La Commission des droits de l'homme


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58e session

18 MARS AU 26 AVRIL 2002, 58e SESSION DE LA COMMISSION

__Mary Robinson: la situation des droits de l'homme dans les territoires palestiniens justifie une enquête indépendante


M. Robinson
Mary Robinson. Photo Onu.

Malheureusement, il n'est pas possible de faire passer dans un rapport écrit la douleur, l'humiliation et le désespoir que l'on ressent à la lecture des informations qui parviennent du territoire palestinien occupé. Il n'est pas non plus possible de rendre compte du traumatisme et de la colère des Israéliens victimes d'attaques suicides. La seule chose qu'il est possible de dire, c'est que la situation des droits de l'homme dans la région justifie une enquête indépendante.

C'est en substance ce qu'a déclaré, le 24 avril 2002, Mary Robinson, haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, qui présentait son rapport à la Commission sur "la situation des droits de l'homme dans le territoire palestinien occupé".

LE RAPPORT DE MARY ROBINSON

Mary Robinson a regretté que sa "mission de visite" n'ait pu avoir lieu car ces missions ont souvent un effet préventif. Elle a expliqué que le rapport présenté à la Commission des droits de l'homme avait été établi sur la base d'informations reçues et qu'elle avait approché la Mission permanente d'Israël et la Mission permanente d'observation de la Palestine, ainsi que les institutions spécialisées des Nations unies et les organisations non gouvernementales présentes sur le terrain. Le rapport résume les principales allégations de violations des droits de l'homme qui se seraient produites dans le territoire palestinien occupé ainsi que le point de vue d'Israël sur la question. Le rapport examine aussi trois situations particulières : la situation dans le camp de Jénine, celle de l'Eglise de la Nativité à Bethléem et la situation à Ramallah, y compris le confinement du président Yasser Arafat dans son quartier général.

Mary Robinson a ensuite attiré l'attention sur ses observations présentées en conclusion du rapport. Dans cette section, elle appelle les parties à retourner à la table des négociations et à respecter les principes du droit international humanitaire. En termes concrets, cela signifie que l'occupation militaire doit cesser et que ceux qui ont planifié ou exécuté des actes terroristes visant des civils israéliens doivent mettre fin à leur politique de haine. Elle a précisé qu'une approche fondée sur les droits de l'homme suppose que l'on attribue des responsabilités pour ce qui s'est passé au cours des dernières semaines dans le territoire palestinien occupé. Dans son rapport, elle demande que l'on enquête de manière urgente sur les atteintes aux droits de l'homme et au droit humanitaire international.Up

Malheureusement, a poursuivi Mary Robinson, il n'est pas possible de faire passer dans un rapport écrit la douleur, l'humiliation, et le désespoir que l'on ressent à la lecture des informations qui parviennent du territoire palestinien occupé. Il n'est pas non plus possible de rendre compte du traumatisme et de la colère des Israéliens, victimes d'attaques suicides. La seule chose qu'il est possible de signifier, a-t-elle précisé, c'est que la situation des droits de l'homme dans la région justifie une enquête indépendante.

Elle a ensuite fait savoir que le Haut Commissariat restait disposé à faciliter un dialogue portant sur les droits de l'homme entre les organisations non gouvernementales palestiniennes et israéliennes, et les autres représentants de la société civile. Elle a fait part de son émotion devant le courage et l'intégrité des organisations non gouvernementales basées en Israël qui expriment leurs préoccupations concernant les violations des droits de l'homme dans le territoire palestinien occupé. À cet égard, elle a estimé que les défenseurs des droits de l'homme, les groupes pacifistes et les réseaux de femmes peuvent aider à construire l'espace nécessaire de dialogue. En effet, comment douter que les Israéliens et les Palestiniens doivent trouver ensemble le chemin de la paix. Une paix à laquelle on ne parviendra pas par la force, mais par le dialogue et l'empathie. C'est pourquoi il faut saluer le courage de ceux qui s'efforcent de combler le fossé entre les Israéliens et les Palestiniens.

En dernier lieu, Mary Robinson a insisté sur le fait que la construction de la paix repose sur le respect des droits de l'homme et du droit international humanitaire. Elle a espéré que ce rapport facilitera la réflexion des deux parties : que les Palestiniens comprendront pour leur part qu'il faut mettre fin aux attaques suicides et que les Israéliens comprendront que l'humanité et la proportionnalité sont les fondations des sociétés modernes. Elle a ensuite repris les termes de l'appel lancé par le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, pour que les deux parties s'engagent à respecter les principes des droits de l'homme et du droit international humanitaire.

[Le représentant de la Palestine a regretté que le rapport de Mary Robinson passe sous silence qu'elle n'a pu effectuer sa mission de visite du fait d'un refus d'Israël, qui a également retiré son acceptation pour l'envoi de la mission d'établissement des faits désignée par le Secrétaire général. Il a également déploré que le rapport ne qualifie pas, au regard du droit international, les exactions constatées, car il s'agit bien de violations des règles internationales et du droit humanitaire international. Il a dénoncé l'attitude d'Israël qui, selon lui, tente de masquer ses crimes.

Pour sa part, le représentant d'Israël a estimé qu'il aurait fallu condamner clairement les responsables des attentats suicides et leurs instigateurs. Il a considéré que le rapport évitait de mentionner les raisons des frappes israéliennes contre les territoires : les attentats suicides, les tireurs embusqués, les caches d'armes et les bombes découvertes dans de soi-disant institutions "civiles". Il a dénoncé l'attitude de l'Autorité palestinienne pour avoir "délibérément choisi la stratégie du terrorisme", précisant que si les autorités palestiniennes s'étaient montrées à la hauteur de leurs obligations, les mesures prises par Israël n'auraient sans doute pas été nécessaires.]

Source: Nations unies, 24 avril 2002.Up