La Commission des droits de l'homme


Home




>Retour
59e session


17 MARS - 25 AVRIL 2003, L’OUVERTURE DE LA 59e SESSION DE LA COMMISSION
__Une réunion sous la menace d’une "guerre catastrophique" en Irak

UNOGL'ambassadeur de Libye aux Nations unies, Mme Najat Al-Hajjaji, a ouvert le 17 mars 2003, à Genève, la 59e session annuelle de la Commission des droits de l'homme des Nations unies. Cette Commission, qui rassemble des représentants de 53 Etats, des experts et des organisations non gouvernementales (ONG), met en oeuvre des mécanismes de contrôle et adopte des résolutions envers les Etats qui violent les doits de l'homme.

Dans son discours d'ouverture, la nouvelle présidente de la Commission, élue pour un an, a dénonçé la menace d'une "guerre catastrophique" en Irak et défendu le "droit à l'autodétermination" du peuple palestinien. "Nous voyons des nuages noirs s'accumuler dans le ciel de la région et cela augure d'une guerre catastrophique qui violera certainement les droits de l'homme et tout spécialement le droit à la vie", a-t-elle déclaré. "Malheureusement, l'année qui vient de s'écouler au Moyen-Orient n'a pas connu la paix, la sécurité et la stabilité. Le peuple palestinien est toujours humilié, tué et privé de son droit à l'autodétermination", a-t-elle ajouté.

Le Brésilien Sergio Vieira de Mello, qui participe pour la première fois à la Commission en tant que haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, a affirmé que le sida, la famine, la traite des femmes et des jeunes filles, et le terrorisme constituaient de véritables menaces à la sécurité dans le monde.

"Sans le droit à l'alimentation, et au développement, la sécurité ne sera que le privilège des puissants", a-t-il souligné. Il a par ailleurs mis en garde contre une notion de sécurité erronnée qui reposerait sur un rapport de force. "La véritable sécurité devrait se fonder sur le respect des droits de l'homme". Up

Sergio Vieira de Mello a insisté sur le fait que la lutte contre le terrorisme devrait nécessairement passer par le respect des droits de l'homme, y compris par les Etats. "Nous ne saurions compromettre nos droits de l'homme gagnés de haute lutte en laissant la main libre aux Etats pour lutter contre le terrorisme". Il a rappelé qu'"en répondant à cette menace sans précédent (du terrorisme), les gouvernements ont envers nous tous la responsabilité de lutter avec vigueur et détermination, en employant toutes les armes disponibles dans leur arsenal du droit et pas au-delà".

Un incident a marqué le discours d'ouverture de la session, des tracts ayant été jetés de la tribune réservée aux organisations non gouvernementales.

LE DISCOURS D'OUVERTURE DE MME NAJAT EL MEHDI AL-HAJJAJI

Najat Al-HajjajiMme NAJAT EL MEHDI AL-HAJJAJI, Présidente de la Commission, a profité de l'occasion du 10e anniversaire de la Déclaration et du Plan d'action de Vienne pour poser la question de leur application. Elle a exprimé ses préoccupations concernant la situation au Moyen-Orient, s'inquiétant de la situation du peuple palestinien qui ne jouit toujours pas de son droit à l'autodétermination. Elle s'est inquiété des menaces qui pèsent actuellement sur la région et a dénoncé le terrorisme qui encourage certains Etats à privilégier le recours à la force plutôt qu'à la diplomatie. Elle a dénoncé les mesures qui, sous couvert de lutter contre ce fléau, violent les droits des migrants, des réfugiés et des minorités. Elle a appelé la communauté internationale à faire prévaloir la raison afin de s'attaquer aux causes profondes de la colère et de la frustration. Il importe de s'attaquer à la pauvreté, à l'injustice et aux politiques de deux poids et deux mesures, a-t-elle déclaré avant de demander à la communauté internationale de témoigner sa solidarité aux victimes de la famine et de l'épidémie de choléra qui sévissent en Afrique orientale et australe. Elle lui a aussi demandé de privilégier l'humanitaire sur les considérations commerciales afin que les personnes atteintes du VIH/sida puissent accéder aux traitements et aux médicaments.

La Présidente a réaffirmé sa volonté d'entendre les points de vue de tous les participants à cette session, aussi bien les Etats que les organisations non gouvernementales. Elle a souligné l'importance des travaux de la Commission qui doit examiner le respect des droits économiques, sociaux et culturels, des droits civils et politiques. Elle a signalé son intention d'accorder une attention particulière aux questions relatives à l'égalité entre les sexes, à l'élimination de la violence contre les femmes perpétrée dans cadre de la société civile ou par les institutions publiques ou religieuses.Up

Mme Al-Hajjaji s'est déclarée favorable à une augmentation des programmes de coopération technique relevant du Haut Commissariat aux droits de l'homme, estimant qu'un renforcement des échanges d'informations et de bonnes pratiques entre les Etats sont des moyens efficaces pour lutter contre les violations des droits de l'homme. Dans ce contexte, elle a annoncé que son gouvernement allouerait un million de dollars des Etats-Unis aux services consultatifs du Haut Commissariat et un million de dollars à d'autres activités au Haut Commissariat.

LA DECLARATION DE SERGIO VIEIRA DE MELLO

SERGIO VIEIRA DE MELLO, haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, a souligné que cette session de la Commission se tient, une fois de plus, à un moment où les affaires internationales sont frappées de convulsions inhabituelles. La sécurité de notre monde est déjà bien fragile et l'on peut se demander jusqu'à quel degré elle continuera à s'affaiblir, a-t-il poursuivi. Il ne s'agit pas seulement de ces crimes qui font la une, a précisé le haut commissaire, mais aussi - au moins tout autant - de la mort qui pénètre dans des millions de foyers sous la forme d'un terrible virus et qui est devenue un fidèle compagnon à travers la plus grande partie de l'Afrique et ailleurs.

Le haut commissaire a aussi attitré l'attention sur les jeunes gens, en particulier des fillettes et des femmes, qui sont victimes de trafics transfrontaliers sur un marché grotesque dont la seule monnaie est le désespoir et la cruauté. Il a en outre souligné que la sécurité est aujourd'hui également menacée par la faim.

Il ne saurait y avoir de sécurité sans les outils dont chacun a besoin pour vivre et améliorer son sort. Trop de gens continuent de manquer des éléments essentiels permettant d'assurer une vie digne - eau, éducation élémentaire, services de santé, notamment. Sans droit à l'alimentation et sans droit au développement, la sécurité ne sera que le privilège des puissants, qui plus est un privilège menacé parce qu'il sera basé sur la croyance selon laquelle de solides frontières, une forte dissuasion ou un régime interne autoritaire apportent la sécurité, a fait observer le Haut Commissaire. Il s'agit là d'une perception erronée de la sécurité, car elle n'est pas fondée sur les droits.

Comme le trafic, la terreur politique traverse les frontières, a poursuivi Sergio Vieira de Mello. Et elle est tout aussi grotesque. Il a ajouté que les vieilles alliances tout comme les cadres anciens et stables ont été secoués. Ce monde fragile doit donc être guidé, orienté. "Fournirons-nous, au cours de cette session de la Commission, cette orientation, ou bien laisserons-nous le chaos extérieur pénétrer dans cette enceinte? ", s'est-il interrogé. Up

Trop d'acteurs internationaux poursuivent aujourd'hui des politiques fondées sur la peur et pensent qu'ils vont ainsi renforcer la sécurité. Mais la sécurité ne peut être instaurée sur une telle base; la sécurité doit être basée sur les principes reconnus des droits de l'homme, a-t-il souligné. Lorsque nous parlons de sécurité au niveau mondial, nous ne pensons pas généralement aux droits de l'homme; cette perception doit changer, d'autant plus que notre expérience de tous les jours démontre qu'une telle vision théorique ne correspond pas à la réalité. A titre d'exemple, Sergio Vieira de Mello a fait observer que la sécurité est battue en brèche par le fléau du VIH/sida, qui pourtant pourrait être évité: "Le danger qu'il fait peser sur notre sécurité est bien plus grave que n'importe quelle prétendue atteinte aux droits de propriété intellectuelle ou à telle ou telle interprétation des Accords de Doha".

Le terrorisme est une autre question de droits de l'homme qui pose d'immenses défis, a poursuivi le haut commissaire. Nous devrions pouvoir vivre en sécurité hors de tout risque d'attaque terroriste, a-t-il affirmé. "Certes, le terrorisme est une forme d'expression politique", a ajouté Sergio Vieira de Mello. "Certes, il n'est pas sans motifs, certains probablement meilleurs que d'autres", a-t-il remarqué. "Mais n'y a-t-il pas des justifications pour tout, pour chaque crime et chaque atrocité? Le sadique a ses raisons, tout comme celui qui est poussé par la folie. Il y a toutefois des limites à tout". "Je dis qu'il faut aujourd'hui fixer une limite au terrorisme car nous avons le droit de vivre sans cette peur de mourir, subitement, n'importe où, à tout moment". En répondant à cette menace sans précédent, les gouvernements ont la responsabilité de lutter avec vigueur et détermination, en employant toutes les armes disponibles dans leur arsenal du droit, et pas au-delà.

Certains Etats, en fait en nombre croissant, estiment implicitement ou explicitement que la sécurité et le respect rigoureux des libertés civiles et politiques ne sont pas compatibles, a poursuivi le haut commissaire. Mais nous avons également droit à la sécurité lorsque nous sommes confrontés aux ambitions des Etats, qui s'agisse du nôtre ou d'autres Etats. Nous ne saurions compromettre nos droits de l'homme gagnés de haute lutte en laissant la main libre aux Etats pour lutter contre le terrorisme. Il existe ici une ligne à ne pas dépasser. Des normes internationales - le droit de ne pas être détenu arbitrairement ou emprisonné indéfiniment, le droit à un procès équitable, le droit à un jury et à un juge impartiaux, le droit à être représenté en justice, le droit de ne pas être soumis à un traitement inhumain ou dégradant - sont aujourd'hui assiégées, a-t-il constaté. Il a souligné qu'il s'agit là aussi d'une sérieuse question de sécurité. Lorsque la sécurité est définie de manière trop étroite - par exemple comme n'étant rien de plus que le devoir de l'Etat de protéger ses citoyens - alors chercher à garantir la sécurité peut mener à des violations des droits de l'homme à l'encontre de ceux qui se trouvent en dehors du cercle des protégés.

Il ne saurait y avoir de sécurité sans paix réelle et la paix doit être instaurée sur la base solide des droits de l'homme, a encore relevé Sergio Vieira de Mello. Ceci est aussi vrai pour le Moyen-Orient qu'ailleurs. Récemment, le haut commissaire a proposé au gouvernement israélien et à l'Autorité palestinienne d'évaluer la situation par lui-même dès que la Commission aura fini cette session et de voir comment il pourrait au mieux aider à protéger et promouvoir les droits de l'homme de tous ceux qui sont pris dans le cauchemar de ce conflit.

Le haut commissaire a précisé que sa proposition avait été bien reçue et a exprimé l'espoir qu'il serait en mesure d'entreprendre une telle visite dans un avenir proche. La promotion et la protection des droits de l'homme ne doivent pas être appréhendées séparément; elles sont indivisibles. Il a rappelé que la protection n'est pas seulement un problème civil ou militaire et que le droit au respect de sa propre culture doit aussi être protégé. Aussi, a-t-il insisté vivement auprès des membres de la Commission pour qu'ils accordent toute l'attention nécessaire au droit des peuples autochtones. "De même, il est tout aussi important de protéger les droits sociaux et économiques, et il me semble que le temps est largement venu pour la Commission de se concentrer sur le droit au développement", aconclu Sergio Vieira de Mello. Il faut réagir aux événements, mais il ne faut pas se laisser guider par eux.
Up