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18 MARS AU 26 AVRIL 2002, 58e SESSION DE LA COMMISSION __Mary Robinson suggère lenvoi immédiat dune mission denquête dans les territoires palestiniens occupés
La mission rendrait compte à la Commission dans les plus brefs délais des faits qu'elle aura constatés et ferait des recommandations. "J'ai déjà appelé dans le passé à l'établissement d'observateurs internationaux sur les territoires, et je réitère cet appel", a-t-elle précisé, ajoutant : "Lorsque le Conseil de sécurité estime qu'il a un besoin d'information, il envoie une mission. Ne conviendrait-il pas que cette Commission envoie immédiatement une mission qui se rendrait sur le terrain et qui reviendrait rapidement pour transmettre ses conclusions et ses recommandations à la Commission ?". "La protection des droits de l'homme exigerait une telle mesure au minimum", a-t-elle ajouté. Il appartient aux 53 Etats membres de la Commission de décider de l'envoi d'une telle mission d'information dans les territoires palestiniens occupés. Les oppositions sont vives au sein de la Commission : les représentants de plusieurs pays arabes - Libye, Tunisie, Liban, Emirats Arabes Unis - ont fustigé la politique israélienne à l'égard des Palestiniens, alors que l'ambassadeur d'Israël, Yaakov Levy, a rappelé que son pays était uniquement engagé dans la lutte contre le terrorisme et a reproché au président de l'Autorité palestinienne Yasser Arafat d'abriter des terroristes au lieu de les livrer. Les Etats-Unis, qui n'ont cette année qu'un statut d'observateur, se sont élevés contre la partialité de la Commission à l'encontre d'Israël. "Les Etats-Unis ne croient pas que les actions de la Commission qui blâme Israël à propos de la situation actuelle, soient équilibrées, honnêtes, et contribuent à la cause de la paix", a souligné le représentant américain. LA DÉCLARATION DE MARY ROBINSONMary Robinson a fait rapport à la Commission sur la "situation des droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés" en attirant l'attention sur la grave détérioration de la situation dans ces territoires depuis le week-end [de Pâques]. Elle a rappelé que dans le discours qu'elle avait prononcé devant la Commission, il y a deux semaines, elle avait déploré que les efforts de la communauté internationale, notamment ceux de la Commission, n'aient malheureusement pas permis de mettre fin aux hostilités. Le 29 mars 2002, les forces de défense israéliennes ont occupé Ramallah; le 1er avril, elles ont pris le contrôle de Beit Jala, de Qalqilya et de Tulkarem. Aujourd'hui, 2 avril, elles ont envahi Bethléem. Les officiels israéliens ont affirmé que la réoccupation de villages de la Cisjordanie se poursuivra pendant une période prolongée. Le bureau du Haut Commissariat dans les territoires occupés indique qu'il est extrêmement dangereux de se mouvoir dans toutes ces zones, a fait observer Mary Robinson avant de rappeler que ces derniers jours, on a assisté à une recrudescence terrifiante des pertes en vies humaines. Mettre fin à la spirale de la violenceMary Robinson a mis l'accent sur la nécessité de mettre fin à la spirale de la violence. Elle s'est notamment fait l'écho d'une information relayée le 31 mars 2002 par la BBC selon laquelle 700 Palestiniens auraient été arrêtés dans la région suite, notamment, à une fouille menée maison par maison par les forces militaires en plusieurs endroits de Ramallah/al-Bireh. Un certain nombre de militants pacifistes étrangers auraient été arrêtés et certains déportés. Elle a fait observer que l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) est confronté à d'extrêmes difficultés pour opérer dans les territoires palestiniens occupés et répondre à la crise actuelle dans la mesure où le personnel de l'UNRWA qui se trouve hors de Jérusalem-Est ne peut se rendre au siège de l'Office à Jérusalem puisqu'il ne dispose pas des autorisations requises, ce qui crée une importante pénurie de personnel. La situation humanitaire va s'exacerber si l'action militaire se poursuit pendant une période prolongée et les produits alimentaires se font rares. La Société palestinienne du Croissant-Rouge a indiqué le 1er avril que les forces de défense israéliennes avaient cessé toute liaison et toute coordination avec le CICR au cours des dernières 24 heures, de sorte que la Société palestinienne du Croissant-Rouge se trouvait dans l'incapacité de procéder à l'évacuation des blessés dans de nombreuses zones de conflit. Ce matin [2 avril], neuf membres de la Société palestinienne du Croissant-Rouge, dont le président de la Société, Younis Al Khatib, ont été arrêtés à Ramallah, a indiqué Mary Robinson. Selon l'Association de la presse étrangère, a-t-elle poursuivi, depuis le 30 mars, les forces de défense israéliennes ont empêché les journalistes d'entrer à Ramallah d'où qu'ils viennent, déclarant la totalité de la ville "zone militaire fermée". Une présence de surveillance internationaleLa haut commissaire aux droits de l'homme a estimé que le moment est venu de mettre en uvre la proposition qu'elle avait faite - dans son rapport sur sa visite dans la région en 2000 - visant à ce que soit explorée la faisabilité de la mise en place d'une présence de surveillance internationale. La présence d'observateurs internationaux sur le terrain pourrait permettre d'éviter les violations des droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés et de promouvoir la sécurité humaine contre les attaques suicides et autres à l'encontre des civils israéliens. "Dans ce contexte, je soutiens l'appel lancé par la présidence espagnole de l'Union européenne devant le Conseil de sécurité des Nations unies en faveur d'un mécanisme de contrôle d'une tierce partie dans les territoires palestiniens occupés et en faveur de la présence d'observateurs". Mary Robinson s'est en outre demandée s'il ne serait pas approprié que la Commission envoie immédiatement une mission de visite dans la région, qui rendrait compte à la Commission dans les plus brefs délais des faits qu'elle aura constatés et de ses recommandations. Nul doute, a-t-elle ajouté, que la protection des droits de l'homme requiert au minimum une telle mesure". En conclusion, elle a déclaré : "Je vous le dis simplement mais de toutes mes forces : j'en appelle à votre conscience. Je vous invite à faire en sorte que la conscience intervienne dans cette situation qui se déroule devant nos yeux". Une précédente session de la CommissionEn octobre 2000, la Commission avait tenu une session spéciale, quelques jours après la visite controversée sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem d'Ariel Sharon, à l'époque chef de file de la droite israélienne, aujourd'hui Premier ministre. A l'issue de cette session, une commission d'enquête avait été créée pour mesurer l'ampleur des violations des droits de l'homme dans les territoires occupés. Israël s'était vu reprocher de pratiquer des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité dans ces territoires. Sources : Nations unies, Genève, 2 avril 2002, et presse internationale. |