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Le texte, adopté par 32 voix contre 14, avec 7 abstentions, demande au Rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme d'étudier la situation des populations musulmanes et arabes dans diverses régions du monde, en accordant une attention particulière aux violences et aux voies de fait dont leurs lieux de culte, leurs centres culturels, leurs commerces et entreprises et leurs biens sont la cible à la suite des événements du 11 septembre 2001. L'Irlande (au nom de l'Union européenne et des pays candidats et associés), l'Inde, le Canada, Sri Lanka, les Etats-Unis, le Costa Rica, Cuba et l'Algérie ont fait des déclarations sur ce texte. LA RESOLUTIONPar une résolution sur la lutte contre la diffamation
des religions (E/CN.4/2003/L.16), présentée
par le Pakistan, au nom de l'Organisation de la Conférence
islamique, et adoptée par 32 voix contre 14 et 7 abstentions
(Arménie, Chili, Guatemala, Inde, Mexique, Pérou,
République de Corée) telle qu'oralement amendée,
la Commission se déclare profondément préoccupée
par les images stéréotypées négatives
des religions et par les manifestations d'intolérance et
de discrimination en matière de religion ou de conviction
encore en évidence dans certaines régions du monde.
Elle se déclare profondément préoccupée
aussi par le fait que l'islam est souvent et faussement associé
aux violations des droits de l'homme et au terrorisme. La Commission note avec une vive inquiétude que la campagne de diffamation des religions s'intensifie depuis les événements tragiques du 11 septembre 2001, de même que la désignation des minorités musulmanes selon des caractéristiques ethniques et religieuses. La Commission déplore l'utilisation de la presse écrite, des médias audiovisuels ou électroniques, y compris l'Internet, et de tout autre moyen dans le but d'inciter à des actes de violence, à la xénophobie ou à l'intolérance qui y est associée et à la discrimination à l'égard de l'islam ou de toute autre religion. Elle se déclare profondément préoccupée par les programmes et orientations d'organisations et de groupes extrémistes visant à diffamer les religions, en particulier quand des gouvernements leur apportent un soutien. La Commission engage tous les Etats à prendre, en conformité avec les instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme, toutes les mesures appropriées pour combattre la haine, la discrimination, l'intolérance et les actes de violence, d'intimidation et de coercition motivés par l'intolérance religieuse, y compris les attentats contre les lieux de culte. Elle engage aussi les Etats à veiller à ce que tous les agents de l'Etat respectent les différentes religions et convictions. La Commission demande à la communauté internationale d'engager un dialogue mondial en vue de promouvoir une culture de tolérance. La Commission charge le Rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l'intolérance qui y est associée d'étudier la situation des populations musulmanes et arabes dans diverses régions du monde, en accordant une attention particulière aux violences et aux voies de fait dont leurs lieux de culte, leurs centres culturels, leurs commerces et entreprises et leurs biens sont la cible à la suite des événements du 11 septembre 2001, ainsi que de présenter à la Commission un rapport intérimaire qu'elle examinera à sa prochaine session. Ont voté pour (32): Afrique du Sud, Algérie, Arabie saoudite, Argentine, Bahreïn, Brésil, Burkina Faso, Cameroun, Chine, Costa Rica, Cuba, Fédération de Russie, République démocratique du Congo, Gabon, Kenya, Jamahiriya arabe libyenne, Malaisie, Ouganda, Pakistan, Paraguay, République arabe syrienne, Sénégal, Sierra Leone, Sri Lanka, Soudan, Swaziland, Thaïlande, Togo, Uruguay, Venezuela, Viet Nam et Zimbabwe. Ont voté contre (14): Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Croatie, États-Unis, France, Irlande, Japon, Pologne, Royaume-Uni, Suède et Ukraine. Abstentions (7): Arménie, Chili, Guatemala, Inde, Mexique, Pérou et République de Corée Les déclarations Le représentant de l'Irlande, au nom de l'Union
européenne, a déclaré que l'Union européenne
croit fermement à la valeur du dialogue entre les religions.
L'intolérance religieuse est un sujet de préoccupation
pour tous les Etats de l'Union européenne. Cependant,
la démarche des coauteurs de ce projet de résolution
est partiale en ce qu'elle met l'accent sur une communauté.
Or, les violences n'épargnent aucune religion. D'autre
part, les problèmes évoqués par la résolution
sont en fait abordés dans d'autres projets de résolution
soumis à la Commission. L'Irlande et l'Union européenne
voteront contre la résolution. Le représentant de l'Inde a déclaré que son pays s'oppose fermement à la diffamation contre toute religion, y compris l'islam. En ces heures de campagne intensifiée contre le terrorisme, il est plus que jamais indispensable de s'opposer à ce type de diffamation. Néanmoins, s'agissant du projet de résolution sur la diffamation des religions, il convient de souligner que la diffamation des religions relève de l'intolérance religieuse ou d'autres questions qui relèvent davantage des droits civils et politiques que du racisme. En outre, la diffamation et les stéréotypes négatifs touchent toutes les religions; or le projet de résolution ne mentionne, à cinq reprises, qu'une seule et même religion. Le représentant du Canada a reconnu que la diffamation des religions était une question très préoccupante, mais s'est dit troublé que les questions relatives à liberté de religion et au racisme soient confondues dans ce texte. Il a estimé que ce projet n'abordait pas d'une manière satisfaisante ces questions qui sont également traitées dans d'autres textes. Il s'est inquiété du fait que ce projet semblait préoccupé de la protection d'une seule religion et a déclaré que sa délégation voterait contre ce texte. Il a encouragé les autres délégations à envisager de faire de même. Le représentant de Sri Lanka a expliqué à la Commission que son gouvernement était très préoccupé par les persécutions contre les religions, y compris l'islam. Cette résolution est une expression symbolique du respect que les pays et les gouvernements doivent accorder à la liberté de religion. Le représentant des Etats-Unis a déclaré que sa délégation avait hésité avant de décider de s'opposer à la résolution. Les Etats-Unis demandent aux Etats de travailler d'abord à corriger leurs situations intérieures. Il faut que la résolution dénonce toutes les diffamations contre toutes les religions et qu'elle mentionne la nécessité de favoriser l'éducation comme moyen de prévenir les préjugés contre les religions. Les Etats-Unis voteront contre le projet de résolution. Le représentant du Costa Rica a indiqué qu'il voterait pour le projet de résolution sur la diffamation des religions car il partage les préoccupations concernant la situation qui est aujourd'hui celle des populations musulmanes. Le Costa Rica souhaiterait toutefois qu'à l'avenir ce texte ait vocation plus universelle car, malheureusement, d'autres confessions sont aujourd'hui victimes de diffamation. Le représentant de Cuba a rappelé que son pays appuie la tolérance et le respect de toutes les religions. Aujourd'hui, la question de la diffamation contre l'islam se pose car c'est une pratique que l'on rencontre quotidiennement, a-t-il souligné. Aussi, Cuba votera-t-il en faveur du projet de résolution. Le représentant de l'Algérie a estimé que ce projet méritait une attention plus soutenue et mis en garde les délégations contre la tentation d'en faire une lecture réductrice. Il a déclaré que tous étaient conscients qu'il n'y avait qu'une seule civilisation humaine, mais plusieurs religions et cultures. Il a estimé que ce texte avait vocation universelle et pas seulement de défendre la religion musulmane. Il a fait valoir que ce texte avait aussi pour vocation de combattre les stéréotypes dont témoigne notamment l'ouvrage de Samuel Huntington, Le choc des civilisations. |