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LA CLÔTURE DE LA 58e SESSION DE LA COMMISSION
__Les travaux de la Commission vus par la presse internationale
| Agence Télégraphique Suisse | Le Monde | Libération | Le Temps | Agence France Presse |
ATS Un bilan décevant
Au cours des six semaines de travaux, les événements du Proche-Orient ont bouleversé à plusieurs reprises l'ordre du jour des 3'000 délégués. Les débats orageux sur les opérations militaires israéliennes dans les territoires palestiniens ont été marqués par un flot passionné de déclarations condamnant l'Etat hébreu. Le résultat a provoqué la frustration de nombreux diplomates, puisque Israël a refusé d'accepter la mission de la haut commissaire de l'Onu aux droits de l'homme Mary Robinson. [] Réduite à l'impuissance, la haut commissaire n'en a pas moins réaffirmé la nécessité d'une enquête exhaustive et indépendante et de faire respecter les Conventions de Genève.
Plusieurs pays ont passé cette année à travers les mailles du filet. La Chine n'a ainsi même pas fait l'objet d'une discussion, pour la première fois depuis douze ans, faute de pays assez courageux pour parrainer une résolution. Pour la première fois depuis quinze ans, l'Iran a lui aussi échappé à une condamnation. En dépit des efforts de l'union européenne, le Zimbabwe n'a pas non plus été sanctionné pour les abus qui ont marqué les récentes élections.
En outre, la résolution sur la Tchétchénie a échoué de peu. Moscou ne tiendra aucun compte de la demande de réaliser une enquête indépendante sur les violations commises en Tchétchénie. Politiquement, l'échec de l'Union européenne est cinglant [Agence Télégraphique Suisse, 26 avril 2002].
La Commission des droits de l'homme neutralisée
Une coalition de pays africains, asiatiques et musulmans a réussi, avec le soutien actif de Washington, à faire de la dernière session de la Commission des droits de l'homme de l'ONU (CDH) "un chèque en blanc pour les oppresseurs", permettant à plusieurs pays d'échapper à toute condamnation de la Commission.
[
] La Russie, pourtant déjà condamnée deux années de suite, a pu cette année éviter une résolution condamnant les exactions en Tchétchénie. Une résolution européenne sur l'Iran a été rejetée de justesse, ce qui permet à Téhéran d'être rayé, pour la première fois depuis 1984, de la liste des pays montrés du doigt par la Commission.
[
] Pour sa part, menacé, pour la première fois, par une résolution hostile, le Zimbabwe a également échappé à une condamnation grâce aux pays africains, à l'exception du Cameroun, qui ont su bloquer le texte de l'Union européenne.
La Chine, quant à elle, n'a même pas eu à se défendre du fait de l'absence même d'une résolution lors de cette 58e session de la CDH. "Ce soir à Moscou et à Pékin, c'est la fête, mais pas à Grozny ou à Lhassa...", résumait-on, à la fin de la réunion, le bilan accablant de la Commission au cours de laquelle les témoins directs des violations, à savoir les rapporteurs spéciaux et les organisations non gouvernementales, ont vu leur temps de parole considérablement limité par des contraintes budgétaires imposées par l'Assemblée générale. [
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En revanche, salué comme une "percée historique", un protocole à la Convention sur la torture instaurant des visites régulières dans les lieux de détention a pu, malgré les pressions de Washington, être approuvé par la CDH par 29 voix pour, 14 abstentions et les votes négatifs de 10 pays, dont la Chine, l'Arabie saoudite et la Syrie [Afsané Bassir Pour, Le Monde, Paris, 28-29 avril 2002].
La "Bérézina" des droits de l'homme
Parmi les organisations des droits de l'homme, le constat est unanime : les six semaines de réunion de l'organe de l'ONU, censé incarner "la conscience de la communauté internationale", se soldent par "une véritable Bérézina". Au point que le Mexique, soutenu mollement par l'Union européenne, a préféré retirer [
] une résolution visant à mettre quelques digues de protection dans la lutte antiterroriste, commode paravent à tous les abus.
Joanna Wechsler, de Human Rights Watch, dénonce le travail de sape effectué par le cartel des dictateurs : "Composée de 53 Etats, la CDH a toujours été politisée. Mais le phénomène nouveau, c'est la solidarité liant les Etats qui violent le plus massivement les droits de l'homme et bloquent tout processus de condamnation."
De fait, le jeu de renvoi d'ascenseurs entre Etats a parfaitement fonctionné. Ainsi, beaucoup d'Etats musulmans qui n'avaient pas envie d'être eux-mêmes mon très du doigt, tels que la Syrie, la Libye, l'Arabie Saoudite, le Pakistan, le Soudan, Bahrein, n'ont pas voulu condamner les exactions commises par les forces russes en Tchétchénie. "Un musulman tchétchène pèse singulièrement moins lourd qu'un Palestinien", ironisait un diplomate occidental. De même, solidarité africaine oblige, le Zimbabwe a échappé à toute condamnation. Face aux enjeux économiques que représente le marché chinois, les Américains et les pays de l'UE se sont mis aux abonnés absents, personne ne voulant s'en prendre à Pékin. [Pierre Hazan, Libération, 27 avril 2002].
Les pays qui violent les droits de l'homme sont parvenus à museler une Commission pourtant censée protéger les victimes.
[
] Dans son discours de clôture de la Commission des droits de l'homme (CDH), Mary Robinson n'a pas mâché ses mots pour épingler le comportement de certains Etats en développement. Ceux-ci ont cherché par tous les moyens - et souvent avec succès - à museler les critiques quant aux violations massives des droits de l'homme. Les prenant directement à partie, Mary Robinson a mis en avant la responsabilité de la communauté internationale devant leurs méthodes qui empêchent toute dénonciation: "Je vous pose la question: comment la Commission des droits de l'homme, l'organe le plus important des Nations unies en la matière, pourra-t-elle continuer à se défausser de son devoir de protection des victimes?"
[
] Brandissant les intérêts de la sécurité nationale, les Etats les moins regardants sur les droits de l'homme ne veulent plus être montrés du doigt. Certains, du reste, ont toujours réussi: l'Algérie, la Tunisie, la Corée du Nord passent régulièrement au travers des mailles. "De surcroît, les mécanismes de protection des populations sont de plus en plus mis sur la touche!" s'indigne Antoine Bernard de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH). L'une des pièces maîtresses de la CDH, c'est le travail effectué par ce qui est appelé dans le jargon onusien "les rapporteurs spéciaux", qui enquêtent notamment sur les violations des droits de l'homme dans certains pays. Cette année, les rapporteurs spéciaux n'avaient que trois minutes symboliques pour présenter leur rapport. Devant cette absurdité qui confinait à l'insulte, certains ont préféré se taire.
Quant au dossier proche-oriental qui a monopolisé les passions, Israël a été condamné à de nombreuses reprises. Y compris pour "des massacres" qui n'ont pas été attestés. Accusant la Commission des droits de l'homme de l'ONU de "partialité", l'Etat hébreu a refusé à la haut commissaire, Mary Robinson, d'enquêter sur place. [Pierre Hazan, Le Temps, 27 avril 2002]
Les ONG dénoncent l'ultime échec de la Commission sur la lutte anti-terroriste
Les organisations des droits de l'homme ont dénoncé [
] l'ultime échec de la Commission des droits de l'homme de l'ONU, qui n'a pas adopté un dispositif visant à surveiller les mesures adoptées dans le cadre de la lutte anti-terroriste.
Les organisations non gouvernementales ont exprimé leur "profonde consternation", après le retrait d'une résolution en ce sens, dans les dernières heures de la session. "Cette 58e session s'achève sur la même note amère qui a suivi son déroulement: pour les droits de l'homme, c'est une Berezina", a déclaré la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH).
La question de la protection des droits de l'homme dans le contexte des dispositifs anti-terroristes adoptés par les gouvernements était "une des questions essentielles à cette commission" à la suite des attentats du 11 septembre, a rappelé Rory Mungoven, de Human Rights Watch.
L'échec de la commission à y répondre "est un signal très, très dangereux, le signal que, dans la guerre contre le terrorisme, tout est possible", a-t-il dit, dans une conférence de presse conjointe, en présence également d'Amnesty International et de la Commission internationale des juristes (CIJ). [Agence France-Presse, Paris, 26 avril 2002]. |