pour les entraves à la liberté d'expression, à la liberté religieuse et d'association, ainsi que sur le Tibet. Mais Pékin a réussi une nouvelle fois à ce que ces accusations ne soient même pas discutées. Par 23 voix contre 17 et 12 abstentions, la Chine a réussi, par un artifice de procédure, à simplement écarter tout vote sur le fond.

"Le gouvernement chinois avait mis toutes les chances de son côté. Ces derniers jours, le président Jiang Zemin a entamé une grande tournée en Amérique latine, dont les retombées se sont matérialisées [le 18 avril]: à l'heure du vote, tous les pays latino-américains, à l'exception du Guatemala, se sont prudemment abstenus ou ont voté en faveur de la Chine. Mais le ton n'était pas vraiment à la détente. L'ambassadeur chinois a dénoncé "les avions américains qui espionnent et menacent le peuple chinois", s'en prenant dans la foulée à Washington, "imbu de sa suprématie raciale et qui ne cherche qu'à renvoyer la Chine à un état d'arriération perpétuelle", pour conclure que toutes ces accusations sont "aussi absurdes que calomnieuses"... / Pierre Hazan, "Libération", Paris, 19 avril 2001

___"Le Monde", Paris. "Au demeurant, pour la chine, il importait d'abord de sauver la face, ce qu'elle a peut-être réussi pour son opinion publique. Mais cette demi-victoire est également un demi-échec, car c'est la crédibilité de la commission [des droits de l'homme] qui s'en ressent. S'en relèvera-t-elle? Parmi, les ONG, on n'a pas manquer de noter que dans pareille ambiance d'hypocrisie, la haut commissaire des droits de l'homme, Mary Robinson, avait de quoi se sentir à l'étroit et que finalement le fameux "dialogue constructif" si cher à certains pas de [l'Union européenne] finissait par tourner en dérision le principe même de l'universalité des droits de l'homme.

"Plusieurs diplomates, habitués des sessions annuelles, faisaient remarquer que depuis 1989 et l'utilisation systématique de cette manoeuvre dilatoire par Pékin, jamais il n'avait été autant question des droits de l'homme en Chine. Le lourd contentieux de Fa Lung Gong a notablement pesé sur les travaux... [...] Par ailleurs, l'attention s'est focalisée sur la détérioration de la situation au Tibet et au Turkestan oriental (la province du Xinjiang), tandis qu'un autre dossier brûlant s'entrouvrait avec des aperçus significatifs sur les internements psychiatriques en Chine. "L'opposition politique comme maladie mentale" sous la loupe de plusieurs chercheurs laisse entrevoir des pratiques inquiétantes rappelant les pires excès de l'ère brejnévienne en URSS. / Jean-Claude Buhrer, "Le Monde", Paris, 20 avril 2001.

___Les organisations non gouvernementales. HUMAN RIGHTS IN CHINA. "Il est scandaleux que la plus haute institution mondiale des droits de l'homme ferme les yeux sur les violations commises en Chine".

HUMAN RIGHTS WATCH. "La victoire diplomatique de Pékin mènera à une nouvelle détérioration de la situation sur place".Up