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Le Brésilien Sergio Vieira de Mello, qui participe pour la première fois à la Commission en tant que haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, a affirmé que le sida, la famine, la traite des femmes et des jeunes filles, et le terrorisme constituaient de véritables menaces à la sécurité dans le monde. "Sans le droit à l'alimentation, et au développement,
la sécurité ne sera que le privilège des
puissants", a-t-il souligné. Il a par ailleurs mis
en garde contre une notion de sécurité erronnée
qui reposerait sur un rapport de force. "La véritable
sécurité devrait se fonder sur le respect des droits
de l'homme". Sergio Vieira de Mello a insisté sur le fait que la lutte contre le terrorisme devrait nécessairement passer par le respect des droits de l'homme, y compris par les Etats. "Nous ne saurions compromettre nos droits de l'homme gagnés de haute lutte en laissant la main libre aux Etats pour lutter contre le terrorisme". Il a rappelé qu'"en répondant à cette menace sans précédent (du terrorisme), les gouvernements ont envers nous tous la responsabilité de lutter avec vigueur et détermination, en employant toutes les armes disponibles dans leur arsenal du droit et pas au-delà". Un incident a marqué le discours d'ouverture de la session, des tracts ayant été jetés de la tribune réservée aux organisations non gouvernementales. LE DISCOURS D'OUVERTURE DE MME NAJAT EL MEHDI AL-HAJJAJI
La Présidente a réaffirmé sa volonté
d'entendre les points de vue de tous les participants à
cette session, aussi bien les Etats que les organisations non
gouvernementales. Elle a souligné l'importance des travaux
de la Commission qui doit examiner le respect des droits économiques,
sociaux et culturels, des droits civils et politiques. Elle a
signalé son intention d'accorder une attention particulière
aux questions relatives à l'égalité entre
les sexes, à l'élimination de la violence contre
les femmes perpétrée dans cadre de la société
civile ou par les institutions publiques ou religieuses. Mme Al-Hajjaji s'est déclarée favorable à une augmentation des programmes de coopération technique relevant du Haut Commissariat aux droits de l'homme, estimant qu'un renforcement des échanges d'informations et de bonnes pratiques entre les Etats sont des moyens efficaces pour lutter contre les violations des droits de l'homme. Dans ce contexte, elle a annoncé que son gouvernement allouerait un million de dollars des Etats-Unis aux services consultatifs du Haut Commissariat et un million de dollars à d'autres activités au Haut Commissariat. LA DECLARATION DE SERGIO VIEIRA DE MELLOSERGIO VIEIRA DE MELLO, haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, a souligné que cette session de la Commission se tient, une fois de plus, à un moment où les affaires internationales sont frappées de convulsions inhabituelles. La sécurité de notre monde est déjà bien fragile et l'on peut se demander jusqu'à quel degré elle continuera à s'affaiblir, a-t-il poursuivi. Il ne s'agit pas seulement de ces crimes qui font la une, a précisé le haut commissaire, mais aussi - au moins tout autant - de la mort qui pénètre dans des millions de foyers sous la forme d'un terrible virus et qui est devenue un fidèle compagnon à travers la plus grande partie de l'Afrique et ailleurs. Le haut commissaire a aussi attitré l'attention sur les jeunes gens, en particulier des fillettes et des femmes, qui sont victimes de trafics transfrontaliers sur un marché grotesque dont la seule monnaie est le désespoir et la cruauté. Il a en outre souligné que la sécurité est aujourd'hui également menacée par la faim. Il ne saurait y avoir de sécurité sans les outils dont chacun a besoin pour vivre et améliorer son sort. Trop de gens continuent de manquer des éléments essentiels permettant d'assurer une vie digne - eau, éducation élémentaire, services de santé, notamment. Sans droit à l'alimentation et sans droit au développement, la sécurité ne sera que le privilège des puissants, qui plus est un privilège menacé parce qu'il sera basé sur la croyance selon laquelle de solides frontières, une forte dissuasion ou un régime interne autoritaire apportent la sécurité, a fait observer le Haut Commissaire. Il s'agit là d'une perception erronée de la sécurité, car elle n'est pas fondée sur les droits. Comme le trafic, la terreur politique traverse les frontières,
a poursuivi Sergio Vieira de Mello. Et elle est tout aussi grotesque.
Il a ajouté que les vieilles alliances tout comme les cadres
anciens et stables ont été secoués. Ce monde
fragile doit donc être guidé, orienté. "Fournirons-nous,
au cours de cette session de la Commission, cette orientation,
ou bien laisserons-nous le chaos extérieur pénétrer
dans cette enceinte? ", s'est-il interrogé. Trop d'acteurs internationaux poursuivent aujourd'hui des politiques fondées sur la peur et pensent qu'ils vont ainsi renforcer la sécurité. Mais la sécurité ne peut être instaurée sur une telle base; la sécurité doit être basée sur les principes reconnus des droits de l'homme, a-t-il souligné. Lorsque nous parlons de sécurité au niveau mondial, nous ne pensons pas généralement aux droits de l'homme; cette perception doit changer, d'autant plus que notre expérience de tous les jours démontre qu'une telle vision théorique ne correspond pas à la réalité. A titre d'exemple, Sergio Vieira de Mello a fait observer que la sécurité est battue en brèche par le fléau du VIH/sida, qui pourtant pourrait être évité: "Le danger qu'il fait peser sur notre sécurité est bien plus grave que n'importe quelle prétendue atteinte aux droits de propriété intellectuelle ou à telle ou telle interprétation des Accords de Doha". Le terrorisme est une autre question de droits de l'homme qui pose d'immenses défis, a poursuivi le haut commissaire. Nous devrions pouvoir vivre en sécurité hors de tout risque d'attaque terroriste, a-t-il affirmé. "Certes, le terrorisme est une forme d'expression politique", a ajouté Sergio Vieira de Mello. "Certes, il n'est pas sans motifs, certains probablement meilleurs que d'autres", a-t-il remarqué. "Mais n'y a-t-il pas des justifications pour tout, pour chaque crime et chaque atrocité? Le sadique a ses raisons, tout comme celui qui est poussé par la folie. Il y a toutefois des limites à tout". "Je dis qu'il faut aujourd'hui fixer une limite au terrorisme car nous avons le droit de vivre sans cette peur de mourir, subitement, n'importe où, à tout moment". En répondant à cette menace sans précédent, les gouvernements ont la responsabilité de lutter avec vigueur et détermination, en employant toutes les armes disponibles dans leur arsenal du droit, et pas au-delà. Certains Etats, en fait en nombre croissant, estiment implicitement ou explicitement que la sécurité et le respect rigoureux des libertés civiles et politiques ne sont pas compatibles, a poursuivi le haut commissaire. Mais nous avons également droit à la sécurité lorsque nous sommes confrontés aux ambitions des Etats, qui s'agisse du nôtre ou d'autres Etats. Nous ne saurions compromettre nos droits de l'homme gagnés de haute lutte en laissant la main libre aux Etats pour lutter contre le terrorisme. Il existe ici une ligne à ne pas dépasser. Des normes internationales - le droit de ne pas être détenu arbitrairement ou emprisonné indéfiniment, le droit à un procès équitable, le droit à un jury et à un juge impartiaux, le droit à être représenté en justice, le droit de ne pas être soumis à un traitement inhumain ou dégradant - sont aujourd'hui assiégées, a-t-il constaté. Il a souligné qu'il s'agit là aussi d'une sérieuse question de sécurité. Lorsque la sécurité est définie de manière trop étroite - par exemple comme n'étant rien de plus que le devoir de l'Etat de protéger ses citoyens - alors chercher à garantir la sécurité peut mener à des violations des droits de l'homme à l'encontre de ceux qui se trouvent en dehors du cercle des protégés. Il ne saurait y avoir de sécurité sans paix réelle et la paix doit être instaurée sur la base solide des droits de l'homme, a encore relevé Sergio Vieira de Mello. Ceci est aussi vrai pour le Moyen-Orient qu'ailleurs. Récemment, le haut commissaire a proposé au gouvernement israélien et à l'Autorité palestinienne d'évaluer la situation par lui-même dès que la Commission aura fini cette session et de voir comment il pourrait au mieux aider à protéger et promouvoir les droits de l'homme de tous ceux qui sont pris dans le cauchemar de ce conflit. Le haut commissaire a précisé que sa proposition
avait été bien reçue et a exprimé
l'espoir qu'il serait en mesure d'entreprendre une telle visite
dans un avenir proche. La promotion et la protection des droits
de l'homme ne doivent pas être appréhendées
séparément; elles sont indivisibles. Il a rappelé
que la protection n'est pas seulement un problème civil
ou militaire et que le droit au respect de sa propre culture doit
aussi être protégé. Aussi, a-t-il insisté
vivement auprès des membres de la Commission pour qu'ils
accordent toute l'attention nécessaire au droit des peuples
autochtones. "De même, il est tout aussi important
de protéger les droits sociaux et économiques, et
il me semble que le temps est largement venu pour la Commission
de se concentrer sur le droit au développement",
aconclu Sergio Vieira de Mello. Il faut réagir aux événements,
mais il ne faut pas se laisser guider par eux. |